Formation / Acheter ou vendre une pharmacie Ne vous fiez plus au chiffre d’affaires

Bienvenue à cette session de formation dédiée au pilotage économique des officines et plus particulièrement à un moment clé de la vie d’un pharmacien titulaire : la préparation, la cession ou la reprise d’une pharmacie.
Que vous soyez futur repreneur, titulaire expérimenté ou sur le point de transmettre votre entreprise, cette formation a été conçue pour vous apporter des repères fiables, des méthodes claires et une vision structurante pour sécuriser vos décisions.

Aujourd’hui, nous allons aborder un sujet technique, souvent mal compris et pourtant absolument déterminant dans toute opération de transmission :
👉 la transformation du regard porté sur la valeur d’une officine.

Pendant longtemps, l’évaluation reposait quasi exclusivement sur le chiffre d’affaires. C’était le repère central, un indicateur simple, rassurant, mais qui donnait une vision partielle — parfois trompeuse — de la réalité économique de l’entreprise.

Désormais, ce paradigme a basculé :
🔎 ce n’est plus le chiffre d’affaires qui fonde la valeur, mais la marge en valeur.
Autrement dit, ce que l’officine conserve réellement une fois les produits achetés et délivrés. Ce qui reste pour :

  • payer les charges,
  • rembourser un emprunt,
  • investir,
  • développer l’équipe,
  • sécuriser la trésorerie,
  • et surtout : générer du résultat.

Ce changement est majeur.
Il impacte simultanément :

  • les cédants, qui doivent comprendre comment leur officine est désormais analysée,
  • les repreneurs, qui évaluent différemment le risque et la rentabilité,
  • les experts-comptables, banquiers et conseils juridiques, qui ajustent leurs méthodes d’analyse et de financement.

Comprendre ce déplacement du regard est donc une compétence stratégique, indispensable pour négocier, anticiper et sécuriser une transaction.

Dans cette formation, nous allons voir :

  • pourquoi la marge a pris le dessus sur le chiffre d’affaires,
  • comment analyser une officine dans ce nouveau modèle,
  • quels indicateurs doivent guider vos décisions,
  • quelles erreurs éviter,
  • et comment préparer votre officine — en tant que vendeur ou acheteur — pour qu’elle soit lisible, attractive et valorisable.

Installez-vous : nous allons poser les bases méthodologiques indispensables pour comprendre et maîtriser l’évaluation économique d’une officine en 2025.

1. 🎯 FIN DE RÈGNE POUR LE CHIFFRE D’AFFAIRES

Pendant des décennies, le chiffre d’affaires annuel faisait office de référence incontestée dans la valorisation d’une officine. Il figurait systématiquement dans les actes de vente. Mieux encore, les cabinets spécialisés rédigeaient des attestations comptables certifiant le montant du CA des trois dernières années. Pour les banques, c’était l’élément central de leur analyse.

Mais aujourd’hui, ce repère s’efface progressivement. Et ce n’est pas juste un effet de mode, c’est une mutation profonde du marché de la transaction officinale.

D’abord, parce que la loi PACTE de 2019 a levé l’obligation d’indiquer le chiffre d’affaires et le résultat dans l’acte de vente. En théorie, un acte peut désormais être signé sans qu’aucune donnée financière ne figure noir sur blanc. Une liberté nouvelle, mais qui oblige à être encore plus rigoureux en amont.

Ensuite – et surtout – parce que le chiffre d’affaires ne dit plus grand-chose de la rentabilité réelle. Deux officines affichant un CA de 1,6 million peuvent être aux antipodes en matière de performance :

  • L’une a une forte part de génériques, bien négociés, avec peu de pertes et un stock maîtrisé.
  • L’autre fait du volume sur des produits chers, mal remisés, avec beaucoup de ruptures et de pertes non enregistrées.

Le chiffre est le même… mais les marges peuvent varier de plusieurs dizaines de milliers d’euros par an.

Et c’est sans compter les effets de saisonnalité, les opérations ponctuelles, ou même la gestion du stock, qui peuvent artificiellement gonfler un chiffre d’affaires… sans que cela ne se traduise par une rentabilité durable.

En clair, le CA est devenu un indicateur trompe-l’œil. Il donne une première idée de l’activité, mais il ne suffit plus à juger de la solidité économique d’une pharmacie.

D’où la nécessité, aujourd’hui, de creuser beaucoup plus loin. De s’intéresser à ce qui reste après les achats. À ce qui alimente vraiment la trésorerie. Et c’est là qu’intervient la notion de marge en valeur, que nous allons explorer dans la prochaine partie.

2. 📊 LA MARGE EN VALEUR, NOUVEL ÉTALON DE MESURE

Si le chiffre d’affaires est un indicateur d’activité, la marge en valeur, elle, est un indicateur de performance économique. Elle mesure ce qu’il reste à l’officine après avoir payé ses achats de médicaments et de produits de santé. C’est donc ce qui permet concrètement de payer les charges, de rémunérer les associés, de rembourser un emprunt… ou de dégager un bénéfice.

Et c’est là que tout change : car la marge en valeur ne ment pas. Elle reflète le pilotage réel de l’entreprise. Contrairement au chiffre d’affaires, elle tient compte :

  • des conditions d’achat négociées avec les fournisseurs,
  • des remises arrières perçues ou pas,
  • de la qualité de la gestion des stocks,
  • des écarts d’inventaire,
  • et même des pratiques de facturation ou de substitution.

C’est un indicateur de maturité gestionnaire, et donc un signal fort pour un repreneur.

Mais attention, cette marge en valeur ne se lit pas facilement. Elle demande une analyse comptable fine, souvent absente des dossiers classiques de cession. Dans bien des cas, ni l’expert-comptable, ni le vendeur, ni même l’intermédiaire en transaction ne l’ont calculée ou expliquée clairement.

Et pourtant, une marge mal interprétée peut conduire à une erreur d’évaluation majeure.

👉 Prenons un exemple concret : imaginons qu’en fin d’année, le stock réel de l’officine ait été sous-évalué de 20 000 € lors de l’inventaire. Cette erreur va artificiellement gonfler la marge de l’exercice en cours — car on aura compté plus de sorties que ce qui a réellement été vendu. L’année suivante, lorsque le stock sera réajusté, on aura l’effet inverse : une chute brutale de la marge, sans cause apparente. Résultat : les comptes apparaissent déséquilibrés, sans que cela reflète l’activité réelle.

Si un repreneur s’appuie uniquement sur les marges de ces deux exercices sans détecter ce biais, il peut croire que l’officine est plus rentable qu’elle ne l’est vraiment. Et donc, payer un prix trop élevé, sur une base fragile.

Autre point d’attention : la présentation comptable elle-même peut brouiller les pistes. Certaines officines intègrent mal les remises fournisseurs dans leur compte de résultat, ou ne les répartissent pas correctement. D’autres ne tiennent pas compte des avoirs sur invendus, ou ne les affectent pas à la bonne période. Là encore, la lecture de la marge brute peut être faussée.

C’est pour cela que de plus en plus de repreneurs — et leurs conseils — exigent une reconstitution détaillée de la marge sur plusieurs années, avec retraitement des éléments exceptionnels, des erreurs d’inventaire ou des changements de méthode comptable.

Ce travail d’analyse permet de dégager une marge récurrente fiable, c’est-à-dire celle qui reflète vraiment la capacité de l’officine à dégager de la rentabilité sur le long terme. Et c’est cette marge, bien plus que le chiffre d’affaires, qui doit servir de base à la valorisation.

En clair : ce n’est plus ce que vous vendez qui compte, mais ce que vous conservez à la fin du mois.

C’est une logique plus exigeante, mais aussi plus saine. Et elle force tous les acteurs — vendeurs, repreneurs, experts, banquiers — à monter en compétence sur les vrais indicateurs économiques.

3. 🕵‍♂ L’IMPORTANCE D’UN AUDIT AVANT LA TRANSACTION

Face à la complexité croissante des dossiers de cession, une évidence s’impose : on ne peut plus se contenter d’un simple chiffre d’affaires ou d’un EBITDA estimé à la va-vite.

Aujourd’hui, l’audit préalable devient un passage obligé. Non pas par formalisme, mais parce que c’est la seule façon de sécuriser la transaction, dans un contexte où la marge, les pratiques internes et la réalité économique peuvent grandement varier d’une officine à l’autre.

🔍 Alors de quoi parle-t-on exactement quand on évoque un « audit » ?

Ce n’est pas un simple coup d’œil aux bilans. C’est un travail d’analyse approfondi, mené avec un expert-comptable — et idéalement un cabinet habitué aux officines. Il s’agit de décortiquer l’ensemble des comptes pour répondre à une question centrale :
👉 la rentabilité affichée est-elle réelle, fiable et reproductible ?

Pour cela, l’audit va :

  • Valider la cohérence des marges, en retravaillant les ratios à partir des données brutes (achats, ventes, remises, stocks, etc.)
  • Identifier les erreurs ou anomalies de facturation, comme des ventes non enregistrées, des remboursements mal imputés ou des pratiques de substitution douteuses.
  • Repérer d’éventuelles fraudes : parfois involontaires, parfois plus graves — comme une manipulation du stock ou une double comptabilité entre la SEL et la SPFPL.

L’objectif n’est pas de “piéger” le cédant, mais bien d’objectiver la valeur réelle de l’entreprise pour que tout le monde sache sur quoi il s’engage.

📌 Cet audit permet aussi de :

  • Mettre en lumière les charges exceptionnelles ou non récurrentes (un remplacement coûteux, une prime exceptionnelle, une perte de stock suite à un dégât des eaux…),
  • Neutraliser les éléments personnels du titulaire (comme une voiture de société utilisée à titre privé, ou une partie du loyer versé à une SCI familiale),
  • Mesurer la vraie rentabilité opérationnelle, celle qui perdurera une fois le repreneur installé.

🎯 Et ce travail ne bénéficie pas qu’au repreneur. Il protège aussi le vendeur :

  • en réduisant le risque de litige post-cession,
  • en renforçant la crédibilité du dossier auprès des financeurs,
  • et en facilitant la négociation en instaurant un climat de transparence.

Enfin, pour les banques, cet audit devient un outil d’aide à la décision. Les établissements financiers ne se fient plus seulement aux bilans. Ils veulent comprendre la structure du modèle économique, identifier les fragilités éventuelles, et vérifier la capacité de remboursement du futur titulaire.

💡 En résumé : plus personne ne veut acheter à l’aveugle, ni vendre sur une base incertaine. L’audit est devenu le socle de confiance autour duquel se construit une transaction réussie.

Et à ce stade, on comprend bien que la clé n’est plus dans les chiffres en eux-mêmes, mais dans leur interprétation, leur sincérité, et leur stabilité dans le temps.

4. 🧾 QUE DOIT CONTENIR UN ACTE DE VENTE AUJOURD’HUI ?

Depuis la réforme de 2019, le chiffre d’affaires et le résultat ne sont plus obligatoirement mentionnés dans l’acte de vente d’une officine. Mais alors, qu’est-ce qu’on met à la place ? Et surtout, qu’est-ce qui rend aujourd’hui un acte de cession vraiment pertinent, transparent et utile pour les deux parties ?

💡 Une chose est sûre : on ne vend plus un chiffre, on vend un modèle économique. Autrement dit, on ne vend pas seulement une structure avec une activité, mais une organisation, une rentabilité, une logique de fonctionnement, et parfois même une vision de la pharmacie.

🎯 Pour bien cerner cette logique, voici les bonnes pratiques actuelles pour rédiger un acte de cession de qualité — que vous soyez vendeur, repreneur ou conseil :

1️ La répartition du chiffre d’affaires par nature de vente

Plutôt que le montant brut du chiffre d’affaires, on analyse sa composition :

  • part remboursée vs non remboursée,
  • part OTC, parapharmacie, MAD, orthopédie, vétérinaire…
  • poids des services (entretiens pharmaceutiques, TROD, vaccinations…).

Cela permet de comprendre la dynamique commerciale de l’officine et son exposition à certains secteurs plus ou moins rentables.

2️ Les Marges Dégressives Lissées (MDL)

Elles traduisent la marge brute moyenne, corrigée des effets de saisonnalité, des erreurs d’inventaire ou d’éléments exceptionnels.
👉 C’est un indicateur clé car il permet de mesurer la rentabilité réelle et durable de l’activité.

3️ Le poids des produits chers ou spécifiques

Orthopédie, maintien à domicile, contentions, nutrition entérale, dispositifs médicaux…
Ces segments peuvent peser lourd dans le chiffre d’affaires, mais avec des marges parfois faibles ou des exigences réglementaires fortes.

Les repreneurs doivent donc être informés du niveau d’engagement, de la complexité de gestion, et parfois même des diplômes ou agréments nécessaires pour maintenir ces lignes.

4️ Les activités réglementées nécessitant une qualification spécifique

Par exemple :

  • l’orthopédie nécessitant un diplôme,
  • la location de matériel médical avec traçabilité et hygiène stricte,
  • ou encore certaines missions de santé publique encadrées par des conventions.

👉 Il est important d’indiquer si ces activités sont portées par le titulaire actuel, par un adjoint, ou par un prestataire extérieur. Cela conditionne leur poursuite après la vente.

5️ L’historique et la gestion des stocks

Le stock ne doit pas être un point aveugle de la vente. On attend aujourd’hui :

  • un inventaire régulier, fiable, valorisé,
  • un suivi des écarts d’inventaire,
  • une politique de gestion (rotation, invendus, produits en dépôt…),
  • et des outils ou procédures en place (logiciel, inventaires tournants…).

Car un stock mal tenu peut gonfler artificiellement les marges ou révéler une mauvaise gestion.

🎙️ En conclusion : l’acte de cession moderne ne peut plus être un simple contrat figé. Il doit devenir un outil de transparence, de projection et de confiance mutuelle.

Il formalise la transmission d’un modèle économique complet, et non plus d’un simple bilan chiffré.

Et plus il est documenté et clair, plus il facilite la négociation, le financement, et surtout… la bonne continuité de l’exploitation après la vente.

5. 💸 UNE ATTENTION PARTICULIÈRE DES FINANCEURS

Quand on parle de reprise d’officine, la qualité de la marge n’est pas seulement une préoccupation comptable. C’est un critère décisif pour les financeurs, en particulier les banques.

Pourquoi ? Parce que ce n’est pas le chiffre d’affaires qui rembourse un prêt, mais la capacité réelle à générer de la trésorerie, autrement dit l’Excédent Brut d’Exploitation (EBE). Et l’EBE, il découle directement… de la marge.

🔍 Une officine qui affiche un gros chiffre d’affaires mais des marges faibles, une masse salariale mal maîtrisée ou des charges fixes trop lourdes sera perçue comme risquée.

À l’inverse, une petite pharmacie bien gérée, avec une structure de coûts cohérente, un stock ajusté et des remises fournisseurs bien négociées, aura toutes les chances d’obtenir son financement. Même si son chiffre d’affaires paraît modeste au premier regard.

C’est ce qui explique pourquoi les experts-comptables spécialisés officine, les courtiers en financement ou les banquiers eux-mêmes mettent désormais l’accent sur les flux économiques réels, pas sur les seuls volumes de vente.

🎯 En clair : les futurs titulaires doivent savoir parler marge autant que chiffre d’affaires.
Cela suppose :

  • de bien comprendre leur modèle économique,
  • d’anticiper les questions des financeurs,
  • et de s’entourer de professionnels compétents (experts-comptables, évaluateurs spécialisés, juristes…).

Car aujourd’hui, la réussite d’un projet de reprise dépend autant de la structure de financement que de la qualité intrinsèque de l’officine.

CONCLUSION

En conclusion, ce que nous venons d’explorer marque un tournant majeur dans la compréhension et la conduite des transactions officinales.
La montée en puissance de la marge en valeur n’est pas une mode ni une simple réforme technique : c’est une révolution méthodologique qui redéfinit la manière d’évaluer, de préparer et de sécuriser une cession ou une reprise.

Ce changement de paradigme nous oblige à quitter une logique strictement volumique — centrée sur le chiffre d’affaires — pour entrer dans une lecture beaucoup plus fine, lucide et durable de l’activité d’une officine. La question n’est plus : « combien je vends ? » mais :
👉 « quelle rentabilité réelle mon modèle crée-t-il ? »

Pour les cédants, cela signifie anticiper :

  • fiabiliser leur comptabilité analytique,
  • optimiser leurs marges et leur politique d’achat,
  • sécuriser leurs stocks et leur trésorerie,
  • rendre leur officine lisible, cohérente et attractive.

Pour les repreneurs, cela implique de développer une posture nouvelle :

  • analyser les marges par univers et par produits,
  • comprendre la dynamique économique de l’officine ciblée,
  • questionner les modèles de gestion,
  • vérifier la capacité réelle à financer, investir et rembourser.

Et pour tous les pharmaciens entrepreneurs, cette évolution rappelle une vérité fondamentale :
➡️ La gestion économique n’est plus une compétence accessoire. C’est une compétence cœur de métier.
Elle conditionne la pérennité de l’entreprise, la qualité du service rendu au patient, la stabilité de l’équipe et la capacité à innover.

Cette formation vous donne désormais un cadre clair, des outils d’analyse et une grille de lecture moderne pour aborder une cession ou une reprise avec méthode, lucidité et confiance. Merci pour votre participation active.
Nous poursuivrons ce travail dans les modules suivants, où nous verrons comment concrètement analyser, préparer et valoriser une officine selon ces nouveaux standards.

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