Cheville Chapitre 1

1. Rappel anatomique

A. Structure articulaire

L’articulation de la cheville (ou articulation talo-crurale) est la charnière essentielle entre la jambe et le pied.
Elle relie les segments osseux tibio-fibulaires (jambe) au talus (pied) et constitue la zone de transition entre stabilité (fournie par la jambe) et mobilité (assurée par le pied).

1. Constitution osseuse

Trois os principaux forment cette articulation :

  • Le tibia
    • Os porteur médial, support principal du poids du corps.
    • Sa face inférieure forme la pince malléolaire interne, comportant la malléole médiale et une surface articulaire inférieure (plafond tibial).
    • Cette surface, légèrement concave, repose sur la trochlée du talus et détermine la stabilité verticale.
  • La fibula (ou péroné)
    • Plus fine, située latéralement, elle ne participe pas directement au transfert du poids, mais joue un rôle stabilisateur latéral.
    • Son extrémité distale forme la malléole latérale, plus basse et plus postérieure que la médiale.
    • L’articulation tibio-fibulaire inférieure, reliée par une syndesmose fibreuse, permet une légère écartement lors de la flexion dorsale (auto-serrage malléolaire).
  • Le talus (ou astragale)
    • Pièce clé de l’articulation : il reçoit le poids du corps et le transmet au calcanéus et au pied antérieur.
    • Il s’encastre dans la mortaise tibio-fibulaire, formant le système en tenon et mortaise.
    • Sa trochlée astragalienne est plus large en avant qu’en arrière, conférant une stabilité accrue en flexion dorsale.
    • Entièrement recouvert de cartilage, le talus ne possède aucune insertion musculaire, ce qui rend son irrigation fragile et explique les risques de nécrose avasculaire après fracture.

2. Nature de l’articulation

  • Type : articulation synoviale de type trochléenne (ou ginglyme).
  • Mouvements principaux : flexion dorsale (extension du pied vers le haut) et flexion plantaire (extension vers le bas).
  • Axe de rotation : oblique, passant d’une malléole à l’autre, de haut en bas, de dedans en dehors et d’avant en arrière.
  • Cette obliquité explique le caractère complexe des mouvements combinés du pied.

⚙️ Caractéristiques biomécaniques :
La cheville est conçue pour permettre la mobilité sagittale tout en résistant aux contraintes latérales (varus/valgus).
Elle supporte des charges considérables :

  • 1 à 2 fois le poids du corps en position debout,
  • 3 à 5 fois lors de la marche,
  • jusqu’à 7 fois en course ou en saut.

3. Articulations associées

La cheville ne fonctionne jamais seule : elle s’intègre dans un ensemble articulaire appelé complexe tibiotarsien comprenant trois niveaux :

  1. L’articulation talo-crurale (cheville proprement dite)
    • Entre le tibia, la fibula et le talus.
    • Mouvement principal : flexion-extension.
    • Capsule renforcée par les ligaments latéraux interne et externe.
  2. La syndesmose tibio-fibulaire inférieure
    • Articulation fibreuse unissant les extrémités distales du tibia et de la fibula.
    • Elle assure la cohésion de la pince malléolaire et permet un léger jeu (1 à 2 mm) lors de la flexion dorsale pour accueillir la partie antérieure plus large de la trochlée astragalienne.
    • Sa rupture (diastasis) compromet la stabilité de l’ensemble de la cheville.
  3. L’articulation sous-talienne (talo-calcanéenne)
    • Relie le talus au calcanéus (os du talon).
    • De type synoviale ellipsoïde, elle autorise les mouvements d’inversion et d’éversion du pied.
    • Elle complète les mouvements de la talo-crurale pour permettre les ajustements sur terrains irréguliers.
    • Les deux articulations (talo-crurale et sous-talienne) travaillent en synergie, notamment lors de la marche et de la course.

🩺 Notion clinique :
Une entorse isolée de la cheville concerne souvent le ligament talo-fibulaire antérieur (LTFA), mais les entorses graves ou récidivantes atteignent aussi la sous-talienne et la syndesmose, rendant la rééducation plus complexe.

4. Moyens d’union et surfaces articulaires

  • Capsule articulaire :
    • Fine en avant et en arrière pour autoriser la mobilité,
    • Épaissie latéralement et médialement pour accueillir les renforts ligamentaires.
    • Tapissée d’une membrane synoviale richement vascularisée, produisant le liquide synovial.
  • Surfaces articulaires :
    • Le plafond tibial (surface horizontale inférieure du tibia) ;
    • Les faces internes et externes des malléoles ;
    • La trochlée du talus, convexe, recouverte de cartilage hyalin.
    • Ces surfaces s’emboîtent parfaitement : la congruence osseuse représente environ 70 % de la stabilité passive de la cheville.

5. Fonction biomécanique

La cheville agit comme une charnière dynamique et un centre d’adaptation postural.
Ses fonctions principales sont :

  1. Transmission du poids corporel depuis le tibia vers le talus et l’ensemble du pied.
  2. Absorption et restitution des contraintes mécaniques :
    • amortissement lors de l’attaque du talon,
    • propulsion lors de la phase terminale du pas.
  3. Adaptation à la surface du sol grâce à la combinaison des mouvements talo-crural et sous-talienne.
  4. Stabilisation posturale par la synergie ostéo-ligamentaire et musculo-tendineuse.

🔍 En somme, la cheville joue un rôle de pivot tridimensionnel, conjuguant souplesse, puissance et stabilité.
Toute atteinte de sa congruence ou de son équilibre ligamentaire altère directement la posture, la marche et les performances sportives.

Résumé – Points clés anatomiques

ÉlémentRôleSpécificités
Tibia / FibulaStructure de la pince malléolaireTransmet et stabilise le poids corporel
TalusTenon astragalienSurface trochléenne plus large en avant
Syndesmose tibio-fibulaireCohésion de la mortaiseLégère ouverture en flexion dorsale
Sous-talienneAjustement rotationnelImplique inversion / éversion
Capsule et ligamentsStabilité passiveLLE (externe), LLI (interne), renforts ant. et post.
Rôle biomécaniqueCharnière stable et mobileRésiste à 5–7× le poids du corps en course

🧩 À retenir :
La cheville est un système articulé complexe et synergique, garant de la stabilité dynamique du membre inférieur.
Sa compréhension anatomique fine est indispensable à toute prescription, adaptation ou rééducation orthopédique.

Les surfaces articulaires

1. Organisation générale

L’articulation talo-crurale (ou cheville) met en contact la pince malléolaire tibio-fibulaire et la trochlée du talus.
Ces surfaces articulaires, parfaitement ajustées, assurent une stabilité passive majeure de l’articulation et conditionnent sa mécanique en charnière.

⚙️ Concept clé :
La cheville fonctionne comme un système tenon–mortaise :

  • le tenon est représenté par le talus (astragale),
  • la mortaise par la pince malléolaire formée par le tibia et la fibula.

Cette structure confère une excellente stabilité verticale et latérale, tout en autorisant une mobilité sagittale (flexion-extension) indispensable à la marche.

2. La pince malléolaire tibio-fibulaire

La pince malléolaire correspond à la cavité articulaire supérieure de la cheville, formée par :

  • La malléole médiale du tibia, plus volumineuse et antérieure,
  • La malléole latérale de la fibula, plus fine, plus basse et plus postérieure,
  • Et le plafond tibial, surface horizontale concave s’articulant directement avec la trochlée du talus.

Ces deux malléoles sont unies par la syndesmose tibio-fibulaire inférieure, structure fibreuse très résistante composée du ligament tibio-fibulaire antérieur, du ligament tibio-fibulaire postérieur et du ligament interosseux.
Elle permet un léger mouvement d’écartement (1 à 2 mm) lors de la flexion dorsale, assurant un auto-serrage optimal autour du talus.

🩺 Rôle fonctionnel :

  • Elle stabilise latéralement la cheville et maintient la cohésion entre tibia et fibula.
  • Sa rupture (diastasis) lors d’un traumatisme entraîne une perte de congruence de la mortaise, rendant l’articulation instable et douloureuse.

3. La trochlée du talus (tenon astragalien)

Le talus (astragale) est un os clé de l’arrière-pied, situé entre la jambe et le calcanéus.
Sa partie supérieure, la trochlée astragalienne, s’emboîte dans la pince malléolaire et forme avec elle une surface articulaire congruente et stable.

Caractéristiques morphologiques :

  • Sa face supérieure est convexe dans le sens antéro-postérieur.
  • Ses faces latérale et médiale sont concaves et répondent respectivement aux surfaces des malléoles.
  • La largeur de la trochlée est plus grande en avant qu’en arrière (≈ +5 mm).
  • Ce différentiel de largeur induit une variation de stabilité selon la position du pied.

4. Comportement dynamique et stabilité

a. En flexion dorsale

  • Le pied se relève vers le tibia.
  • La partie antérieure large de la trochlée s’insère entre les deux malléoles.
  • Il se produit un auto-serrage de la pince malléolaire, renforcé par la tension de la syndesmose tibio-fibulaire.
  • La stabilité est alors maximale.
  • Le mouvement est guidé et limité par les ligaments postérieurs (talo-fibulaire postérieur, faisceaux postérieurs du deltoïdien).

💡 Application clinique :
C’est la position la plus stable de la cheville : elle correspond à la phase d’appui en marche ou course.
Les entorses sont rares dans cette position.

b. En flexion plantaire

  • Le pied s’abaisse vers le bas (extension).
  • La partie postérieure plus étroite de la trochlée s’engage dans la pince malléolaire.
  • La syndesmose se relâche légèrement, les surfaces articulaires deviennent moins congruentes.
  • La stabilité est diminuée, surtout en rotation interne ou en inversion.

⚠️ Conséquence clinique :
Cette situation de relative instabilité explique la fréquence élevée des entorses en flexion plantaire, notamment lors :

  • d’un mauvais appui au sol,
  • d’une réception de saut,
  • ou d’une torsion lors du changement de direction.

Dans ce contexte, le ligament talo-fibulaire antérieur (LTFA), positionné en avant de la malléole latérale, est le premier à se rompre, suivi éventuellement du ligament calcanéo-fibulaire.

5. Cartilage et congruence articulaire

Les surfaces articulaires sont recouvertes de cartilage hyalin d’épaisseur moyenne (2 à 3 mm) :

  • Il assure un glissement harmonieux entre les surfaces osseuses,
  • Il répartit les contraintes de pression et absorbe les chocs,
  • Il favorise la lubrification par le film synovial.

La congruence de l’articulation est particulièrement élevée :

  • ≈ 95 % de la surface du talus est recouverte de cartilage,
  • Le rapport entre les surfaces osseuses et ligamentaires contribue à une stabilité passive de 70 %, complétée par le rôle des ligaments et muscles péri-articulaires.

🧠 Détail biomécanique :
Lors d’un mouvement complet de flexion-extension, le centre de rotation du talus se déplace légèrement, ce qui entraîne une rotation médiale en flexion dorsale et latérale en flexion plantaire — mouvement subtil mais fondamental dans la marche.

6. Intérêt fonctionnel et clinique

  • La morphologie asymétrique de la trochlée (plus large en avant) constitue un mécanisme d’auto-verrouillage en charge.
  • Elle confère une stabilité automatique lors de la progression du pas et de la propulsion.
  • Cependant, ce même mécanisme rend la cheville vulnérable en position relâchée (flexion plantaire), expliquant :
    • la prévalence élevée des entorses latérales (≈ 85 % des cas),
    • et la rareté des entorses médiales, limitées par la robustesse du ligament deltoïdien.

7. Synthèse – Points clés à retenir

Élément anatomiqueRôle principalComportement fonctionnelIncidence clinique
Pince malléolaire tibio-fibulaireMaintien latéral du talusAuto-serrage en flexion dorsaleInstabilité si diastasis
Trochlée du talusSurface porteuse convexePlus large en avant qu’en arrièreEntorses en flexion plantaire
Cartilage hyalinGlissement et amortissementHomogène et résistantArthrose secondaire possible
Syndesmose tibio-fibulaireCohésion de la mortaiseLégère mobilité adaptativeRupture = instabilité grave
Malléole latérale (fibulaire)Pivot latéral postérieurRetarde le verrouillageZone de rupture du LTFA

La cheville est une charnière anatomique hautement congruente dont la stabilité dépend autant de sa géométrie osseuse que de l’intégrité ligamentaire et proprioceptive.
Le rapport entre la pince malléolaire et la trochlée astragalienne illustre parfaitement l’équilibre fragile entre mobilité nécessaire et stabilité indispensable à la locomotion.

Mouvements et amplitudes

1. Généralités biomécaniques

L’articulation talo-crurale est une articulation synoviale de type trochléenne (ou ginglyme), c’est-à-dire une charnière uniaxiale.
Elle permet principalement les mouvements de flexion dorsale et de flexion plantaire dans un plan sagittal, autour d’un axe oblique qui passe par les deux malléoles.

Cet axe malléolaire n’est ni strictement horizontal ni frontal :

  • il est oblique en bas, en dehors et en arrière d’environ 10° à 20° ;
  • il confère au mouvement une composante de rotation subtile, rendant la cinématique de la cheville tridimensionnelle.

⚙️ Notion clé :
Les mouvements de la cheville ne sont pas isolés :
ils s’intègrent dans un complexe fonctionnel impliquant la sous-talienne (talo-calcanéenne), la talo-naviculaire et la calcanéo-cuboïdienne, permettant l’adaptation du pied aux contraintes du sol.

2. Description des mouvements principaux

MouvementDescriptionAmplitude moyennePlan / Axe
Flexion dorsaleRelevé du pied vers le tibia.
La partie antérieure large du talus s’insère entre les malléoles → stabilité maximale.
Accompagnée d’une légère rotation médiale du talus.
20 à 30°Plan sagittal, axe malléolaire oblique
Flexion plantaireExtension du pied vers le bas.
La partie postérieure étroite du talus s’engage dans la pince → stabilité diminuée.
Accompagnée d’une légère rotation latérale du talus.
40 à 50°Plan sagittal
Adduction / AbductionOrientation du pied vers l’intérieur (adduction) ou l’extérieur (abduction).
Mouvements associés à la sous-talienne et au médio-pied.
±20°Plan horizontal
Supination / PronationMouvements complexes combinant rotation, inclinaison et translation.
Supination = inversion + adduction + flexion plantaire.
Pronation = éversion + abduction + flexion dorsale.
Variable selon l’axePlan oblique (axe de Henke)
Varus / ValgusInclinaison latérale du pied (varus = intérieur, valgus = extérieur).
Souvent minime au niveau talo-crural, mais plus marquée à la sous-talienne.
Faible (quelques degrés)Plan frontal

3. Détails fonctionnels et coordination des mouvements

A. Flexion dorsale

  • Se produit principalement dans l’articulation tibio-talienne.
  • L’axe de rotation passe sous la malléole médiale et au-dessus de la malléole latérale.
  • Mouvements associés :
    • rotation interne du talus,
    • élévation légère de la fibula (translation proximale),
    • écartement des malléoles (auto-serrage de la mortaise).
  • Rôle fonctionnel : essentielle à la phase d’appui de la marche (contact talon-sol).
  • Amplitude moyenne :
    • 20° à 25° en passif,
    • limitée à 10–15° en charge.

🩺 Limitation fréquente après immobilisation ou chirurgie : la raideur en flexion dorsale compromet le déroulement du pas et favorise les compensations au niveau du genou ou du médio-pied.

B. Flexion plantaire

  • Mouvements de descente du pied vers le bas, prédominant sur les muscles postérieurs (triceps sural).
  • Associée à :
    • rotation externe du talus,
    • resserrement de la syndesmose tibio-fibulaire,
    • glissement antérieur du talus dans la mortaise.
  • Amplitude moyenne : 40–50°, plus importante que la flexion dorsale.
  • Rôle fonctionnel : phase de propulsion de la marche et de la course (appui sur les orteils).

⚠️ En flexion plantaire, la stabilité diminue : le talus s’engage par sa partie la plus étroite → position propice aux entorses latérales.

C. Adduction et Abduction

  • Ces mouvements dépendent davantage de l’articulation sous-talienne et du médio-pied que de la talo-crurale.
  • Ils permettent d’ajuster l’orientation du pied au sol :
    • Adduction : le pied se tourne vers l’intérieur (mouvement associé à la supination).
    • Abduction : le pied s’oriente vers l’extérieur (mouvement associé à la pronation).
  • Amplitude moyenne : environ 15–20°, variable selon la souplesse du pied.
  • Rôle : adaptation latérale du pied sur terrains irréguliers.

D. Supination et Pronation

Ces mouvements résultent de la combinaison tridimensionnelle des articulations talo-crurale, sous-talienne et médio-tarsienne.

  • Supination = inversion + adduction + flexion plantaire.
    Elle rigidifie le pied, rendant la voûte plantaire plus haute → phase de propulsion.
  • Pronation = éversion + abduction + flexion dorsale.
    Elle assouplit le pied et augmente le contact plantaire → phase d’amortissement.

🧩 Rôle fonctionnel :
Ces mouvements complexes permettent le passage progressif d’un pied “souple” à un pied “rigide”, garantissant la fluidité du cycle de marche.
Leur coordination dépend de la stabilité de la cheville et de la mobilité sous-talienne.

E. Varus et Valgus

  • Varus : inclinaison médiale du talon (bord externe abaissé).
  • Valgus : inclinaison latérale du talon (bord interne abaissé).
  • Amplitude faible (quelques degrés), mais importante dans la compensation posturale.
  • Ces mouvements sont surtout visibles à la sous-talienne et au calcanéus, et jouent un rôle dans la stabilité du pas et la prévention des entorses.

4. Cinématique globale de la cheville

Le mouvement physiologique complet de la cheville n’est jamais purement sagittal :
il s’accompagne de rotations automatiques liées à la forme hélicoïdale du talus.

  • En flexion dorsale, le talus effectue une rotation médiale et un glissement postérieur.
  • En flexion plantaire, il effectue une rotation latérale et un glissement antérieur.

Cette rotation conjointe permet le maintien du contact congruent entre le talus et la mortaise tout au long du mouvement.
L’axe fonctionnel global est donc oblique, orienté :

  • en bas, en dehors et en arrière,
  • formant un angle de 10° à 15° avec l’horizontale et 20° à 30° avec le plan frontal.

⚙️ Conséquence clinique :
Lors d’un déficit de mobilité (arthrose, raideur post-opératoire), cette rotation est altérée, entraînant des contraintes anormales sur la sous-talienne et le médio-pied.

5. Coordination avec le pied et la marche

La cheville travaille toujours en chaîne fermée avec :

  • la sous-talienne (stabilité de l’arrière-pied),
  • le médio-tarse (adaptation du pied au sol),
  • et les métatarso-phalangiennes (propulsion).

Cycle de marche :

PhaseMouvement principal de la chevilleRôle fonctionnel
Contact initial (attaque du talon)Flexion dorsale contrôléeAbsorption des chocs
Appui moyenPosition neutre / stabilité maximaleTransmission du poids
Propulsion (décollement des orteils)Flexion plantaire activeImpulsion et progression
Phase oscillanteFlexion dorsale (libération du sol)Dégagement du pied

🦶 Une amplitude totale de 70 à 80° est requise pour un déroulement physiologique complet du pas.

6. Synthèse – Points clés à retenir

MouvementAmplitude (°)Rôle fonctionnelSituation clinique
Flexion dorsale20–30Appui, montée d’escalierRaideur fréquente post-traumatique
Flexion plantaire40–50Propulsion, coursePosition d’instabilité (entorse)
Adduction / Abduction±20Orientation du piedAjustement postural
Supination / PronationVariableAdaptation du pied au solDysfonction = troubles posturaux
Varus / Valgus5–10Équilibration latéralePieds creux/valgus

🧠 À retenir pour la pratique orthopédique :

  • Les mouvements de la cheville dépendent étroitement de la congruence osseuse et du jeu ligamentaire.
  • La flexion dorsale est la clé de la marche fonctionnelle ; sa perte doit être systématiquement rééduquée.
  • Les orthèses (souples, semi-rigides ou articulées) doivent être choisies de manière à stabiliser sans bloquer ces mouvements physiologiques essentiels.

2. Systèmes de stabilisation

La cheville constitue un carrefour mécanique qui doit concilier deux exigences physiologiques contradictoires :

  • une mobilité suffisante pour permettre la marche, la course et l’adaptation au terrain,
  • une stabilité optimale pour supporter le poids du corps et absorber les contraintes dynamiques.

Cette double fonction repose sur deux ensembles complémentaires :

  • le système passif (ostéo-ligamentaire), garant de la stabilité statique,
  • le système actif (musculo-tendineux), responsable de la stabilité dynamique et proprioceptive.

A. Système passif

Le système passif comprend la capsule articulaire, les ligaments et les structures osseuses elles-mêmes.
Il assure la cohésion mécanique de la cheville, limite les amplitudes excessives et prévient les mouvements pathologiques (varus, valgus, rotation).

1. La capsule articulaire

  • Structure :
    • Fine, lâche et souple en avant et en arrière pour autoriser les mouvements de flexion dorsale et plantaire.
    • Épaisse et résistante latéralement, où elle se renforce avec les ligaments.
    • Tapissée d’une membrane synoviale sécrétant le liquide synovial, véritable lubrifiant physiologique.
  • Rôle :
    • Assure la cohésion entre tibia, fibula et talus.
    • Limite les translations excessives du talus dans la mortaise.
    • Protège les surfaces articulaires et participe à la stabilité secondaire.

🩺 Aspect clinique :
Lors des entorses graves, la capsule est fréquemment distendue ou rompue. Cette atteinte capsulaire participe à la laxité résiduelle et à l’apparition d’instabilités chroniques.

2. Les ligaments

Les ligaments de la cheville sont les principaux garants de sa stabilité passive.
Ils sont disposés en faisceaux latéraux, médiaux et interosseux, selon trois grands ensembles :

a. Ligament latéral externe (LLE)

Le LLE stabilise la cheville contre les mouvements de varus et d’inversion.
Il est composé de trois faisceaux distincts, de résistances inégales :

  1. Ligament talo-fibulaire antérieur (LTFA)
    • Origine : face antérieure de la malléole latérale.
    • Insertion : col du talus.
    • Orientation : oblique en avant et en bas.
    • Fonction : limite la flexion plantaire excessive et l’inversion.
    • Particularité : le plus fragile et le plus souvent rompu (≈ 80 % des entorses latérales).
  2. Ligament calcanéo-fibulaire (LCF)
    • Origine : pointe de la malléole latérale.
    • Insertion : face latérale du calcanéus.
    • Orientation : oblique en bas et en arrière.
    • Fonction : stabilise la cheville en position neutre ou en flexion dorsale.
    • Résistant mais souvent atteint en second lors d’entorses sévères.
  3. Ligament talo-fibulaire postérieur (LTFP)
    • Origine : face postérieure de la malléole latérale.
    • Insertion : tubercule postérieur du talus.
    • Orientation : presque horizontale.
    • Fonction : stabilise la cheville en flexion dorsale et limite la translation postérieure du talus.
    • Rarement lésé, sauf dans les luxations complètes.

⚠️ Note clinique :
Le LLE est soumis à des contraintes très importantes lors des mouvements d’inversion forcée.
C’est la principale structure lésée dans les entorses bénignes et modérées.
Son atteinte répétée entraîne une instabilité latérale chronique.

b. Ligament latéral interne (LLI) ou ligament deltoïdien

Le LLI, appelé ligament deltoïdien, est une structure triangulaire épaisse et très résistante.
Il stabilise la cheville contre les mouvements d’éversion et de valgus.

  • Faisceau superficiel (éventail large) :
    • Ligament tibio-naviculaire,
    • Ligament tibio-calcanéen,
    • Ligament tibiotalien antérieur.
      → Ces faisceaux relient la malléole médiale au naviculaire, au calcanéus et au talus antérieur.
  • Faisceau profond :
    • Ligament tibiotalien postérieur, orienté presque verticalement,
      → Assure la stabilité entre le tibia et le talus postérieur.

💪 Particularités :

  • Le LLI est deux à trois fois plus épais que le LLE.
  • Les entorses médiales (en éversion) sont rares (< 10 %) en raison de sa puissance et de l’appui osseux du malleolus medialis.
  • Son atteinte est souvent associée à des fractures malléolaires internes ou à un diastasis syndesmotique.

c. Ligaments tibio-fibulaires (syndesmose)

La syndesmose tibio-fibulaire inférieure relie les extrémités distales du tibia et de la fibula.
Elle joue un rôle capital dans la stabilité de la mortaise.

  • Constitution :
    • Ligament tibio-fibulaire antérieur (renforce la face antérieure de la pince),
    • Ligament tibio-fibulaire postérieur,
    • Ligament interosseux (prolongement de la membrane interosseuse).
  • Fonction :
    • Maintient la cohésion tibio-fibulaire lors de la flexion dorsale,
    • S’ouvre légèrement pour accueillir la partie large du talus, puis se resserre en flexion plantaire.

⚙️ Particularité biomécanique :
En flexion dorsale, la tension des ligaments tibio-fibulaires provoque un auto-serrage de la pince malléolaire, assurant un verrouillage physiologique de la mortaise autour du talus.
En cas de rupture (entorse haute ou diastasis), cet auto-serrage disparaît, entraînant une instabilité majeure de l’ensemble tibio-astragalien.

d. Rôle global du système ligamentaire

StructureDirection du mouvement contréPhase de stabilité maximale
LTFAInversion en flexion plantaireFlexion plantaire
LCFInversion neutre ou dorsaleFlexion dorsale
LTFPTranslation postérieure du talusFlexion dorsale
LLI (deltoïdien)Éversion / valgusFlexion dorsale
Syndesmose tibio-fibulaireÉcartement de la mortaiseFlexion dorsale

🧩 Les ligaments fonctionnent de manière complémentaire :

  • en flexion dorsale, la stabilité est maximale (auto-verrouillage) ;
  • en flexion plantaire, la cheville devient plus mobile mais plus vulnérable aux entorses latérales.

3. Conséquences cliniques

  • Le système passif est le premier touché lors d’un traumatisme en torsion.
  • L’intégrité ligamentaire conditionne la stabilité mécanique et la récupération fonctionnelle.
  • Les tests cliniques de stabilité (tire-bouchon, tiroir antérieur, varus forcé) permettent d’évaluer la gravité d’une entorse.
  • En cas de rupture, une rééducation insuffisante entraîne un déficit proprioceptif secondaire, favorisant la récidive.

🩻 Exemple clinique :
Une rupture complète du LTFA et du LCF (entorse grave de type III) induit une laxité frontale et un baillement talo-fibulaire, visibles à la radiographie sous stress.

B. Système actif

La stabilité active de la cheville repose sur l’action coordonnée des muscles péri-articulaires et sur le contrôle proprioceptif des mouvements.
Contrairement au système passif (capsule, ligaments, os), le système actif agit en mouvement, assurant une stabilisation dynamique permanente et une adaptation réflexe instantanée aux variations du terrain et de la charge.

⚙️ Rôle global :

  • Contrôle la mobilité et limite les mouvements extrêmes (inversion, éversion).
  • Maintient la congruence articulaire sous contrainte.
  • Contribue à la propulsion et à l’amortissement lors de la marche, de la course et des sauts.
  • Garantit la stabilité de l’ensemble cheville–pied dans les trois plans de l’espace.

1. Organisation fonctionnelle

Les muscles impliqués dans la stabilisation de la cheville sont regroupés selon trois loges principales : antérieure, latérale et postérieure.
Ils s’insèrent autour du périmètre malléolaire et forment un système en “haubanage” autour du talus.

A. Groupe antérieur (loges antérolatérales)

Situé en avant de la jambe, ce groupe est moteur de la flexion dorsale du pied.
Il joue un rôle essentiel dans la phase oscillante de la marche (décollement du sol) et dans la stabilisation antérieure de la cheville.

Muscles principaux :

  • Tibial antérieur
    • Origine : face latérale du tibia et membrane interosseuse.
    • Trajet : longe la face antérieure de la cheville en avant de la malléole médiale.
    • Insertion : base du 1er métatarsien et cunéiforme médial.
    • Fonction :
      • Flexion dorsale du pied,
      • Inversion (varus léger),
      • Rôle stabilisateur en charge et lors du contact talon-sol.
    • Intérêt clinique :
      • Faiblesse → chute du pied (steppage) ;
      • Hyperactivité → varus dynamique.
  • Long extenseur de l’hallux
    • Flexion dorsale du gros orteil, participe à la stabilisation de la cheville en phase d’appui antérieur.
  • Long extenseur des orteils
    • Extension des orteils et flexion dorsale du pied ; stabilise la cheville en phase oscillante.

🩺 En orthopédie fonctionnelle :
Les attelles actives (type DonJoy FortiLax™ Cheville) accompagnent la contraction du tibial antérieur et optimisent la flexion dorsale tout en limitant le risque d’inversion.

B. Groupe latéral (loges péronières ou fibulaires)

Situé en dehors de la jambe, il joue un rôle majeur dans la stabilité latérale de la cheville, notamment lors des appuis unipodaux et des terrains irréguliers.

Muscles principaux :

  • Long fibulaire (péronier long)
    • Origine : tête et partie supérieure de la fibula.
    • Insertion : base du 1er métatarsien et cunéiforme médial (passe sous le pied).
    • Fonction :
      • Éversion du pied (mouvement opposé à l’inversion),
      • Soutien actif de la voûte plantaire transverse,
      • Stabilisation du 1er rayon lors de la propulsion.
  • Court fibulaire (péronier court)
    • Origine : tiers inférieur de la fibula.
    • Insertion : base du 5e métatarsien.
    • Fonction :
      • Éversion du pied,
      • Protection du bord latéral contre les entorses en varus.

⚠️ Rôle clinique capital :
Les fibulaires sont les “anti-entorses” de la cheville :

  • leur contraction réflexe rapide protège le LLE (ligament latéral externe) lors d’un mouvement d’inversion,
  • leur déficit, souvent post-entorse, prédispose à l’instabilité chronique.

💡 En rééducation, leur renforcement et leur réactivation proprioceptive sont prioritaires.

C. Groupe postérieur (plan superficiel et profond)

Ce groupe musculaire postérieur constitue la puissance propulsive de la cheville.
Il intervient dans la flexion plantaire et dans la stabilisation de l’arrière-pied.

Plan superficiel : le triceps sural

  • Composé du gastrocnémien (jumeaux) et du soléaire, unis sur le tendon d’Achille.
  • Actions principales :
    • Flexion plantaire puissante (propulsion à la marche et au saut).
    • Maintien de l’équilibre postural (station debout sur la pointe des pieds).
  • Aspects cliniques :
    • Tendinopathies fréquentes (tendon d’Achille).
    • Rétraction → limitation de la flexion dorsale (favorise les entorses récidivantes).

Plan profond : muscles stabilisateurs postéro-médians

  • Tibial postérieur :
    • Inversion du pied, soutien de la voûte plantaire médiale.
    • Stabilise l’arrière-pied et compense l’affaissement du médio-pied.
  • Long fléchisseur des orteils et long fléchisseur de l’hallux :
    • Participent à la flexion plantaire et à la stabilisation du pied pendant la propulsion.
    • Leur synergie avec le tibial postérieur évite l’éversion excessive.

🧩 Ces muscles forment un “hauban médial dynamique” indispensable à la stabilité du pied et de la cheville.

D. Muscles intrinsèques du pied

Les muscles intrinsèques (interosseux, lombricaux, fléchisseurs et abducteurs courts) ont une action plus distale mais essentielle :

  • maintien de la voûte plantaire,
  • contrôle de la répartition des pressions plantaires,
  • ajustement de l’équilibre lors de la marche, la course ou la station sur un pied.

Ils participent aussi à la restitution d’énergie élastique dans la phase de propulsion (effet ressort).

⚠️ Leur affaiblissement (âge, immobilisation prolongée, chaussage inadapté) contribue à la déformation du pied (pied plat valgus, hallux valgus, instabilité chronique).

E. Rôle proprioceptif et contrôle neuromusculaire

La proprioception est la capacité du système nerveux à percevoir la position et le mouvement des articulations.
Elle repose sur une interaction complexe entre :

  • les mécanorécepteurs ligamentaires et capsulaires,
  • les fuseaux neuromusculaires (tension musculaire),
  • et les récepteurs cutanés et plantaires.

Fonctions :

  • Détection immédiate des mouvements anormaux (inversion/éversion).
  • Déclenchement de réflexes neuromusculaires correcteurs.
  • Ajustement permanent du tonus pour préserver la stabilité dynamique.

🧠 Intérêt clinique majeur :

  • Après une entorse, les récepteurs ligamentaires sont souvent lésés, entraînant un déficit proprioceptif.
  • Ce déficit explique les entorses récidivantes et l’instabilité fonctionnelle.
  • La rééducation proprioceptive (plateaux instables, trampoline, bandes élastiques, travail en chaîne fermée) vise à restaurer cette boucle réflexe.

F. Synergie entre système passif et actif

La stabilité de la cheville est le résultat d’une intégration permanente entre structures passives et actives :

Situation fonctionnelleSystème passifSystème actif
Repos / appui statiqueLigaments, capsule, congruence osseuseTonicité posturale (triceps, fibulaires)
Marche / courseRésistance mécanique aux extrêmes d’amplitudeStabilisation dynamique, ajustement réflexe
Terrain irrégulier / déséquilibreMaintien de la mortaise (syndesmose, LLE)Réactions proprioceptives, éversion réflexe
Post-entorseLaxité ligamentaireCompensation musculaire, renforcement fonctionnel

🔍 En pratique orthopédique :
L’efficacité d’une orthèse dépend aussi de la qualité du système actif sous-jacent.
Une chevillère ne remplace pas le muscle : elle guide et sécurise le mouvement, mais la stabilité réelle nécessite une rééducation musculaire et proprioceptive adaptée.

G. Points clés à retenir

ÉlémentRôle fonctionnelImplications orthopédiques
Tibial antérieurFlexion dorsale, contrôle du varusPrévention du steppage et de l’inversion
FibulairesÉversion, stabilisation latéraleAnti-entorses dynamiques
Triceps suralPropulsion, équilibre posturalTendinopathies, raideurs fréquentes
Tibial postérieurSoutien de la voûte plantairePied plat valgus si déficit
Muscles intrinsèquesAjustement de l’équilibre finEntretien nécessaire après immobilisation
ProprioceptionAdaptation réflexe instantanéeIndispensable en rééducation

🧠 À retenir :

  • Le système actif assure la stabilité dynamique de la cheville en mouvement.
  • Il compense toute laxité ligamentaire et protège contre les récidives d’entorses.
  • Sa performance dépend d’un entraînement proprioceptif et d’une rééducation musculaire ciblée.
  • L’appareillage orthopédique doit toujours être pensé en synergie avec le renforcement musculaire et la proprioception.

3. Synthèse fonctionnelle

A. Rôle biomécanique général

La cheville constitue une articulation de transmission entre les forces verticales issues du poids du corps et les contraintes horizontales du sol.
Elle agit comme un pivot mécanique central du membre inférieur, garantissant la stabilité posturale et la mobilité locomotrice.

⚙️ Fonction clé :
La cheville transforme les contraintes axiales (descendantes) en mouvements de flexion-extension, tout en absorbant les chocs et en maintenant l’équilibre.

B. Contraintes mécaniques exercées sur la cheville

La cheville est l’une des articulations les plus sollicitées du corps humain :
chaque pas, chaque saut et chaque réception impose des charges importantes qu’elle doit absorber et redistribuer sans perte de stabilité.

1. Pressions verticales

  • En position debout, la cheville supporte 1 à 1,5 fois le poids du corps.
  • En marche, les pressions atteignent 3 à 5 fois le poids du corps.
  • En course, jusqu’à 7 fois le poids corporel peut s’exercer sur la trochlée du talus.
  • Ces pressions sont réparties de façon homogène grâce à la congruence entre la pince malléolaire et la trochlée astragalienne.

🦵 Conséquence clinique :
Une altération de cette congruence (fracture, laxité, arthrose) augmente localement la pression de contact, entraînant des douleurs mécaniques et une usure prématurée du cartilage.

2. Forces de torsion et de cisaillement

  • Lors des changements d’appui, la cheville subit des rotations et micro-glissements entre le talus, le calcanéus et la mortaise tibio-fibulaire.
  • Ces mouvements créent des forces de cisaillement susceptibles d’étirer les ligaments latéraux, surtout en flexion plantaire (position instable).
  • Les rotations internes et externes contrôlées par la sous-talienne sont essentielles à la fluidité du pas et à la posture.

⚠️ Une torsion excessive ou mal contrôlée conduit aux entorses ou aux diastasis syndesmotiques.

3. Sollicitations répétées

  • À chaque pas, la cheville passe par une séquence complète de flexion, rotation et stabilisation, sollicitant en continu les structures capsulo-ligamentaires et tendineuses.
  • Cette cyclicité de contraintes favorise la fatigue mécanique, expliquant les tendinopathies d’Achille, les syndromes douloureux chroniques et les arthropathies post-traumatiques.

🧩 Chez le sportif, les répétitions de microtraumatismes induisent un déséquilibre entre stabilité passive et réactivité musculaire active, rendant la cheville vulnérable aux instabilités.

C. Interaction des structures stabilisatrices

L’équilibre fonctionnel de la cheville repose sur la synergie de trois ensembles anatomiques :

1. La pince malléolaire

  • Elle agit comme une coquille osseuse de contention autour du talus, assurant la stabilité mécanique passive.
  • En flexion dorsale, la mortaise se verrouille autour de la partie large du talus.
  • En flexion plantaire, elle se dessert légèrement, laissant place à la mobilité.

🩻 Rôle clé : structure de base de la stabilité statique ; son ouverture excessive (diastasis tibio-fibulaire) compromet toute fonction portante.

2. Les ligaments capsulaires

  • Ils constituent la charpente de stabilisation passive, limitant les amplitudes extrêmes et les rotations anormales.
  • Les ligaments latéraux externes (LTFA, LCF, LTFP) s’opposent à l’inversion ;
    les ligaments médiaux (deltoïdiens) s’opposent à l’éversion ;
    la syndesmose tibio-fibulaire maintient la cohésion de la pince.

🎯 Équilibre ligamentaire :

  • en flexion dorsale → stabilité maximale par verrouillage,
  • en flexion plantaire → stabilité diminuée, risque d’entorse.

3. Les groupes musculaires antagonistes

La stabilisation dynamique dépend de la coordination entre agonistes et antagonistes :

Groupe musculaireFonction principaleRôle stabilisateur
Tibial antérieurFlexion dorsaleContrôle du varus, frein à la flexion plantaire
Triceps sural (gastroc + soléaire)Flexion plantaire, propulsionMaintien de l’appui et freinage postural
Fibulaires (long et court)Éversion, stabilisation latéraleProtection contre les entorses en inversion
Tibial postérieurInversion, soutien de la voûte plantaireMaintien du pied médial, stabilisation de l’arrière-pied

💡 Principe de haubanage :
Ces muscles fonctionnent comme des haubans autour du talus, équilibrant les forces dans les trois plans de l’espace et contrôlant les micro-mouvements articulaires.

D. Types de stabilité

La stabilité de la cheville se décline selon deux composantes interdépendantes :

1. Stabilité statique

  • Assurée par la congruence osseuse et les ligaments capsulaires.
  • Permet de maintenir l’alignement tibio-talienne en position d’appui unipodal (posture, station debout).
  • Elle est maximale en flexion dorsale, lorsque la mortaise se verrouille sur la trochlée.

🦶 Cette stabilité est indispensable à la posture et à la transmission des contraintes au sol.

2. Stabilité dynamique

  • Assurée par les muscles péri-articulaires et la proprioception.
  • Permet le contrôle en mouvement (marche, course, saut).
  • Elle dépend de la synchronisation réflexe entre les fibulaires, le tibial postérieur et le triceps sural.
  • Une déficience musculaire ou proprioceptive conduit à une instabilité fonctionnelle, même en présence d’un système passif intact.

⚠️ La stabilité dynamique est la plus vulnérable après une immobilisation prolongée ou une entorse mal rééduquée.

E. Fonction intégrée dans la marche

Lors du cycle de marche, la cheville agit en amortisseur et propulseur successif :

Phase du pasPosition de la chevilleRôle biomécanique
Contact initial (attaque du talon)Flexion dorsale contrôléeAbsorbe le choc et stabilise l’appui
Appui moyen (milieu du pas)Position neutreSupporte le poids du corps, équilibre statique
Propulsion (décollement des orteils)Flexion plantaire activePropulse le corps vers l’avant
Phase oscillanteFlexion dorsaleLibère le pied du sol et prépare le cycle suivant

🧠 Chaque phase requiert une coordination fine entre stabilité et mobilité, soutenue par l’intégrité ligamentaire et musculaire.

F. Schéma fonctionnel global

On peut résumer la fonction de la cheville en trois axes principaux :

FonctionStructures dominantesExemple clinique
TransmissionTibia, fibula, talusFracture malléolaire → perte de congruence
MobilitéCapsule, axes articulairesRaideur post-traumatique ou arthrose
StabilitéLigaments + muscles fibulaires / tibiauxEntorse, instabilité chronique

G. Synthèse finale

La cheville représente un système d’ingénierie biomécanique exceptionnel où la solidité osseuse, la résistance ligamentaire et la réactivité musculaire coopèrent en permanence.
Son équilibre est fragile : toute altération d’un élément du triptyque
osseux – ligamentaire – musculaire
entraîne une désorganisation fonctionnelle, source d’instabilité, de douleur ou de perte de performance.

🩺 En orthopédie et rééducation :
la compréhension de cette synthèse fonctionnelle est indispensable pour :

  • justifier les choix d’orthèse ou d’immobilisation,
  • planifier la rééducation proprioceptive,
  • et prévenir les entorses récidivantes ou les arthroses secondaires.

À retenir

La cheville est à la fois un pivot de mouvement et un pilier de stabilité.

  • Elle transforme la puissance musculaire en mouvement efficace.
  • Elle stabilise le corps malgré les contraintes mécaniques extrêmes.
  • Elle illustre l’équilibre parfait entre mobilité, stabilité et proprioception, fondement de toute performance motrice et de toute récupération orthopédique réussie.

4. Points clés à retenir

Ce tableau de synthèse récapitule les éléments essentiels à connaître pour comprendre la fonction globale de la cheville, son équilibre entre mobilité et stabilité, et les implications cliniques de chaque composante anatomique.

Élément anatomique / fonctionnelRôle principalParticularités et implications cliniques
Tibia / Fibula / TalusCharpente osseuseEnsemble formant la mortaise tibio-fibulaire dans laquelle s’emboîte le talus, pièce maîtresse recevant le poids du corps. La congruence osseuse représente 70 % de la stabilité passive.
Capsule articulaireProtection et lubrificationTapissée d’une synoviale richement vascularisée assurant la nutrition du cartilage. Lâche en avant/arrière pour la mobilité, renforcée latéralement. En cas d’entorse grave : risque de distension capsulaire et d’instabilité résiduelle.
Ligaments (LLE, LLI, Syndesmose)Stabilité passiveLLE (talo-fibulaire antérieur, calcanéo-fibulaire, postérieur) : stabilise le varus/inversion — le LTFA est le plus souvent lésé dans les entorses bénignes.
LLI (deltoïdien) : structure médiale très résistante, protège de l’éversion.
Syndesmose tibio-fibulaire : cohésion de la pince malléolaire — sa rupture (diastasis) entraîne une instabilité majeure.
Muscles péri-articulaires (triceps, fibulaires, tibiaux)Stabilité active et proprioceptionTriceps sural : propulsion et maintien postural.
Tibial antérieur / postérieur : inversion, contrôle de l’appui médial.
Fibulaires : éversion et stabilisation latérale.
La coordination de ces groupes assure une stabilité dynamique et prévient les récidives d’entorses.
Muscles intrinsèques du piedAjustement postural finMaintiennent la voûte plantaire et régulent les appuis plantaires lors de la marche et de la course. Leur faiblesse entraîne déséquilibres et déformations du pied.
Axe malléolaire obliqueMouvement charnière principalAxe fonctionnel passant d’une malléole à l’autre, oblique en bas, en dehors et en arrière. Garantit un mouvement physiologique en flexion dorsale/plantaires. Toute perturbation (arthrose, chirurgie, déformation) modifie la cinématique du pas.
Flexion dorsale (20–30°)Appui, montée d’escalierPosition de stabilité maximale : la partie large du talus s’engage dans la pince malléolaire → auto-serrage. Indispensable à la marche fluide et à la posture.
Flexion plantaire (40–50°)Propulsion et poussée terminale du pasPosition de stabilité réduite (talus étroit engagé) → vulnérabilité accrue aux entorses latérales. Elle correspond à la phase propulsive du pas.
Proprioception ligamentaire et musculaireRéglage réflexe et stabilité dynamiqueLa richesse des récepteurs sensoriels ligamentaires et tendineux assure une réaction automatique en cas de déséquilibre. Un déficit proprioceptif (post-entorse, post-chirurgie) favorise les instabilités chroniques.

🧠 En résumé :

  • La cheville est une articulation mixte, à la fois mécanique et neurosensorielle.
  • Sa stabilité repose sur l’équilibre du triptyque : ostéo-ligamentaire (structurel) – musculaire (dynamique) – proprioceptif (réflexe).
  • Une perturbation d’un seul de ces éléments compromet la fonction globale et prédispose aux entorses récidivantes, douleurs chroniques et dégénérescence cartilagineuse.

5. Application clinique et orthopédique

La connaissance fine de l’anatomie et de la biomécanique de la cheville est indispensable à toute prise en charge orthopédique.
Elle conditionne à la fois la pertinence du diagnostic, le choix du dispositif orthétique et la stratégie de rééducation.

A. Diagnostic et évaluation clinique

Une compréhension précise de l’organisation articulaire et ligamentaire permet :

  • d’identifier le type d’entorse (latérale, médiale, haute/syndesmotique),
  • d’évaluer la stabilité statique et dynamique (tests du tiroir antérieur, varus forcé, rotation externe),
  • de repérer les lésions associées (tendineuses, osseuses ou capsulaires),
  • et de distinguer une instabilité mécanique (laxité objective) d’une instabilité fonctionnelle (déficit proprioceptif).

🩺 Exemple :
Une entorse bénigne (LTFA isolé) nécessite une orthèse souple de maintien proprioceptif, alors qu’une entorse moyenne (LTFA + LCF) impose une stabilisation semi-rigide de 3 à 6 semaines.

B. Choix et adaptation d’une orthèse

Le rôle de l’orthèse est de restaurer l’équilibre mécanique entre mobilité et stabilité.
Le choix dépend :

  • de la gravité de la lésion,
  • de l’objectif thérapeutique (immobiliser, stabiliser, accompagner la reprise),
  • de la phase de récupération (aiguë, subaiguë, rééducation, prévention),
  • et du profil du patient (sportif, sédentaire, post-opéré).
Type d’orthèseObjectif principalExemples / Gammes
Souple (élastique, proprioceptive)Maintien léger et préventionThuasne Malleoaction®, DonJoy FortiLax™
Semi-rigide (coques + sangles)Stabilisation mécanique contrôléeAircast® AirSport+, DonJoy ActyLight®
Articulée (ROM réglable)Contrôle des amplitudes post-chirurgieDonJoy MaloLax™, X-Act ROM Lite™
Botte de marche rigideImmobilisation totale et appui partielAirSelect™, Maxtrax® ROM, Nextep™ Air

⚙️ Principe orthétique fondamental :
L’orthèse doit limiter les amplitudes pathologiques (inversion, torsion) tout en préservant la mobilité physiologique nécessaire à la marche et à la proprioception.

C. Rééducation et proprioception

Après immobilisation, la récupération fonctionnelle est capitale :

  1. Phase de mobilité passive : récupération des amplitudes (surtout la flexion dorsale).
  2. Phase de renforcement musculaire : travail du triceps, des fibulaires et du tibial postérieur.
  3. Phase proprioceptive : exercices sur plan instable, coordination réflexe, réintégration des schémas moteurs.
  4. Reprise fonctionnelle : marche, montée d’escaliers, course, sport.

🎯 Objectif final :
Retrouver une cheville stable, mobile et réactive, capable de s’adapter aux contraintes du terrain sans solliciter excessivement les structures ligamentaires.

D. Suivi post-opératoire

Les chirurgies de la cheville (ligamentoplasties, ostéosynthèses, arthrodèses ou prothèses) nécessitent un appareillage adapté à chaque phase :

  • Attelles articulées ou bottes ROM pour contrôler les angles de flexion-extension ;
  • Chaussures post-opératoires (Podalux®, PodaPro®) pour la reprise d’appui ;
  • Orthèses proprioceptives pour la phase de rééducation et la prévention des récidives.

Le suivi orthopédique doit être régulier :
→ évaluation du confort, de la tolérance cutanée, de la stabilité à la marche,
→ adaptation de la taille et du modèle selon l’évolution de l’œdème ou la reprise de mobilité.

E. Perspective orthopédique globale

La cheville illustre parfaitement le principe fondamental de l’appareillage orthopédique moderne :

🔹 Stabiliser sans bloquer.
🔹 Protéger sans déconditionner.
🔹 Guider sans substituer à la fonction musculaire.

Le rôle du professionnel de santé (orthopédiste, kinésithérapeute, pharmacien orthésiste) est d’assurer la continuité du soin fonctionnel :
de la phase aiguë (immobilisation) jusqu’à la reprise d’activité (prévention secondaire).

F. Synthèse

La cheville : équilibre entre mobilité et stabilité.

  • Structure ostéo-ligamentaire robuste, mais mécaniquement vulnérable en flexion plantaire.
  • Système musculaire et proprioceptif indispensable à la stabilité dynamique.
  • Appareillage orthopédique = outil thérapeutique et préventif, intégré à la rééducation.
  • La réussite d’un traitement orthétique repose sur le triptyque : bonne indication – bonne mesure – bon suivi.

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