2) Pathologies courantes du genou
Les affections du genou sont parmi les plus fréquentes en pratique orthopédique, touchant aussi bien le sportif que le patient sédentaire.
Articulation portante, le genou est soumis à d’importantes contraintes mécaniques et à des sollicitations répétées qui en font un site privilégié de traumatismes, de dégénérescence et de déséquilibres fonctionnels.
Ces pathologies peuvent être :
- Traumatiques : entorses ligamentaires, ruptures, contusions, fractures, etc.
- Dégénératives : arthroses, chondropathies, lésions méniscales.
- Fonctionnelles : instabilités rotuliennes, tendinopathies, troubles de l’axe mécanique.
L’orthèse de genou occupe une place centrale dans leur prise en charge : elle assure un soutien mécanique, favorise la rééducation fonctionnelle et préserve la stabilité articulaire tout en respectant la mobilité physiologique.
A. Entorses ligamentaires (LLI, LLE, LCA, LCP)
1. Physiopathologie et mécanismes
Les entorses du genou sont des lésions des ligaments responsables du maintien de l’articulation.
Elles peuvent correspondre à :
- un étirement simple (entorse bénigne),
- une rupture partielle,
- ou une rupture complète (entorse grave).
Ces atteintes surviennent dans des contextes variés :
- Traumatisme en valgus (choc latéral externe) → met en tension le ligament collatéral médial (LLI).
- Traumatisme en varus (choc interne) → met en tension le ligament collatéral latéral (LLE).
- Torsion du genou avec translation antérieure du tibia → rupture du ligament croisé antérieur (LCA).
- Choc antérieur du tibia en flexion forcée → atteinte du ligament croisé postérieur (LCP).
🧠 Ces mécanismes sont particulièrement fréquents dans les sports pivot-contact (football, ski, handball), où les changements de direction brusques et les sauts imposent de fortes contraintes de torsion.
2. Clinique
- Douleur immédiate et brutale, souvent associée à un “craquement” audible typique du LCA.
- Gonflement rapide du genou dans les minutes ou heures suivant le traumatisme (hémarthrose ou épanchement).
- Sensation de dérobement ou d’instabilité (le genou “lâche”), surtout en cas de rupture complète du LCA.
- Impotence fonctionnelle partielle ou totale selon la gravité.
Signes spécifiques à l’examen clinique :
| Test clinique | Interprétation | Structure atteinte |
| Tiroir antérieur | Translation excessive du tibia vers l’avant | LCA |
| Tiroir postérieur | Recul anormal du tibia sous le fémur | LCP |
| Bâillement médial | Laxité en valgus | LLI |
| Bâillement latéral | Laxité en varus | LLE |
🔹 L’examen doit être bilatéral et comparatif, souvent complété par une IRM, examen de référence pour les lésions ligamentaires et méniscales associées.
3. Prise en charge
Phase aiguë
- Application du protocole GREC / RICE :
Glaçage – Repos – Élévation – Compression, pour limiter la douleur et l’œdème. - Immobilisation relative selon la gravité :
- entorse bénigne → genouillère souple ou élastique,
- entorse modérée à grave → orthèse ligamentaire ou articulée (immobilisation à 20–30° de flexion).
Phase subaiguë et de rééducation
- Travail de mobilité progressive et de renforcement musculaire, notamment du quadriceps et des ischio-jambiers.
- Rééducation proprioceptive essentielle pour restaurer la stabilité dynamique.
- Reprise du sport autorisée uniquement après contrôle fonctionnel et absence de laxité résiduelle.
Phase chirurgicale
- Indications : rupture complète du LCA/LCP, instabilité chronique, sportif de haut niveau.
- Technique : ligamentoplastie (greffe tendineuse type DIDT, KJ ou LARS).
- Suites : port d’une orthèse articulée post-opératoire (ROM) avec limitation d’amplitude progressive selon protocole.
4. Orthèses adaptées
| Type d’atteinte | Type d’orthèse | Objectif thérapeutique |
| Entorse bénigne (LLI/LLE partielle) | Genouillère élastique proprioceptive | Compression, stimulation sensorielle, maintien léger |
| Entorse modérée à grave | Genouillère ligamentaire articulée avec renforts latéraux | Stabilité dynamique, contrôle du varus/valgus et des rotations |
| Phase post-opératoire (LCA/LCP) | Attelle articulée réglable (ROM) | Contrôle précis de la flexion-extension, protection ligamentaire |
| Rupture ligamentaire sévère / instabilité chronique | Orthèse rigide 4 points (Donjoy Armor®, Defiance®) | Verrouillage antéro-postérieur, reprise d’activité sécurisée |
🦵 En phase de rééducation, les genouillères proprioceptives de série (Donjoy, Thuasne, GenuLax™) favorisent la stimulation neuromusculaire et préparent à la reprise du sport.
5. Points clés à retenir
- La stabilité du genou dépend de la synergie ligamentaire et musculaire.
- L’appareillage doit respecter le stade lésionnel et la phase de cicatrisation.
- L’immobilisation prolongée est à éviter (risque de raideur et d’atrophie).
- La rééducation précoce encadrée et le suivi orthétique sont essentiels à la récupération.
B. Gonarthrose
1. Définition et généralités
La gonarthrose est une arthrose du genou, c’est-à-dire une affection dégénérative du cartilage articulaire, souvent associée à une atteinte méniscale et osseuse sous-jacente.
Elle entraîne une douleur mécanique chronique et une raideur progressive, compromettant la mobilité et l’autonomie.
Trois formes anatomiques principales sont décrites :
- Fémoro-tibiale interne : la plus fréquente (80 % des cas).
- Fémoro-tibiale externe.
- Fémoro-patellaire : souvent associée à un syndrome rotulien.
📊 Prévalence : près de 40 % des plus de 60 ans présentent des signes radiologiques de gonarthrose, avec une nette prédominance féminine.
2. Clinique
- Douleur mécanique typique :
- apparaissant à l’effort, soulagée par le repos,
- majorée en descente d’escaliers ou lors du relevé d’une position assise.
- Raideur matinale brève (< 10 minutes).
- Craquements, gonflement ou épanchement synovial modéré.
- Déformation progressive du genou : genu varum (arthrose interne) ou genu valgum (arthrose externe).
- Diminution du périmètre de marche et perte de la confiance à la descente des escaliers.
🩺 L’examen clinique retrouve souvent une douleur à la palpation de l’interligne articulaire et un signe du rabot rotulien (frottement fémoro-patellaire).
3. Facteurs favorisants
- Âge et vieillissement articulaire.
- Surpoids / obésité (augmentation des contraintes mécaniques).
- Troubles d’axe : genu varum (arthrose interne) ou genu valgum (arthrose externe).
- Séquelles de traumatismes ou de méniscectomie ancienne.
- Laxité ligamentaire et déséquilibre musculaire (quadriceps faible).
- Activité professionnelle ou sportive à fortes contraintes (port de charges, travail accroupi).
4. Prise en charge
a. Traitement médical et fonctionnel
- Antalgiques (paracétamol, AINS, infiltrations cortisoniques ou visco-supplémentation).
- Rééducation adaptée : renforcement du quadriceps, proprioception, assouplissement capsulaire.
- Mesures hygiéno-diététiques : perte de poids, chaussage adapté, éviction des stations accroupies prolongées.
b. Appareillage orthopédique
Les orthèses constituent une thérapeutique non invasive efficace dans la prise en charge de la gonarthrose.
| Type d’orthèse | Indications principales | Objectifs |
| Genouillère élastique ou proprioceptive | Arthrose débutante, douleurs diffuses | Maintien, proprioception, stimulation musculaire |
| Orthèse de décharge compartimentaire (valgus/varus) | Arthrose unicompartimentale interne ou externe | Déviation contrôlée du genou pour redistribuer les pressions (ex. Donjoy OA Nano™, OA FullForce™, Thuasne Rebel® Reliever) |
| Genouillère thermique (néoprène) | Douleur chronique, raideur articulaire | Effet de chaleur, décontraction musculaire |
| Orthèse posturale nocturne | Formes évoluées avec flessum | Maintien en extension et prévention des rétractions |
c. Traitement chirurgical
- Indiqué après échec du traitement conservateur :
- Ostéotomie tibiale de réaxation (si trouble d’axe majeur).
- Prothèse unicompartimentale (PUMC) ou prothèse totale du genou (PTG) selon l’atteinte.
- L’orthèse joue alors un rôle post-opératoire (stabilisation, limitation d’amplitude).
5. Objectifs orthétiques
Les orthèses visent à :
- Diminuer la douleur par effet de décharge et redistribution des pressions.
- Corriger l’axe mécanique du membre inférieur (varus/valgus).
- Stabiliser le genou et améliorer la marche.
- Favoriser la proprioception et la coordination musculaire.
- Préserver la mobilité articulaire en maintenant une activité fonctionnelle contrôlée.
🦵 Les genouillères de décharge bien ajustées permettent une réduction significative de la douleur (jusqu’à 40 %) et retardent la nécessité d’une chirurgie prothétique.
6. Points clés de la gonarthrose
- Pathologie chronique évolutive : la prévention et la correction mécanique sont essentielles.
- L’orthèse doit être adaptée au type de compartiment atteint et à la morphologie du patient.
- Le port doit être régulier et prolongé pour obtenir un effet durable.
- L’appareillage s’intègre dans une prise en charge globale associant médication, kinésithérapie et hygiène de vie.
C. Tendinite rotulienne (“genou du sauteur”)
1. Définition
La tendinite rotulienne, ou “genou du sauteur”, correspond à une atteinte inflammatoire ou dégénérative du tendon rotulien, situé entre la rotule (patella) et la tubérosité tibiale antérieure.
Elle résulte d’une microtraumatologie de surcharge, due à des sollicitations mécaniques répétées du système extenseur du genou.
Cette pathologie est fréquente :
- chez le sportif pratiquant des activités à impulsions (basket-ball, volley-ball, handball, ski, athlétisme, football),
- mais aussi chez le travailleur agenouillé ou soumis à des flexions répétées.
🎯 Elle s’intègre dans le spectre des tendinopathies d’insertion, touchant les structures de traction entre le muscle et l’os.
2. Physiopathologie
Le tendon rotulien subit des sollicitations cycliques d’étirement et de compression lors des sauts ou des freinages.
Ces microtraumatismes provoquent :
- une désorganisation du collagène tendineux,
- une hypervascularisation locale,
- et à terme une tendinopathie chronique dégénérative (tendinose) sans véritable inflammation.
Les contraintes les plus importantes s’exercent :
- lors de la phase de freinage (atterrissage de saut),
- et à la phase initiale de poussée (extension puissante).
Ces forces de traction peuvent atteindre 7 à 10 fois le poids du corps au niveau du tendon rotulien.
3. Clinique
Les signes typiques sont bien codifiés :
- Douleur antérieure sous-rotulienne, exacerbée à l’effort, notamment :
- lors des sauts, réceptions, montées ou descentes d’escaliers,
- ou lors de la course (surtout en descente).
- Douleur à la palpation du pôle inférieur de la rotule, siège de l’insertion tendineuse.
- Épaississement localisé ou nodule tendineux palpable à la face antérieure du genou.
- Raideur matinale ou douleur au démarrage de l’activité.
- Absence de signes articulaires (le genou reste stable et sans épanchement).
🔹 Le diagnostic est clinique, confirmé si besoin par échographie ou IRM, qui montrent un épaississement du tendon et parfois une désorganisation des fibres.
4. Prise en charge
La prise en charge repose sur une approche fonctionnelle et progressive, en trois temps.
A. Phase aiguë (antalgique et anti-inflammatoire)
- Repos relatif : arrêt ou réduction temporaire des gestes de saut, course, flexion profonde.
- Glaçage (15 à 20 minutes plusieurs fois par jour).
- Antalgiques ou AINS sur une courte période.
B. Phase de rééducation
- Étirements du quadriceps et des ischio-jambiers pour diminuer les contraintes tendineuses.
- Renforcement excentrique du quadriceps (travail musculaire en résistance lente).
- Physiothérapie : ultrasons, ondes de choc, laser ou électrostimulation.
- Correction biomécanique : semelles orthopédiques en cas de trouble de l’axe du membre inférieur (hyperpronation, genu valgum/varum).
C. Phase de reprise
- Reprise progressive du sport après disparition de la douleur.
- Prévention des récidives : échauffement musculaire, étirements post-effort, maintien du gainage et de la souplesse.
⚠️ En cas d’échec après 3 à 6 mois de traitement conservateur, envisager une infiltration de PRP (plasma riche en plaquettes), voire une tenotomie chirurgicale.
5. Rôle et intérêt de l’orthèse
Les orthèses ont un rôle fonctionnel majeur dans la prise en charge de la tendinopathie rotulienne.
Objectifs :
- Diminuer la traction tendineuse exercée sur la rotule en modifiant le point d’application des forces.
- Soulager la zone d’insertion tendineuse (effet de décharge mécanique).
- Favoriser la cicatrisation en limitant les microtraumatismes.
- Permettre la reprise sportive sécurisée en phase de rééducation.
Types d’orthèses :
| Type d’orthèse | Exemple | Fonction |
| Sangle sous-rotulienne | Donjoy AchiLax™, Thuasne GenuForce® | Applique une pression infrarotulienne qui réduit la traction tendineuse pendant l’effort |
| Genouillère rotulienne à anneau patellaire | Silistab® Genu, Donjoy RotuLax™ | Maintient la rotule, diminue la douleur antérieure, améliore le guidage du tendon rotulien |
| Genouillère thermique | ComfortForm™ Néoprène | Effet de chaleur et de décontracturation musculaire en phase subaiguë |
🩹 L’orthèse ne remplace pas la rééducation, mais optimise la récupération et favorise la continuité d’activité dans des conditions sécurisées.
D. Syndrome d’Osgood-Schlatter
1. Contexte et définition
Le syndrome d’Osgood-Schlatter est une ostéochondrose de croissance survenant chez l’adolescent sportif, entre 12 et 16 ans, période de forte sollicitation mécanique du système extenseur.
Il s’agit d’une traction répétée du tendon rotulien sur sa zone d’insertion à la tubérosité tibiale antérieure, encore cartilagineuse à cet âge.
Cette traction provoque :
- une micro-avulsion de l’apophyse tibiale,
- une réaction inflammatoire douloureuse,
- et parfois la formation d’une tuméfaction osseuse persistante.
🧒 Pathologie fréquente chez les jeunes sportifs pratiquant la course, le saut ou le football, souvent bilatérale dans 30 % des cas.
2. Physiopathologie
Le cartilage de croissance de la tubérosité tibiale est le point faible du système extenseur.
Les tractions répétées du tendon rotulien, accentuées par :
- un quadriceps puissant,
- une raideur musculaire (ischios, quadriceps),
- et une croissance rapide,
entraînent une micro-fissuration apophysaire avec inflammation et remodelage osseux.
📈 L’évolution est autolimitée, liée à la fin de la croissance osseuse : la douleur disparaît lorsque la tubérosité tibiale se consolide.
3. Clinique
- Douleur localisée sur la tubérosité tibiale antérieure, augmentée à l’effort (course, saut, montée d’escaliers).
- Sensibilité vive à la palpation du tendon rotulien distal.
- Tuméfaction ou saillie osseuse douloureuse sous la rotule.
- Absence d’épanchement articulaire (atteinte extra-articulaire pure).
- Raideur du quadriceps fréquemment associée.
- Parfois atteinte bilatérale, souvent asymétrique.
⚙️ Diagnostic confirmé à la radiographie : épaississement de la tubérosité tibiale, fragmentation apophysaire.
4. Prise en charge
A. Phase douloureuse (inflammatoire)
- Arrêt ou réduction temporaire de l’activité sportive (quelques semaines à mois).
- Glaçage pluriquotidien, antalgiques simples.
- Étirements doux du quadriceps pour diminuer la traction tendineuse.
- Kinésithérapie : renforcement excentrique, correction posturale.
B. Phase de réadaptation
- Reprise progressive du sport après disparition complète de la douleur.
- Orthèse spécifique pour soulager le point d’insertion tendineuse :
- Anneau patellaire ou sangle sous-rotulienne pour réduire la tension.
- Orthèse “End-Osgood” : mise au repos relative du tendon rotulien en redistribuant la traction.
🩺 Aucune séquelle fonctionnelle si la prise en charge est adaptée et la croissance respectée.
Une persistance de la saillie osseuse est possible, indolore et sans conséquence à l’âge adulte.
5. Prévention
- Échauffement et étirement systématique des quadriceps et ischio-jambiers avant et après l’effort.
- Renforcement musculaire équilibré entre les chaînes antérieure et postérieure.
- Gestion de la charge d’entraînement : éviter les sauts ou courses répétées en phase de croissance rapide.
- Chaussage amortissant pour limiter les impacts.
- Surveillance orthopédique régulière chez les jeunes sportifs de haut niveau.
6. Rôle éducatif et orthétique
Le rôle du professionnel orthopédiste ou du pharmacien orthopédiste est double :
- Informer le jeune et sa famille sur le caractère bénin et transitoire de la pathologie.
- Proposer l’orthèse adaptée en expliquant sa fonction :
- réduire la traction rotulienne,
- améliorer le confort à la marche,
- autoriser une reprise douce et progressive du sport.
🎯 Objectif : soulager sans immobiliser, préserver la croissance, et prévenir la récidive à la puberté.
En résumé
| Pathologie | Mécanisme | Âge typique | Traitement | Rôle de l’orthèse |
| Tendinite rotulienne | Surcharge mécanique et microtraumatismes répétés | Adulte sportif | Repos relatif, kiné, glaçage | Décharge tendineuse, recentrage rotulien |
| Osgood-Schlatter | Traction du tendon sur apophyse tibiale en croissance | Adolescent (12–16 ans) | Repos, étirements, orthèse spécifique | Soulagement mécanique, protection du tendon |
🦵 En pratique orthopédique : ces deux pathologies reflètent le déséquilibre entre sollicitation et adaptation tendineuse.
Le traitement repose sur la modulation des contraintes, la rééducation fonctionnelle et l’accompagnement orthétique raisonné, garantissant une reprise sécurisée et durable de l’activité sportive.
E. Instabilité rotulienne
1. Définition
L’instabilité rotulienne correspond à un mauvais centrage de la rotule (patella) dans la gorge trochléenne du fémur, entraînant des subluxations ou luxations latérales récidivantes.
C’est une pathologie fréquente chez la femme jeune, souvent hyperlaxe, genu valgum (genou en X) ou présentant une dysplasie trochléenne (gorge trop plate).
Cette instabilité traduit un déséquilibre entre les forces médiales et latérales qui s’exercent sur la rotule :
- la traction du vaste latéral et du tendon rotulien tend à la tirer vers l’extérieur,
- alors que le vaste médial oblique (VMO) et le ligament fémoro-patellaire médial (MPFL) assurent sa stabilisation interne.
🧭 En situation normale : la rotule glisse harmonieusement dans la trochlée fémorale de 0 à 140° de flexion.
En cas de dysfonction : elle dévie vers l’extérieur, provoquant douleur, ressaut et parfois luxation complète.
2. Facteurs prédisposants
Les causes sont multifactorielles, associant anomalies osseuses, ligamentaires et musculaires :
Facteurs anatomiques :
- Dysplasie trochléenne (gorge trop plate ou asymétrique).
- Patella alta (rotule haute).
- Torsion fémorale interne ou antéversion excessive.
- Genu valgum (augmentation de l’angle Q > 15°).
- Déficit du MPFL (ligament médial fémoro-patellaire).
Facteurs fonctionnels :
- Hyperlaxité ligamentaire constitutionnelle (syndrome d’Ehlers-Danlos, jeunes femmes, danse, gymnastique).
- Déséquilibre musculaire : faiblesse du vaste médial oblique (VMO), prédominance du vaste latéral.
- Trouble proprioceptif ou de coordination motrice.
⚠️ L’association d’un trouble d’axe du membre inférieur (rotation fémoro-tibiale, valgus) et d’une hyperlaxité constitue le terrain typique de l’instabilité rotulienne récidivante.
3. Clinique
Signes fonctionnels :
- Sensation de rotule qui “saute” ou “glisse vers l’extérieur”.
- Douleur antérieure ou périrotulienne augmentée à la montée/descente des escaliers, à la course ou à la position assise prolongée (“signe du cinéma”).
- Craquements ou ressauts rotuliens.
- Épanchement modéré possible après un épisode de subluxation.
- Appréhension à la flexion : le patient retient son genou par peur de la luxation.
Signes physiques :
- Rotule haut placée ou latéralisée.
- Test d’appréhension rotulienne positif : douleur et réaction de recul du patient lors de la mobilisation latérale de la rotule.
- Signe du rabot (frottement de la rotule sur la trochlée).
- Hypermobilité latérale de la rotule au testing manuel.
Examens complémentaires :
- Radiographie de profil : patella alta.
- Incidence axiale de Laurin / Merchant : dysplasie trochléenne, bascule latérale.
- IRM : rupture du MPFL, déséquilibre musculaire, chondropathie fémoro-patellaire.
4. Prise en charge
A. Traitement fonctionnel (première intention)
- Kinésithérapie spécialisée :
- Renforcement du vaste médial oblique (VMO).
- Assouplissement du vaste latéral.
- Travail proprioceptif et postural.
- Rééquilibrage de la chaîne musculaire du membre inférieur.
- Correction des facteurs aggravants :
- semelles orthopédiques en cas de trouble d’appui,
- perte de poids si surcharge pondérale,
- rééducation de la gestuelle sportive.
B. Orthèse rotulienne
- Portée en phase de rééducation ou préventive à la reprise du sport.
- Objectif : recentrer la rotule et limiter la translation latérale.
| Type d’orthèse | Exemple | Fonction |
| Genouillère rotulienne à pelote de recentrage | Donjoy RotuLax™, Thuasne GenuLigaflex®, Silistab® Genu | Guide la rotule vers l’intérieur, améliore la congruence fémoro-patellaire |
| Genouillère ouverte (enveloppante) | GenuPro® Active | Facilite la mise en place sur genou douloureux, meilleure adaptation morphologique |
| Orthèse thermique / proprioceptive | ComfortForm™ Néoprène | Effet antalgique et décontraction musculaire |
C. Chirurgie
Indiquée si :
- luxations récidivantes,
- échec du traitement fonctionnel,
- dysplasie trochléenne majeure.
Procédures possibles :
- Reconstruction du ligament MPFL,
- Transposition de la tubérosité tibiale antérieure (ostéotomie de réaxation),
- Profondeur trochléenne (trochléoplastie).
🩺 L’orthèse reste indispensable après chirurgie pour maintenir le recentrage patellaire durant la phase de cicatrisation.
5. Objectifs orthétiques
- Guider la rotule dans la gorge trochléenne fémorale.
- Réduire les forces de translation latérale exercées par le vaste latéral et le tendon rotulien.
- Améliorer le recentrage musculaire du système extenseur.
- Restaurer la stabilité dynamique lors de la marche et des activités sportives.
🎯 L’orthèse rotulienne n’est pas une simple contention : elle est un outil de recentrage proprioceptif qui aide à rééduquer la motricité fine de la rotule dans la trochlée.
F. Syndrome méniscal
1. Physiopathologie
Les lésions méniscales correspondent à une atteinte du fibrocartilage méniscal, interne ou externe.
Elles peuvent être :
- Aiguës / traumatiques : déchirure après un mouvement de torsion en charge, typique chez le sujet jeune ou sportif.
- Chroniques / dégénératives : usure progressive du ménisque sur terrain arthrosique, fréquente après 50 ans.
Mécanisme classique (traumatique)
- Genou fléchi, en charge, rotation du tronc ou du tibia → cisaillement du ménisque entre les condyles → fissure longitudinale ou radiale.
- Les lésions du ménisque médial sont plus fréquentes (fixé à la capsule et au LLI), alors que le ménisque latéral, plus mobile, est plus résistant mais vulnérable dans les sports pivot-contact.
2. Clinique
Signes fonctionnels :
- Douleur interne ou externe du genou selon le ménisque atteint.
- Sensation de blocage, de ressaut, de genou qui coince ou de “claquement”.
- Parfois épanchement articulaire modéré (hydarthrose).
- Douleur à la descente d’escaliers ou en position accroupie.
- Impotence fonctionnelle partielle.
Signes physiques :
- Douleur localisée à la palpation de l’interligne articulaire.
- Tests cliniques positifs :
- McMurray : douleur ou claquement lors de la rotation tibiale.
- Apley : douleur à la compression axiale du genou fléchi.
- Thessaly : douleur en rotation sur jambe d’appui.
🔎 Le diagnostic est avant tout clinique, confirmé par IRM si le doute persiste ou en vue d’un geste chirurgical.
3. Diagnostic différentiel
- Entorse ligamentaire interne (douleur postéro-interne).
- Fissure cartilagineuse.
- Gonarthrose débutante.
- Corps étranger intra-articulaire.
4. Prise en charge
A. Traitement fonctionnel (première intention)
- Protocole GREC (RICE) : glaçage, repos, élévation, contention.
- Kinésithérapie : travail de mobilité, renforcement musculaire, proprioception.
- Orthèse de soutien rotulienne ou ligamentaire souple pour stabilisation et proprioception.
🩹 Les orthèses de série (Donjoy FortiLax™, Thuasne GenuForce®) favorisent le drainage, limitent la rotation et améliorent le contrôle postural.
B. Traitement chirurgical
- Indiqué si :
- blocage articulaire complet,
- douleur persistante après 6 semaines,
- lésion méniscale instable à l’IRM.
- Techniques :
- Méniscectomie partielle sélective (ablation de la portion fissurée),
- ou suture méniscale arthroscopique (préservant le capital méniscal).
C. Phase post-opératoire
- Port d’une orthèse articulée (ROM) ou d’une genouillère rotulienne souple,
- contrôle du centrage rotulien,
- limitation d’amplitude selon protocole,
- prévention de l’œdème et des récidives.
⚙️ La reprise d’appui est souvent autorisée à partir de la 3ᵉ–4ᵉ semaine, avec flexion limitée à 90° initialement.
5. Objectifs orthétiques
- Soutenir l’articulation et limiter les contraintes en rotation.
- Améliorer la proprioception pour stabiliser le genou.
- Contrôler l’œdème post-lésionnel (compression homogène).
- Accompagner la rééducation et la reprise de l’appui.
- Prévenir la récidive et la dégénérescence secondaire.
💡 Le port d’une genouillère adaptée optimise le confort, accélère la récupération fonctionnelle et réduit le risque de chronicité méniscale.
Les pathologies du genou nécessitent une prise en charge pluridisciplinaire combinant :
- repos et physiothérapie,
- correction des déséquilibres biomécaniques,
- et appareillage orthopédique raisonné.
Les orthèses, qu’elles soient simples ou articulées, jouent un rôle essentiel dans :
- la stabilisation ligamentaire,
- la proprioception active,
- la décharge articulaire dans les formes dégénératives,
- et la sécurisation post-opératoire.
🎯 L’efficacité thérapeutique dépend toujours de la bonne indication, de la qualité de l’ajustement morphologique et d’un suivi patient rigoureux :
c’est la condition d’une récupération fonctionnelle durable et d’une reprise d’activité en toute sécurité.