Formation / DoorDash, DocMorris, Amazon La nouvelle menace pour nos officines

Bienvenue à toutes et à tous dans cette formation dédiée à l’évolution du retail santé et aux nouvelles dynamiques qui redessinent, à grande vitesse, notre environnement professionnel.
Je vous accompagnerai tout au long de cette session pour comprendre comment des transformations globales — longtemps perçues comme lointaines — impactent désormais directement nos officines, notre modèle économique et notre rôle dans le parcours de soin.

Aujourd’hui, nous allons prendre de la hauteur et analyser un phénomène incontournable : l’arrivée massive d’acteurs internationaux du numérique, de l’e-commerce et de la logistique dans le champ de la santé.
Il ne s’agit plus simplement de concurrence périphérique ou de tendances émergentes : nous faisons face à des entreprises capables de modifier les comportements d’achat, les attentes des patients et les chaînes de valeur — parfois du jour au lendemain.

Des géants comme DoorDash, Amazon, ou encore DocMorris avancent avec des stratégies volontaristes :

  • Rachats à plusieurs milliards,
  • Modèles logistiques ultra-optimisés,
  • Levées de fonds massives,
  • Positionnement progressif dans le parcours patient,
  • Expérimentation de nouveaux standards de service (instantanéité, transparence, omnicanal).

Leur ambition ne se limite plus à la vente de produits de santé. Ils cherchent à réinventer l’accès au soin, la distribution du médicament, et l’expérience patient — autant d’enjeux qui sont historiquement au cœur du rôle officinal.

🎯 Objectifs pédagogiques de la formation

Dans cette formation, nous allons :

  • Analyser les mouvements stratégiques internationaux qui structurent déjà le retail santé de demain ;
  • Identifier les signaux faibles et les impacts potentiels pour les officines françaises ;
  • Comprendre les risques, mais aussi les opportunités de ces transformations ;
  • Développer une posture proactive, capable d’anticiper plutôt que subir ;
  • Explorer des pistes d’adaptation concrètes pour renforcer votre attractivité, votre modèle économique et votre rôle clinique.

🔍 Ce que nous allons étudier ensemble

Nous nous appuierons sur trois cas internationaux récents et particulièrement révélateurs :

  1. L’acquisition de Deliveroo par DoorDash : un tournant logistique mondial et un laboratoire d’ultra-proximité.
  2. Amazon Haul : un modèle d’automatisation et de distribution qui pourrait redéfinir les attentes des consommateurs.
  3. La levée de fonds stratégique de DocMorris : un accélérateur pour la pharmacie en ligne européenne.

Chacun de ces mouvements répond à une logique différente, mais tous convergent vers un objectif commun : prendre position dans la santé de proximité et capter une part croissante du parcours patient.

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🎯 1. DOORDASH RACHÈTE DELIVEROO : LA LOGISTIQUE EN LIGNE DE MIRE

Le 8 mai 2025, une nouvelle est passée relativement inaperçue… et pourtant, elle pourrait bouleverser le paysage de la santé connectée en Europe : DoorDash annonce le rachat de Deliveroo pour 2,6 milliards d’euros.

Deliveroo, vous le connaissez sans doute comme concurrent d’Uber Eats. Une plateforme de livraison de repas, implantée dans de nombreuses grandes villes européennes, mais régulièrement critiquée pour son modèle économique déficitaire, son traitement des livreurs, et ses difficultés à devenir rentable. Eh bien, DoorDash ne rachète pas une entreprise florissante : il rachète un outil.

Un outil logistique, technologique et surtout territorial. En mettant la main sur Deliveroo, DoorDash obtient une infrastructure urbaine de livraison ultrarapide déjà implantée dans les grandes villes d’Europe. Il gagne aussi des millions de clients fidèles, habitués à commander en quelques clics, et à être livrés en moins de 30 minutes.

Mais attention : il ne s’agit plus seulement de livrer des repas. Depuis plusieurs mois, DoorDash explore d’autres segments : les courses, les boissons, les fleurs, et désormais… les produits santé et parapharmaceutiques.

Des compléments alimentaires, des vitamines, des produits d’hygiène, mais aussi — à terme — pourquoi pas des médicaments OTC, des autotests, voire certains dispositifs médicaux en accès libre. Imaginez un client qui commande du doliprane, du magnésium et un gel d’arnica… livré en 20 minutes, avec le même réflexe que pour une pizza.

Et là, la question se pose : quel rôle pour les pharmacies dans cette chaîne ?

Trois scénarios se dessinent :

  1. Exclusion : les plateformes s’appuient sur des entrepôts, court-circuitant totalement l’officine.
  2. Désintermédiation partielle : les pharmacies deviennent des “points logistiques” où le pharmacien n’est plus qu’un maillon anonyme.
  3. Partenariat stratégique : l’officine s’intègre activement à la chaîne, tout en gardant son rôle de conseil et sa visibilité.

Ce rachat n’est donc pas qu’un deal économique, c’est un signal stratégique. Il confirme que la logistique urbaine express devient un axe central du retail santé. Et que les géants du numérique ne veulent pas seulement vendre des produits, ils veulent posséder la relation client et la maîtrise du dernier kilomètre.

Alors, comment réagir ? Comment s’armer ? Peut-on imaginer des groupements ou des chaînes officinales s’adosser à des plateformes concurrentes ? Faut-il créer des réseaux de pharmacies livrées en interne ? L’enjeu est là : ne pas se contenter d’observer, mais décider comment participer.

🛒 2. AMAZON ET « AMAZON HAUL » : LE TEMU DE LA SANTÉ LOW-COST ?

Amazon ne recule devant rien pour tester de nouveaux formats de consommation. En Allemagne, il expérimente actuellement « Amazon Haul », un concept qui bouscule les codes du e-commerce classique. Imaginez une marketplace à la croisée de Temu, AliExpress et Shein : des milliers d’articles à des prix défiant toute concurrence, entre 1 et 5 €, livrés directement depuis la Chine.

Le positionnement est clair : du volume, de l’ultra low-cost et une logique d’achat compulsif. On y trouve de tout : vêtements, gadgets électroniques, ustensiles de cuisine… mais aussi, et c’est là que ça devient intéressant, des produits de bien-être, des cosmétiques, des compléments alimentaires, des masques, des accessoires beauté ou des articles à la frontière de la parapharmacie.

Autrement dit : un glissement progressif vers nos rayons officinaux.

Et ce modèle séduit, notamment les jeunes consommateurs, très à l’aise avec les plateformes asiatiques, peu exigeants sur la marque, mais très sensibles au prix et à l’effet nouveauté. Ils scrollent, cliquent, achètent… sans toujours se poser la question de la qualité, de l’origine, ou même de la conformité des produits.

👉 Quels risques pour l’écosystème officinal ?

  1. La banalisation des produits de santé : si tout devient accessible à 1,99 € avec livraison gratuite, comment valoriser des produits sélectionnés, conseillés et traçables ?
  2. L’effondrement de la valeur perçue : pourquoi acheter une crème à 15 € à la pharmacie quand une version “look alike” se vend 4 € sur Amazon Haul ?
  3. Le brouillage des repères santé : entre influenceurs, faux avis clients, et packaging marketing, le consommateur s’éloigne de plus en plus de la filière santé réglementée.

Ce n’est pas seulement une guerre de prix. C’est une mutation culturelle. Et dans cette mutation, la pharmacie traditionnelle peut vite devenir inaudible si elle ne renforce pas ses différenciateurs : le conseil humain, la qualité des produits, et surtout la responsabilité sanitaire.

🎯 Et donc, on fait quoi ?

  • D’abord, on surveille de près cette offensive. Ce qui se teste en Allemagne arrive souvent en France dans les 12 à 24 mois.
  • Ensuite, on réaffirme notre valeur ajoutée : l’expertise, le choix raisonné, la recommandation adaptée. Pas de vente massive, mais une vente éclairée.
  • Enfin, on repense notre stratégie de prix sur certains segments. Pas pour casser les prix, mais pour éviter de paraître hors-sol face à des marketplaces agressives.

Car oui, le prix est un critère, mais la confiance est un actif. Et ça, aucun entrepôt chinois ne peut encore le copier.

💊 3. DOCMORRIS, LA STRATÉGIE DU RX DIGITAL

Le même jour que l’annonce du rachat de Deliveroo par DoorDash, un autre mouvement stratégique passe (presque) sous les radars : DocMorris, le leader européen de la pharmacie en ligne, annonce une levée de fonds de 200 millions de francs suisses.

Objectif ? Très clair : consolider sa position sur les médicaments sur ordonnance (le segment “Rx”) et accélérer le développement de sa plateforme de téléconsultation, TeleClinic.

Ici, on ne parle plus de cosmétiques ou de vitamines. On parle de prescriptions médicales, de dossiers de santé numériques, de parcours de soin 100 % digitalisé.

🧠 Le modèle DocMorris en 3 points :

  1. Consultation à distance via TeleClinic : un médecin généraliste ou spécialiste évalue le patient, pose un diagnostic, et rédige une ordonnance.
  2. Traitement de l’ordonnance de manière entièrement numérique.
  3. Délivrance des médicaments Rx depuis une pharmacie centralisée, expédiée directement au domicile du patient sous 24 à 48 heures.

C’est fluide, rapide, intégré. Et en Allemagne, ce modèle séduit de plus en plus, notamment les jeunes actifs, les patients chroniques et les zones sous-dotées.

Avec une croissance de 52 % du segment Rx au 1er trimestre 2025, DocMorris ne fait pas que prendre des parts de marché : il redéfinit le rôle de la pharmacie dans la chaîne de soin. Elle devient invisible, intégrée dans le cloud, accessible par un clic.

⚠️ Pourquoi c’est un signal fort pour nous, pharmaciens français ?

Parce que si demain le e-prescription et le e-parcours se généralisent, et si une pharmacie peut livrer une ordonnance sans jamais voir le patient, alors notre rôle de lien de proximité, de filtre humain, risque de s’éroder.

Et attention : ce modèle ne concerne pas que l’Allemagne. Il est transposable, adaptable, exportable. Certains projets pilotes pourraient voir le jour en France, surtout si l’Assurance Maladie ou les mutuelles y voient un gain d’efficience.

🤔 Alors, on fait quoi ?

Trois pistes possibles :

  1. Développer nos propres solutions digitales, en s’appuyant sur des partenaires tech ou via des groupements.
  2. Renforcer nos liens avec les médecins locaux, pour créer des binômes terrain – digital (ex. : vous téléconsultez, mais vous retirez et échangez à l’officine).
  3. Accentuer notre ancrage territorial, en devenant un vrai pivot de proximité, à la fois technologique (scan, e-prescription, app santé…) et humain.

Il ne s’agit pas de faire la course avec DocMorris, mais de préserver notre place dans un parcours de soin de plus en plus éclaté et désintermédié. La pharmacie ne doit pas devenir un centre logistique parmi d’autres. Elle doit rester un acteur de santé, ancré dans la relation, engagé dans la communauté.

🔍 4. CE QUE CELA CHANGE POUR NOUS, PHARMACIENS

Tous ces mouvements — le rachat de Deliveroo par DoorDash, l’expérimentation d’Amazon Haul, la levée de fonds de DocMorris — traduisent un message limpide : le retail santé entre dans une nouvelle ère.

Une ère mondialisée, ultra-connectée, dominée par la data, les algorithmes et la performance logistique. Le médicament, les produits bien-être ou la dermo ne sont plus seulement délivrés au comptoir : ils sont aussi commandés, stockés, expédiés, notés et réajustés par des chaînes technologiques mondiales.

Nous assistons à une forme de bipolarisation du marché de la santé :

  • D’un côté, les acteurs industriels du volume : ultra low-cost, livraison express, zéro conseil, modèle algorithmique. Leur atout ? La puissance logistique et le prix.
  • De l’autre, les professionnels de santé de proximité, ancrés dans la vie locale, porteurs de sens, garants de la sécurité sanitaire. Leur atout ? La confiance, le conseil, l’éthique.

Mais soyons lucides : nous ne pourrons pas jouer sur tous les tableaux. Tenter de concurrencer Amazon sur le prix ou DocMorris sur la livraison est un combat perdu d’avance. En revanche, nous pouvons — et devons — consolider ce que ces plateformes ne peuvent pas offrir : la relation humaine, l’accompagnement, la pertinence thérapeutique.

🎯 Ce que cela implique concrètement

  1. Clarifier son positionnement officinal
    • Êtes-vous une officine experte en micronutrition ? Une référence locale en accompagnement des pathologies chroniques ? Un relais santé en ruralité ?
    • Il faut affirmer votre valeur, la rendre visible… et compréhensible pour vos patients.
  2. Moderniser l’organisation
    • Cela passe par la formation de l’équipe, l’optimisation des flux, mais aussi l’intégration des outils digitaux : scan d’ordonnance, agenda en ligne, SMS rappel de traitement, interface de suivi.
    • Être digital, ce n’est pas se déshumaniser, c’est gagner du temps pour mieux se consacrer aux patients.
  3. Anticiper les attentes des clients
    • Ils veulent du conseil, oui. Mais aussi de la réactivité, de la fluidité, des horaires étendus, et parfois des services nouveaux (click & collect, livraison locale, chatbot d’accueil).
    • On ne peut pas ignorer les standards de l’e-commerce. Il faut les adapter à notre réalité officinale.
  4. Rester vigilant sur la qualité et la régulation
    • La multiplication de plateformes internationales entraîne un vrai risque : contrefaçons, faux avis, produits non conformes.
    • Le pharmacien devient alors un rempart sanitaire, un repère dans un écosystème de plus en plus flou.

🤝 Vers une pharmacie à forte valeur ajoutée

Ce que nous vivons, ce n’est pas la fin de la pharmacie, c’est la fin d’un modèle de confort. Un modèle où le simple fait d’être “le seul point de santé ouvert” suffisait. Désormais, il faut choisir son rôle dans le nouveau paysage du retail santé, et accepter de se réinventer sans se trahir.

Et c’est justement cette capacité à se réinventer tout en restant fidèle à notre mission de santé publique qui fera la force de l’officine française dans les prochaines années.

Conclusion

Pour conclure cette formation, retenons ensemble l’essentiel : le retail santé n’est plus un marché local et stable. C’est désormais un écosystème mondial, accéléré par la data, la logistique avancée et les innovations numériques. Les acteurs comme DoorDash, Amazon ou DocMorris transforment profondément les attentes des usagers, la notion de proximité et les standards de service.

Mais face à ces mutations rapides, la pharmacie d’officine dispose d’atouts puissants — et non substituables :

  • Une légitimité sanitaire encadrée et reconnue,
  • Une connaissance fine et contextualisée des patients,
  • Une proximité humaine irremplaçable,
  • Une capacité d’accompagnement individualisée,
  • Une traçabilité, une sécurité et une expertise thérapeutique uniques.

L’enjeu n’est donc pas de se comparer à ces géants, ni de tenter de les imiter.
L’enjeu est de renforcer ce qui fait la force de l’officine, tout en intégrant avec lucidité les nouvelles attentes : rapidité, lisibilité, omnicanalité, continuité du parcours patient.

🔑 Ce que vous devez retenir

Votre avantage compétitif ne se trouve pas dans la vitesse ou la taille, mais dans :

  • La clarté de votre positionnement dans le parcours de soins,
  • Votre agilité organisationnelle,
  • Votre capacité à valoriser concrètement vos missions,
  • Votre proactivité face aux signaux faibles du marché,
  • Votre engagement collectif et individuel dans l’évolution du métier.

L’officine peut — et doit — rester un pilier essentiel du retail santé français. Mais cela suppose de faire évoluer vos pratiques, de développer de nouveaux réflexes stratégiques, et de repenser votre visibilité et votre proposition de valeur.

Merci pour votre participation active dans cette formation. Je vous invite à poursuivre la réflexion :

  • en échangeant avec vos équipes,
  • en identifiant des pistes d’amélioration rapides,
  • et en intégrant progressivement les outils et stratégies étudiés aujourd’hui.

À vous maintenant de transformer ces enseignements en leviers d’action pour préserver — et renforcer — votre rôle dans le paysage sanitaire de demain.

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