Créer une pharmacie en France : comprendre les règles et les enjeux d’installation
La création d’une pharmacie d’officine constitue l’une des voies d’installation possibles pour les pharmaciens titulaires. Cependant, contrairement à la reprise d’une officine existante, ce type de projet reste relativement rare et fortement encadré par la réglementation.
En France, l’implantation des pharmacies ne relève pas d’une logique de libre installation. Elle est organisée par un cadre juridique précis, destiné à garantir une répartition équilibrée des officines sur le territoire et à assurer l’accès au médicament pour l’ensemble de la population.
Ces règles sont notamment définies dans le Code de la santé publique, qui fixe les conditions démographiques et territoriales permettant l’ouverture d’une nouvelle officine.
Dans ce système, plusieurs paramètres sont pris en compte par les autorités sanitaires :
- la population de la commune ou de la zone concernée,
- la densité pharmaceutique existante,
- l’évolution démographique du territoire,
- et les besoins d’accès aux soins des habitants.
Les décisions d’autorisation relèvent des Agences régionales de santé, qui examinent les dossiers d’installation et délivrent, le cas échéant, la licence nécessaire à l’ouverture d’une officine.
Dans la pratique, les projets de création restent peu fréquents pour plusieurs raisons :
- la réglementation démographique limite fortement les possibilités d’ouverture,
- la majorité des licences officinales sont déjà attribuées,
- et le réseau officinal français est historiquement dense.
Cependant, certaines situations peuvent permettre l’ouverture d’une nouvelle officine, notamment :
- dans des zones connaissant une croissance démographique importante,
- lors de restructurations territoriales,
- ou dans le cadre de dispositifs dérogatoires prévus par la réglementation.
Ces projets nécessitent généralement une analyse stratégique approfondie, combinant :
- étude démographique du territoire,
- analyse de l’offre de soins existante,
- montage juridique et administratif du dossier,
- et anticipation de la viabilité économique de la future officine.
Pour les pharmaciens souhaitant s’installer, comprendre ces mécanismes est essentiel afin d’évaluer la faisabilité d’un projet et d’identifier les opportunités réellement accessibles.
Cette formation propose ainsi de :
- décrypter les règles juridiques qui encadrent la création d’une pharmacie,
- analyser les conditions permettant l’obtention d’une licence,
- comprendre les raisons des refus fréquents,
- et explorer les stratégies possibles pour mener à bien un projet d’installation.
Car derrière la question de la création d’une officine se trouve un enjeu majeur :
l’équilibre entre la régulation du réseau pharmaceutique et l’adaptation aux évolutions démographiques et territoriales du système de santé.
🎙️ 1. Le rêve de l’installation… et la réalité réglementaire
Quand on pense installation, on imagine souvent :
- l’indépendance,
- la liberté d’organisation,
- la gestion d’équipe,
- l’entrepreneuriat dans sa forme la plus pure,
- et bien sûr : contribuer directement à un service de santé publique.
C’est un objectif noble, motivant, qui porte beaucoup de jeunes pharmaciens.
L’installation, c’est un projet de vie.
Mais avant de pouvoir poser sa croix verte sur un bâtiment, il faut… obtenir le droit d’ouvrir une officine.
Et là, la réalité tombe, parfois brutalement.
👉 La France est l’un des pays au monde où la création d’officines est la plus difficile.
Pourquoi ?
Parce que le réseau officinal français n’est pas un réseau commercial classique.
Ce n’est pas un marché libre où chacun peut s’installer où il veut, quand il veut, en fonction de la seule logique économique.
Le législateur a une autre vision :
➡️ Le maillage officinal est un outil de santé publique.
➡️ Les pharmacies ne doivent pas être concentrées dans les centres-villes rentables.
➡️ Elles doivent être réparties sur l’ensemble du territoire, y compris les zones rurales.
➡️ L’accès au médicament doit être garanti à tous, quel que soit le lieu de résidence.
Cette philosophie explique le cadre légal actuel.
La France cherche à atteindre trois objectifs :
✔️ 1. Un accès équitable aux médicaments pour tous
Une création en zone déjà bien dotée peut déstabiliser l’équilibre local.
Et pour le législateur, cela serait contraire à la mission de service public.
✔️ 2. Une présence pharmaceutique homogène sur le territoire
Si les créations étaient libres, on verrait :
- des zones saturées,
- et des déserts pharmaceutiques encore plus importants.
✔️ 3. Éviter une concurrence guidée uniquement par l’économie
En protégeant les zones rentables, on protège aussi indirectement les zones rurales qui bénéficient d’un réseau stabilisé.
Bref :
🎯 La création d’une pharmacie n’est pas un acte entrepreneurial classique.
🎯 C’est un acte encadré par un objectif supérieur : la santé publique.
Cette logique explique pourquoi les règles sont aussi strictes.
🎙️ 2. L’article L.5125-3 : le texte qui bloque (presque) tout
Cet article du Code de la santé publique, c’est un peu…
le cerbère à trois têtes de la création d’officines.
C’est le verrou réglementaire, le filtre, la barrière qui empêche la majorité des projets de voir le jour.
Il définit les seuils démographiques nécessaires pour ouvrir une officine.
Et ces seuils sont très précis.
📌 La règle :
- 1 pharmacie pour 3 500 habitants
- + 1 pharmacie supplémentaire pour chaque tranche complète de 4 500 habitants
Ces chiffres peuvent sembler techniques, mais dans la pratique, ils déterminent tout.
Prenons quelques exemples très simples :
📍 Une commune de 7 000 habitants
➡️ 3 500 + 3 500 = 7 000
➡️ Elle a donc droit à 2 officines.
Pas plus, pas moins.
📍 Une commune de 10 000 habitants
➡️ 3 500 + 4 500 = 8 000
➡️ 10 000 n’atteint pas 12 500
➡️ La commune reste limitée à 2 officines.
📍 Une commune de 11 000 habitants
➡️ 3 500 + 4 500 = 8 000
➡️ Il faut atteindre 12 500 pour une 3e officine
➡️ Donc : toujours 2 officines.
Il faudra dépasser 12 500 habitants pour en obtenir une troisième.
Et surtout, il y a une règle d’or :
👉 Seules les données officielles et définitives de l’Insee comptent.
Pas les estimations communales.
Pas les projections urbanistiques.
Pas les chiffres avancés par un promoteur immobilier.
Pas les “prévisions de croissance”.
Ce qui compte, ce sont les données du dernier recensement légal.
Pourquoi ?
Parce qu’elles sont objectives, vérifiables, stabilisées.
C’est cette exigence de données officielles qui explique pourquoi tant de projets échouent.
🎯 Ce que cela signifie pour les candidats à l’installation
Créer une pharmacie ne dépend pas :
❌ de votre motivation,
❌ de votre projet architectural,
❌ du besoin ressenti par la commune,
❌ même pas du soutien du maire.
Créer une pharmacie dépend strictement :
- du chiffre de population,
- du seuil légal,
- et de l’interprétation des ARS.
C’est un système exigeant, parfois frustrant, mais cohérent avec l’objectif de santé publique.
🎙️ 3. Pourquoi les ARS refusent 80 % des demandes
Si la création d’une pharmacie est si difficile, ce n’est pas uniquement à cause des seuils démographiques.
C’est aussi — et surtout — à cause du rôle central des Agences régionales de santé, les fameuses ARS.
Contrairement à ce que beaucoup imaginent, les ARS ne se contentent pas d’ouvrir un fichier Excel, de regarder un chiffre Insee et de dire « oui » ou « non ».
Non. Leur rôle est beaucoup plus large, beaucoup plus stratégique et beaucoup plus exigeant.
Elles doivent évaluer l’intérêt public de chaque projet d’ouverture.
Et pour ça, elles analysent une multitude de paramètres.
✔️ 1. L’accès réel aux pharmacies
Il ne suffit pas qu’une zone soit légèrement éloignée.
L’ARS va regarder :
- les voies de circulation,
- la fluidité d’accès,
- le temps réel pour rejoindre la pharmacie la plus proche,
- la présence d’un transport public.
Un kilomètre en zone urbaine dense n’a pas la même signification qu’un kilomètre en zone rurale avec une route sinueuse.
✔️ 2. La distance entre les officines
Même si deux pharmacies ne sont pas côte à côte, l’ARS regarde :
- la distance piétonne,
- la distance en voiture,
- les obstacles naturels (ponts, rivières, voies ferrées),
- les limites administratives.
Une frontière communale n’est pas un argument si l’accès reste facile.
✔️ 3. La structure de la ville
Est-ce une ville étalée ?
Une ville avec des quartiers isolés ?
Un centre historique peu accessible ?
Une zone résidentielle en expansion ?
L’ARS analyse la morphologie urbaine pour comprendre si l’officine projetée répond à un vrai besoin.
✔️ 4. La saisonnalité
Dans les zones touristiques, la population peut doubler, tripler, voire être multipliée par dix en pleine saison.
Mais attention :
il faut des données officielles, pas de simples impressions locales.
L’ARS demande :
- chiffres de fréquentation,
- statistiques hôtelières,
- données des offices de tourisme,
- fréquentation des campings.
Sans données solides, le dossier tombe à l’eau.
✔️ 5. Les flux touristiques et la population de passage
Là encore, les chiffres priment sur la perception.
Une commune peut dire « nous avons beaucoup de touristes »… mais sans données :
– refus systématique.
✔️ 6. La présence d’un QPV (Quartier Prioritaire de la Politique de la Ville)
Le QPV ouvre une porte… mais pas automatiquement.
Il faut prouver :
- que le quartier est mal desservi,
- que les habitants ont un accès insuffisant à l’offre pharmaceutique,
- que la nouvelle officine répond à un objectif social et sanitaire.
✔️ 7. Les zones isolées ou difficiles d’accès
L’ARS analyse :
- les reliefs,
- l’enclavement,
- la desserte routière,
- le temps d’accès pour les personnes âgées.
Un village sur une colline, une vallée profonde, une zone de montagne :
c’est potentiellement une opportunité… mais toujours à condition de démontrer un manque réel.
🎯 Conclusion : les ARS doivent justifier une notion clé — l’intérêt public
Même si :
- un maire soutient le projet,
- un promoteur bâtit un écoquartier,
- une zone est en plein boom immobilier,
… si l’ARS ne considère pas que l’ouverture répond à un besoin d’intérêt public :
👉 Refus.
Clair, net, définitif.
C’est la simplicité… et la rigidité du système.
🎙️ 4. Les ouvertures dérogatoires : des exceptions… très exceptionnelles
La loi prévoit plusieurs cas permettant de contourner les fameux seuils démographiques.
Ces cas sont souvent vus comme « l’espoir » des porteurs de projet.
Mais en réalité…
ce sont des portes ouvertes, certes,
mais des portes blindées, avec une clé très difficile à obtenir.
Voyons ces fameuses dérogations.
✔️ 1. Les territoires prioritaires (QPV)
Les QPV sont des quartiers classés prioritaires au niveau national.
Ils bénéficient de mesures spécifiques pour améliorer :
- l’accès aux soins,
- l’offre de santé,
- et la présence des professionnels.
Mais un QPV n’est pas une justification suffisante.
Il faut prouver que :
- le quartier est déserté en offre pharmaceutique,
- l’accès à la pharmacie existante est difficile,
- l’ouverture répond à un besoin social majeur.
Une simple présence dans un QPV ne suffit jamais.
✔️ 2. Les zones touristiques
Là encore, une ville touristique n’est pas forcément éligible.
Il faut démontrer :
- une surpopulation saisonnière,
- des pics de fréquentation massifs,
- une offre pharmaceutique insuffisante.
Les ARS demandent :
- chiffres d’hôtellerie,
- fréquentation des plages,
- statistiques de campings,
- données de l’office de tourisme.
Sans éléments très structurés :
👉 refus automatique.
✔️ 3. Les zones enclavées ou difficiles d’accès
Ce sont les zones de relief, les quartiers séparés par un fleuve, une voie ferrée, un axe routier majeur.
Il faut prouver que la population doit traverser des obstacles pour accéder à la pharmacie.
Exemples de cas acceptés :
- villages séparés par un pont unique saturé,
- quartiers isolés en altitude,
- zones rurales avec routes dangereuses en hiver.
✔️ 4. Les regroupements et transferts
C’est la dérogation la plus efficace et la plus réaliste aujourd’hui.
Pourquoi ?
Parce que le nombre total d’officines ne change pas.
Une officine ferme → une autre se déplace → mais l’autorisation permet parfois une implantation avantageuse.
Cela permet :
- de redessiner le maillage,
- d’améliorer l’accès,
- de desservir une zone en expansion,
- d’optimiser la dynamique commerciale.
Aujourd’hui, c’est clairement le levier le plus utilisé pour contourner l’impossibilité des créations pures.
🎙️ 5. Pourquoi tant de contentieux ?
Si la jurisprudence est abondante, c’est pour une raison simple :
👉 les communes et les pharmaciens tentent leur chance.
Et ils ne peuvent pas vraiment être blâmés :
- de nouveaux quartiers sortent de terre,
- des zones se revitalisent,
- des projets architecturaux ambitieux voient le jour,
- certaines populations explosent d’année en année.
Alors les villes déposent des dossiers, et espèrent convaincre l’ARS.
Mais les juridictions rappellent régulièrement trois principes cardinaux :
❌ 1. Les projections démographiques ne suffisent jamais
« Dans cinq ans nous serons 15 000 habitants ! »
Super… mais la loi se base sur les chiffres actuels, officiels et définitifs.
Tant que le recensement n’est pas mis à jour :
👉 aucune création possible.
❌ 2. Les programmes immobiliers ne suffisent pas
Même un nouveau quartier :
- de 1 000 logements,
- avec écoles, commerces, équipements,
- et des centaines de familles attendues…
… ne suffit pas pour obtenir une pharmacie.
Il faut attendre que les logements soient réellement habités,
et que l’Insee mette à jour la statistique.
❌ 3. La croissance “prévue” ne suffit pas
C’est la règle la plus frustrante, mais la plus ferme.
Le droit administratif ne fonctionne pas sur :
- les intentions,
- les prévisions,
- les ambitions municipales.
Il fonctionne sur :
👉 le concret,
👉 le mesurable,
👉 le prouvé.
C’est pourquoi la plupart des dossiers finissent devant les tribunaux… et la plupart sont rejetés.
🎙️ 6. La liberté d’entreprendre VS la santé publique
La question revient à chaque dossier de création :
👉 « Pourquoi n’ai-je pas le droit d’ouvrir une pharmacie où je veux ? Après tout, je suis entrepreneur ! »
C’est une idée très intuitive :
Créer une pharmacie, c’est entreprendre.
C’est investir, créer des emplois, rendre un service.
Et pourtant… dans le domaine officinal, la liberté d’entreprendre n’est pas absolue.
Le Conseil d’État le rappelle systématiquement dans sa jurisprudence :
👉 La liberté d’entreprendre s’efface devant l’objectif de santé publique.
C’est même un principe structurant de tout le système pharmaceutique français.
Pourquoi ?
Parce qu’une pharmacie n’est pas un commerce comme un autre.
Ce n’est pas un point de vente libre.
C’est un établissement de santé, soumis à une mission d’intérêt général.
🎯 Le but du modèle français, c’est :
- garantir un accès équitable aux médicaments,
- éviter les déserts pharmaceutiques,
- sécuriser le circuit du médicament,
- maintenir la présence d’un professionnel de santé sur tout le territoire.
Si chacun pouvait s’installer où il voulait, la logique économique serait simple :
- on verrait des pharmacies dans tous les centres commerciaux,
- des officines concentrées en ville,
- et des zones rurales abandonnées.
La France a donc fait un choix clair :
🛑 limiter l’installation pour protéger la mission sanitaire.
Ce n’est pas un frein entrepreneurial.
C’est une régulation pensée pour garantir la cohésion du territoire.
Et cette régulation est tellement prioritaire que même le juge administratif — le Conseil d’État — refuse quasi systématiquement d’opposer la liberté d’entreprendre à la logique de santé publique.
C’est comme ça qu’on se retrouve avec l’un des réseaux officinaux les plus homogènes d’Europe… mais aussi l’un des plus difficiles à pénétrer.
🎙️ 7. Est-ce encore possible de créer une officine en 2025 ?
Bonne nouvelle :
👉 Oui, il est encore possible de créer une pharmacie en 2025.
Moins bonne nouvelle :
👉 Cela reste extrêmement rare.
Les créations “pures”, celles qui ne reposent pas sur un transfert ou un regroupement, sont devenues une espèce protégée : elles existent… mais il faut ouvrir l’œil pour en voir passer une.
Alors où sont-elles ?
✔️ 1. Les zones en expansion rapide
C’est le cas des communes périurbaines autour des grandes villes :
- Bordeaux Métropole,
- Toulouse,
- Nantes,
- Lyon,
- Montpellier,
- Rennes…
Quand une commune prend +15 % de population en 3 ans, l’Insee finit par l’intégrer.
Et là apparaît une fenêtre de tir.
✔️ 2. Certains QPV (Quartiers Prioritaires)
Ils ouvrent droit à des dérogations,
mais uniquement si l’offre pharmaceutique est insuffisante.
Dans certains quartiers rénovés, où l’accès aux soins est limité, des créations ont été validées.
✔️ 3. Les zones touristiques denses
Loi Montagne, zones littorales, stations balnéaires ou de ski…
Quand la population estivale est multipliée par 5 ou 10, une création peut devenir justifiable — si les chiffres sont solides.
✔️ 4. Les transferts intelligents
C’est aujourd’hui la clé principale d’implantation.
On ne crée pas une nouvelle pharmacie…
➡️ On déplace une officine existante
➡️ vers une zone à fort intérêt public.
Résultat :
<i>on ne modifie pas le nombre d’officines, mais on optimise leur positionnement.</i>
✔️ 5. Les fusions / relocalisations
Lorsqu’une officine ferme et qu’une autre se renforce, l’ARS peut autoriser une implantation qui ressemble à une “création”, mais qui reste juridiquement un transfert.
🎙️ 8. Mon analyse : où se situent les vraies opportunités ?
En analysant le maillage actuel, les dynamiques démographiques et les décisions des dernières années, quatre zones ressortent clairement.
🔹 1. Les couronnes périurbaines en plein boom résidentiel
C’est la zone la plus prometteuse.
Pourquoi ?
Parce que :
- les familles quittent les centres urbains,
- les lotissements poussent partout,
- les communes gagnent 500 à 1 500 habitants par an,
- mais les chiffres officiels ont toujours un temps de retard.
Quand l’Insee met à jour, une opportunité apparaît.
C’est souvent une fenêtre de 6 à 12 mois.
Ceux qui l’ont anticipée… passent devant.
🔹 2. Les stations balnéaires et zones saisonnières fortes
Exemples typiques :
- Bassin d’Arcachon,
- littoral Vendéen,
- Côte d’Azur,
- stations de ski de haute altitude.
La saison touristique peut justifier une officine supplémentaire, mais à condition de fournir :
- des chiffres de fréquentation,
- des données d’hébergement,
- des flux de transport.
C’est la dérogation la plus mathématique :
👉 si la population estivale explose, le dossier a du poids.
🔹 3. Les zones rurales en tension d’accès aux soins
La France manque de médecins,
de dentistes,
de kinés,
mais elle manque aussi parfois… de pharmacies.
Quand une officine ferme, l’ARS doit garantir la continuité d’accès.
Parfois, cela justifie un repositionnement stratégique — une forme de création géographique, même si juridiquement, ce n’en est pas une.
🔹 4. Les regroupements stratégiques
C’est là que se trouvent les vraies opportunités 2025.
Le mécanisme :
- Une officine ferme ou déménage
- Une autre transfère
- La municipalité restructure son offre
- L’ARS valide si le repositionnement optimise l’accès aux soins
Ce mécanisme permet :
- d’aller s’implanter dans un nouveau quartier,
- d’aller chercher un axe passant,
- de capter une population croissante,
- de revitaliser le service public pharmaceutique.
Aujourd’hui, c’est le levier le plus puissant,
et c’est là-dessus que jouent les candidats malins.
Conclusion
Créer une pharmacie : un projet entrepreneurial au cœur de la régulation sanitaire
La création d’une pharmacie en France fait partie des projets entrepreneuriaux les plus encadrés juridiquement. Cette régulation n’est pas destinée à freiner l’initiative, mais à garantir un objectif essentiel de santé publique : assurer une répartition équilibrée des officines et maintenir un accès sécurisé au médicament pour l’ensemble de la population.
Le cadre juridique de l’installation repose notamment sur les dispositions du Code de la santé publique, et en particulier sur les articles Article L.5125-3 du Code de la santé publique et Article L.5125-4 du Code de la santé publique, qui définissent les conditions démographiques et territoriales permettant l’ouverture d’une officine.
Dans ce contexte réglementaire, la réussite d’un projet de création repose sur plusieurs éléments fondamentaux.
1. Une parfaite maîtrise du cadre juridique
Le porteur de projet doit comprendre précisément les règles d’implantation officinale, les seuils démographiques applicables et les conditions permettant l’attribution d’une licence.
2. Une analyse rigoureuse des données démographiques
Les seuils de population constituent un critère central dans l’évaluation des projets. Leur interprétation nécessite une lecture précise des données officielles et de leur évolution locale.
3. Une compréhension du rôle des autorités sanitaires
Les décisions d’autorisation relèvent des Agences régionales de santé, qui examinent chaque projet à l’aune de l’intérêt public, de l’accès aux soins et de l’équilibre territorial du réseau officinal.
4. Une étude territoriale approfondie
Certaines zones peuvent présenter des opportunités spécifiques : quartiers en forte croissance démographique, territoires en développement, zones touristiques ou communes connaissant des transformations urbaines importantes.
5. La constitution d’un dossier solide et documenté
Un projet de création doit s’appuyer exclusivement sur des données objectives et vérifiables : statistiques démographiques officielles, études territoriales, analyses de l’offre de soins existante.
Dans cette perspective, l’installation officinale ne peut être envisagée uniquement comme une démarche entrepreneuriale classique. Elle constitue également un acte de santé publique, inscrit dans une logique d’organisation territoriale du système de soins.
Pour les pharmaciens porteurs de projet, la création d’une officine représente donc un défi exigeant mais structurant. Elle nécessite à la fois :
- une vision stratégique,
- une maîtrise réglementaire approfondie,
- et une analyse précise des dynamiques territoriales.
Lorsqu’elle est menée avec rigueur et préparation, cette démarche peut néanmoins offrir de réelles opportunités d’installation et contribuer à renforcer la présence pharmaceutique au service des patients.