Formation / Ouvrir l’officine, c’est l’avenir Place aux soins partagés

Bonjour à toutes et à tous, je suis Arnaud, pharmacien d’officine, et je vous souhaite la bienvenue dans cette formation dédiée à l’interprofessionnalité en officine. L’objectif de cette session est de vous faire comprendre pourquoi et comment développer la coopération entre professionnels de santé pour améliorer la prise en charge des patients et renforcer la performance de votre officine.

Le concept d’interprofessionnalité peut sembler technique, mais il traduit une réalité incontournable : la santé de demain se construit collectivement. Le pharmacien ne peut plus se contenter de délivrer des médicaments ou de gérer son officine seul. Il doit être capable de travailler en réseau, de partager l’information, de coordonner les parcours de soins et d’intégrer sa pratique dans un écosystème élargi.

Pourquoi cette nécessité est-elle devenue urgente ? Plusieurs facteurs structurent notre environnement :

  • Le vieillissement de la population et la hausse des pathologies chroniques.
  • La diminution du nombre de médecins disponibles dans certaines zones, entraînant un déficit de suivi médical.
  • Les attentes des patients : proximité, continuité de soins, écoute et conseil adapté.

Face à ces enjeux, rester isolé n’est plus viable. Les officines doivent se transformer en véritables acteurs de santé de proximité, capables de coopérer entre elles et avec d’autres professionnels de santé (médecins, infirmiers, kinésithérapeutes, biologistes, etc.).

Durant cette formation, nous allons explorer deux axes principaux :

  1. La coopération entre pharmaciens : partager des informations, mutualiser certaines tâches ou services, créer des synergies sur le territoire pour améliorer l’efficacité et la rentabilité.
  2. L’ouverture aux autres professionnels de santé : comprendre les besoins du bassin de vie, établir des protocoles de coordination, et mettre en place des dispositifs concrets pour un suivi patient intégré et fluide.

Nous illustrerons ces axes par des cas concrets, des témoignages et des leviers opérationnels, afin que vous repartiez avec des idées applicables dans votre officine dès demain.

Au terme de cette session, vous serez capable de :

  • Comprendre les enjeux et bénéfices de l’interprofessionnalité.
  • Identifier les partenaires clés sur votre territoire.
  • Mettre en place des actions concrètes pour développer une collaboration efficace et pérenne.

Alors installez-vous confortablement : nous allons ensemble repenser le rôle de l’officine dans un réseau de soins intégré, humain et performant.

🧩 1. Le cloisonnement des officines : un frein à la santé de proximité

🗣️ Pendant des décennies, la pharmacie française a reposé sur un modèle simple et plutôt efficace : une officine, un pharmacien, un territoire.

Ce modèle a eu ses vertus : ancrage local, relation de confiance, indépendance de décision. Mais aujourd’hui, il montre ses limites. Pourquoi ? Parce qu’il repose sur un principe de fonctionnement isolé, voire concurrentiel entre officines.

Prenons un exemple simple. Sur une commune de 10 000 habitants, on peut avoir trois pharmacies bien installées. Elles proposent toutes à peu près les mêmes services : délivrance, ordonnances, vaccination, etc. Mais aucune coordination. Aucune action collective.
Résultat ? Des doublons, parfois une concurrence inutile, mais surtout :
👉 aucun effet de levier collectif sur la santé du territoire.

Et c’est là que le bât blesse. Car les besoins évoluent.
Aujourd’hui, les patients attendent plus que des boîtes.
Ils veulent de l’accompagnement, du suivi, de la prévention, de l’écoute.
Ils veulent qu’on parle ensemble : pharmacien, médecin, infirmière, kiné.
Ils veulent qu’on sache ce que les autres font, pour ne pas recommencer trois fois les mêmes examens, ou devoir répéter leur histoire de soins à chaque interlocuteur.

Or, ce que l’on voit, c’est que les officines ne sont ni coordonnées, ni alignées. Elles n’échangent pas ou peu, même lorsqu’elles partagent un même bassin de vie, une même CPTS, ou des patients communs.

Ce cloisonnement est souvent renforcé par des habitudes de travail ancrées :

  • la peur de “faire le jeu de la concurrence” en coopérant,
  • l’absence de cadre contractuel pour partager des services ou du personnel,
  • ou tout simplement le manque de temps pour enclencher une dynamique territoriale.

Mais la bonne nouvelle, c’est qu’on peut sortir de ce modèle.
Et ce n’est pas une utopie : certains l’ont déjà fait.

👉 Des pharmaciens se regroupent pour monter des projets de vaccination en réseau.
👉 D’autres partagent du personnel ou mutualisent des plateformes numériques.
👉 Certains construisent même des sociétés inter-officinales pour répondre à des appels à projets santé.

Ce sont des pionniers, mais surtout des illustrations de ce que le métier peut devenir : un métier plus ouvert, plus connecté, plus résilient.

Alors oui, la pharmacie isolée peut encore fonctionner… mais pour combien de temps ?
La pharmacie collaborative, elle, est déjà en train de prouver qu’elle peut faire mieux : pour les patients, pour les équipes, et pour la performance de l’entreprise officinale.

🧩 2. Coopérer entre pharmaciens : un levier de puissance territoriale

🗣️ Et si nous décidions de ne plus voir nos confrères comme des concurrents, mais comme des partenaires de santé ?

C’est peut-être la révolution culturelle la plus urgente à mener dans notre métier. Parce que soyons honnêtes : à quelques exceptions près, nous avons appris à travailler dans une logique défensive, chacun pour soi, parfois même en se surveillant du coin de l’œil. Pourtant, sur un même bassin de vie, nous faisons face aux mêmes défis, pour les mêmes patients.

Alors pourquoi ne pas changer de posture ?
Pourquoi ne pas transformer cette dispersion en force collective ?

🔧 Concrètement, coopérer entre pharmaciens, c’est quoi ?

👉 C’est créer des coopératives locales d’officines, pour proposer une offre de services homogène et structurée sur tout un territoire :

  • Un parcours de vaccination fluide, avec une permanence organisée entre officines.
  • Des entretiens pharmaceutiques réalisés de manière partagée, avec transmission des comptes-rendus.
  • Des bilans partagés pour les patients polymédiqués, chroniques, ou en ALD.

👉 C’est mutualiser des ressources que l’on ne pourrait pas financer seuls :

  • Un appareil de télémédecine, un logiciel partagé de suivi patient.
  • Une infirmière salariée à temps partiel pour réaliser des tests ou vaccins en rotation.
  • Un coordinateur de parcours ou un assistant en santé pour prendre les rendez-vous et fluidifier les agendas.

👉 C’est se spécialiser intelligemment, sans se cannibaliser :

  • Une pharmacie se concentre sur les troubles métaboliques, avec un espace dédié au suivi diabétique.
  • Une autre met en avant la pédiatrie et la périnatalité.
  • Une troisième développe l’accompagnement des personnes âgées et dépendantes.

Et ensemble, on couvre intelligemment l’ensemble des besoins d’un territoire.

⚖️ Un cadre qui évolue… dans le bon sens

Le législateur commence enfin à accompagner ce type de dynamique.

La loi Ma Santé 2022, les décrets d’application sur les CPTS, les financements via les ARS, les dispositifs type PEPS (Parcours Expérimentaux en Prévention Santé)… tous vont dans le même sens : favoriser la coordination des soins en proximité.

Aujourd’hui, il est tout à fait possible — et même encouragé — de répondre collectivement à des projets de santé territoriaux.
La création de sociétés inter-officinales, de groupements de coopération sanitaire (GCS) ou même de SCIC (Société Coopérative d’Intérêt Collectif) est non seulement légale, mais parfois subventionnée.

C’est une transformation organisationnelle… mais aussi culturelle.

✅ Des exemples qui fonctionnent déjà

📍 En Bretagne, un groupement de huit officines a mis en place :

  • une astreinte officinale tournante,
  • un agenda vaccinal commun accessible en ligne,
  • et une base de données partagée sur les patients suivis à domicile.

📍 En Île-de-France, trois pharmacies ont mutualisé un assistant en pharmacie mobile, qui tourne entre les structures pour gérer les entretiens pharmaceutiques et les appels sortants.

📍 Dans le Jura, un groupement d’officines a investi dans un outil de télémédecine utilisé par tous les professionnels du territoire — avec un impact direct sur les délais de prise en charge.

Ces exemples prouvent que ce modèle n’est pas réservé aux grandes villes. Il est adaptable, souple, et surtout utile.

🧩 3. Ouvrir la pharmacie à d’autres professionnels de santé

🗣️ Et si l’officine devenait un lieu de convergence ? Un carrefour de soins, de prévention, de lien social ?

Aujourd’hui, les patients ont besoin de simplicité, d’accessibilité, de lisibilité dans leur parcours de santé. Et l’officine a une carte maîtresse à jouer : sa présence territoriale et sa disponibilité spontanée.

Mais soyons clairs : le pharmacien ne peut pas tout faire.
Et il n’a pas vocation à tout faire. En revanche, il peut accueillir, coordonner, orienter.

C’est tout le sens de cette deuxième grande piste : ouvrir physiquement et juridiquement l’officine à d’autres professionnels de santé.

🧑‍⚕️ Quels professionnels, pour quelles missions ?

👉 Infirmier(ère) :

  • Vaccination, pansements, tests antigéniques, surveillance des constantes.
  • Éducation thérapeutique, accompagnement des patients à domicile.

👉 Masseur-kinésithérapeute :

  • Suivi post-opératoire, rééducation respiratoire, accompagnement du vieillissement.
  • Séances de prévention des troubles musculosquelettiques.

👉 Diététicien(ne) :

  • Bilans nutritionnels, conseils pour patients diabétiques ou obèses.
  • Ateliers collectifs sur l’alimentation, en lien avec les traitements prescrits.

👉 Psychologue ou psychopraticien :

  • Soutien psychologique de premier recours, écoute des aidants.
  • Prévention du burn-out, du décrochage thérapeutique.

👉 Sage-femme :

  • Suivi de grossesse, conseils en contraception, prévention post-partum.
  • Coordination avec les médecins généralistes et pédiatres du secteur.

🏗️ Ce que cela suppose côté officine

  1. Adapter les locaux :
    Il ne s’agit pas toujours de grands travaux. Un espace confidentiel, bien équipé, peut suffire. Ce peut être une pièce existante optimisée, ou un local voisin partagé.
  2. Définir un cadre clair :
    Il faut poser les modalités : horaires, responsabilités, confidentialité, facturation, assurance.
    Le pharmacien reste responsable de ses actes. Le professionnel invité garde sa propre responsabilité.
  3. Éviter les zones grises juridiques :
    L’Ordre des pharmaciens et les ARS commencent à émettre des recommandations. Certaines régions ont déjà publié des cadres d’expérimentation pour faciliter ces coopérations.

📈 Et les résultats ?

Ils sont excellents.

  • Les patients adorent avoir plusieurs services au même endroit.
  • Le bouche-à-oreille fait son œuvre.
  • Les autres professionnels se sentent reconnus et valorisés.
  • Et l’officine devient un vrai pivot territorial, souvent au cœur des projets de CPTS.

C’est un gain de sens, un gain d’impact, un gain d’attractivité.
Et dans bien des cas, un vrai gain économique aussi.

🧩 4. Cadre juridique et leviers de mise en œuvre

🗣️ Coopérer, mutualiser, ouvrir l’officine à d’autres soignants… tout cela a du sens, mais encore faut-il que le cadre suive. Et sur ce plan, les lignes bougent — doucement mais sûrement.

Nous ne sommes plus dans l’expérimentation marginale. Nous sommes dans une phase de transformation encadrée, avec des leviers juridiques, fiscaux et pratiques concrets à notre disposition.

⚖️ Côté législatif : le cadre devient favorable

Depuis la loi Ma Santé 2022, l’interprofessionnalité n’est plus une option, mais un axe stratégique de l’organisation des soins.

🔹 Les Communautés Professionnelles Territoriales de Santé (CPTS) offrent une structure reconnue pour formaliser des coopérations locales.
Des pharmaciens y siègent, y coordonnent parfois des projets de santé, et peuvent obtenir des financements pour des actions collectives.

🔹 Des décrets récents permettent désormais d’installer certains professionnels de santé dans des structures de soins primaires, y compris au sein d’officines, dans le respect de leur indépendance d’exercice.

🔹 Les Agences Régionales de Santé (ARS) soutiennent des projets-pilotes en santé de proximité, avec des appels à projets dédiés à l’innovation organisationnelle.

💶 Côté fiscal : des modèles hybrides émergent

Coopérer, c’est bien, mais il faut aussi modéliser économiquement ces initiatives.

🔸 Les CPTS peuvent financer des temps de coordination, du matériel mutualisé, ou des actions ciblées (dépistages, ETP, vaccination).

🔸 Des forfaits commencent à voir le jour pour des actes coordonnés, comme dans le cadre du programme PEPS ou d’autres modèles expérimentaux régionaux.

🔸 Certaines officines bénéficient de subventions spécifiques :

  • pour l’achat de matériel (frigo vaccinal, fauteuil médical, équipements d’accessibilité),
  • pour l’aménagement de locaux dédiés aux soins ou aux consultations pluridisciplinaires.

🔸 Il est même possible de cofinancer du personnel partagé : un assistant, un infirmier, voire un coordinateur de parcours santé.

Bref, l’argent n’est plus un mur, à condition de structurer les projets et de bien s’entourer.

🛠️ Côté pratique : penser l’officine autrement

Il ne s’agit pas seulement de parler de collaboration. Il faut la rendre concrète dans les murs.

✅ Aménagements à prévoir :

  • Un espace confidentiel bien identifié, équipé et accessible.
  • Une salle de consultation modulable, avec une table d’examen, un point d’eau, une chaise adaptée.
  • Une signalétique claire pour orienter les patients sans confusion sur les rôles de chacun.

✅ Outils numériques à mutualiser :

  • Un agenda partagé avec les autres professionnels.
  • Un dossier patient interprofessionnel sécurisé (type Mon Espace Santé).
  • Une messagerie sécurisée (MSSanté, Apicrypt ou plateformes régionales) pour échanger rapidement et en toute légalité.

En résumé, ce n’est pas tant une révolution technique qu’une évolution logique et progressive. Beaucoup d’éléments sont déjà là. Il faut les assembler.

🎯 5. Témoignages et cas concrets

🎙️ Pour illustrer ce virage interprofessionnel, je voudrais vous partager quelques expériences très concrètes, en espérant qu’elles vous inspireront autant qu’elles m’ont inspiré.

➡️ À Lyon, dans un quartier péri-urbain, une officine a noué un partenariat avec une infirmière libérale. Ils ont aménagé ensemble une salle de soins attenante à la pharmacie. En un an :

  • plus de 800 vaccins réalisés (grippe, COVID, DTP),
  • des consultations de suivi post-hospitalisation mises en place,
  • et surtout : une dynamique de quartier renforcée.

Les patients ne voient plus la pharmacie comme un simple lieu de passage, mais comme un centre de proximité fiable. Le bouche-à-oreille a fait le reste. Le taux de satisfaction dépasse les 95 %, et l’équipe officinale a retrouvé du sens dans ses missions.

➡️ Dans le Gers, un pharmacien a ouvert un espace santé partagé avec une diététicienne, deux demi-journées par semaine. Résultat :

  • des consultations nutritionnelles pour les patients diabétiques ou en surpoids,
  • des ateliers de groupe sur l’alimentation anti-inflammatoire,
  • une meilleure fidélisation de la patientèle.

Mais ce n’est pas tout. Il a vu son chiffre d’affaires progresser grâce à la vente de gammes adaptées, mais surtout sa notoriété locale s’envoler : articles dans la presse régionale, intervention dans les écoles, nouveaux partenariats avec des médecins du secteur.

🎯 Ces deux initiatives ne sont plus des OVNIs. Elles ne relèvent plus du bricolage militant, mais deviennent des modèles duplicables. Des projets structurés, co-construits, ancrés dans une logique de territoire. Et surtout, portés par l’intelligence collective, bien plus puissante que les actions isolées.

Conclusion Pour conclure cette session sur l’interprofessionnalité en officine, retenons l’essentiel : la pharmacie de demain ne sera plus isolée, elle sera profondément collaborative.

Trois dimensions structurent cette transformation :

  1. Coopérative : mutualiser les ressources, les compétences et les services entre officines pour gagner en efficacité et en qualité de prise en charge.
  2. Interprofessionnelle : collaborer avec l’ensemble des professionnels de santé du territoire (médecins, infirmiers, kinésithérapeutes, biologistes…) pour assurer un suivi cohérent et intégré des patients.
  3. Territoriale : s’inscrire dans le tissu local, comprendre les besoins spécifiques du bassin de vie et construire des projets qui répondent aux enjeux de santé publique.

Ces transformations ne se feront pas seules. Elles exigent initiative, dialogue et coordination. Vous, en tant que titulaire ou futur manager, avez un rôle clé : être le moteur de cette évolution dans votre officine et sur votre territoire.

Concrètement, à l’issue de cette formation, vous serez capable de :

  • Identifier les partenaires et structures locales pertinents (CPTS, ARS, associations, confrères).
  • Initier et structurer des projets de collaboration interprofessionnelle.
  • Mobiliser votre équipe autour d’une vision commune centrée sur le patient et l’efficacité collective.
  • Déployer des actions simples mais stratégiques pour faire évoluer votre officine vers une pratique intégrée et durable.

Ne restez pas spectateur. Passez à l’action, engagez le dialogue, co-construisez et pilotez des projets concrets. L’interprofessionnalité n’est pas une option : c’est un levier de performance, de qualité de soins et de satisfaction patient.

Merci pour votre attention et votre participation active. Cette formation est le point de départ : appliquez ces concepts dans votre officine, échangez avec vos équipes et vos partenaires, et transformez la vision en résultats concrets.

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