Formation / Click & Collect La pharmacie passe à l’ère phygitale

Bienvenue dans cette formation dédiée à l’une des transformations majeures qui touche aujourd’hui l’univers officinal : l’intégration du phygital dans nos pratiques quotidiennes.
Je suis Arnaud, pharmacien d’officine, et nous allons ensemble décortiquer un mouvement qui redessine progressivement la relation patient–pharmacie et les modalités de délivrance : la fusion du physique et du digital.

Le phygital n’est pas un effet de mode. C’est une évolution structurelle déjà bien ancrée dans de nombreux secteurs — commerce, banque, santé — et qui gagne désormais l’officine. Il ne s’agit pas de remplacer notre métier, mais de l’enrichir, de fluidifier le parcours patient et de renforcer la qualité de nos services.

Dans cette formation, nous allons partir d’un constat simple :
👉 Le parcours du patient ne commence plus au comptoir.
Il peut débuter en ligne, via un site web, une application ou un espace sécurisé, puis se prolonger en officine lors du conseil, de la délivrance ou du suivi thérapeutique.

Au cœur de ce virage, un service attire une attention particulière : le Click & Collect.
Un dispositif flexible : le patient passe commande à distance, puis retire ses produits à un moment qui lui convient, parfois même hors horaires, grâce aux casiers connectés.

Mais dans l’officine, cette innovation soulève des questions légitimes :

  • Comment l’intégrer sans perdre notre ADN professionnel ?
  • Comment garantir la conformité réglementaire et maintenir la qualité du conseil ?
  • Comment organiser l’équipe pour en faire un vrai levier d’efficacité et non une contrainte supplémentaire ?
  • Et surtout : quels bénéfices concrets pour les patients, pour l’équipe officinale et pour la performance globale de la pharmacie ?

C’est précisément ce que nous allons explorer ensemble.
Cette formation a pour objectif de vous fournir le contexte, les enjeux, les bonnes pratiques et les outils opérationnels pour déployer le phygital — en particulier le Click & Collect — dans votre officine, de manière structurée, sécurisée et réellement utile.

Partie 1 – Le Click & Collect, une adaptation du modèle de distribution officinal

À l’origine, le Click & Collect est une invention du e-commerce : commander depuis son canapé, payer en ligne et retirer en magasin sans attendre.
Un modèle qui répond à un besoin universel : gagner du temps tout en gardant la maîtrise de son achat.

En pharmacie, cette idée a fait son entrée pendant la crise du Covid-19.
À l’époque, il fallait réduire les contacts, fluidifier les files d’attente, rassurer les patients inquiets… Le digital est alors devenu un outil de continuité du service officinal.
Les plateformes de précommande se sont multipliées, les officines ont improvisé des systèmes de retrait rapides, parfois artisanaux, mais efficaces.

Depuis, le besoin n’a pas disparu.
Les patients veulent plus de flexibilité : commander quand ils le souhaitent, éviter l’attente, récupérer leur traitement ou leur parapharmacie sur le trajet du travail ou après la fermeture.
Et côté pharmacie, le Click & Collect est perçu comme une opportunité d’optimiser les flux et d’alléger la pression au comptoir, surtout aux heures de pointe.

Mais attention : transposer ce modèle sans l’adapter serait une erreur.
L’officine n’est pas un magasin comme les autres.
Chaque délivrance, même la plus banale, implique des obligations de conseil, de contrôle, de confidentialité et de traçabilité.
Autrement dit, il a fallu réinventer le Click & Collect pour qu’il respecte les règles strictes du circuit pharmaceutique.

C’est pourquoi on parle aujourd’hui de Click & Collect officinal, un modèle hybride qui associe :

  • la simplicité du parcours digital,
  • la sécurité du cadre réglementé,
  • et la valeur ajoutée du pharmacien-conseil.

En somme, ce n’est pas une copie du commerce en ligne : c’est une adaptation intelligente de notre modèle, où le digital vient renforcer le lien humain, pas le remplacer.

Partie 2 – Une pratique officinale spécifique

Le modèle officinal n’a rien à voir avec celui du drive ou du supermarché.
Et c’est bien là que réside toute la subtilité du Click & Collect en pharmacie : il ne s’agit pas de copier le commerce de détail, mais de l’adapter à un cadre sanitaire, humain et réglementé.

Comme le rappelle très justement François Tasson, président de l’URPS Pharmaciens d’Île-de-France :

« Le Click & Collect doit rester au service du patient. »

Autrement dit, ce n’est pas une simple option logistique, mais un outil de service pharmaceutique.
Un moyen de fluidifier le parcours de soin, de mieux anticiper les besoins, tout en garantissant le même niveau de sécurité et de conseil qu’au comptoir.

Le patient ne devient pas un “client anonyme” derrière un écran :
il reste un patient accompagné, dont la commande passe toujours entre les mains du pharmacien.

Concrètement, comment cela fonctionne ?
Les plateformes disponibles aujourd’hui — Pharma Express, PharmaClick, MonPharmacien — ou encore les solutions connectées comme Pharmabest Box ou NEPHEA Care — permettent de créer une passerelle fluide entre le digital et le comptoir.

Le parcours type est souvent le suivant :

  1. Le patient commande depuis une interface sécurisée — souvent depuis le site ou l’application de sa pharmacie.
  2. L’équipe officinale reçoit la commande, vérifie son contenu, valide les produits et ajoute le conseil nécessaire.
  3. Une fois la préparation terminée, le patient reçoit un QR code ou un code-barres sécurisé pour venir récupérer sa commande.
  4. Si la pharmacie est équipée d’un casier connecté, le retrait peut même se faire en dehors des heures d’ouverture.

Ce modèle garantit à la fois la conformité réglementaire, le contrôle pharmaceutique, et la continuité de la relation humaine.

C’est une approche où le digital soutient le soin, pas l’inverse.
Et c’est précisément ce qui fait la différence entre un “service commercial” et un service officinal.

Partie 3 – Le phygital : une opportunité stratégique

Avec le Click & Collect et plus largement avec le phygital, l’officine entre dans une nouvelle ère.
Elle devient un lieu hybride, à la fois point de santé et point de service.

Cette transformation va bien au-delà de la technologie : elle redéfinit la relation patient-pharmacien et la manière dont la pharmacie s’organise au quotidien.

D’abord, le phygital libère du temps de conseil.
En anticipant la partie logistique — la préparation, la facturation, le paiement — le pharmacien peut se concentrer sur ce qui fait la vraie valeur ajoutée : le conseil thérapeutique, la prévention, l’accompagnement.
Moins de pression au comptoir, plus de disponibilité pour les échanges qualitatifs.

Ensuite, il fidélise les patients.
Les usagers recherchent aujourd’hui de la praticité, de la souplesse, et un parcours sans friction.
Pouvoir commander un produit à 22h et le récupérer le lendemain matin, c’est une attente devenue naturelle.
Le phygital répond à cette demande tout en maintenant le lien de confiance : le patient sait qu’il s’adresse à son pharmacien, pas à un site anonyme.

Troisième levier : la visibilité.
Une pharmacie équipée de solutions de Click & Collect est plus facilement référencée sur Google Maps, sur les plateformes locales ou les annuaires de santé.
C’est un atout concurrentiel pour exister dans un environnement où la recherche en ligne est devenue le premier réflexe des patients.

Enfin, cette dynamique ouvre la voie à de nouveaux services à valeur ajoutée :

  • abonnements mensuels pour des traitements chroniques,
  • rappels automatiques de renouvellement,
  • retraits 24h/24 pour les produits de parapharmacie,
  • ou encore des programmes de fidélité intégrés aux applications.

Mais attention : la technologie ne suffit pas.
Le Click & Collect n’a de sens que s’il s’inscrit dans une stratégie globale de service officinal.
Un projet cohérent qui associe le digital, l’humain et la qualité du conseil.

En résumé :
le phygital n’est pas une fin en soi, c’est un levier stratégique pour renforcer le rôle du pharmacien comme acteur de santé de proximité, tout en modernisant son image et son fonctionnement.

Partie 4 – Freins et paradoxes

Malgré toutes ses promesses, le phygital officinal n’avance pas sans obstacles.
Le Click & Collect séduit sur le papier, mais sur le terrain, les contraintes techniques, économiques et culturelles freinent encore son déploiement à grande échelle.

Premier frein : le coût du matériel.
Les casiers connectés, les bornes sécurisées, ou encore les systèmes réfrigérés nécessaires pour certains produits thermosensibles représentent un investissement initial conséquent — souvent difficile à justifier pour une officine indépendante.
À cela s’ajoutent les frais de maintenance, d’abonnement aux plateformes, et parfois des coûts cachés liés à la cybersécurité ou à la mise en conformité RGPD.

Deuxième frein : les contraintes techniques.
La mise à jour automatique des stocks en temps réel, la gestion des commandes et la synchronisation entre le site de commande et le logiciel de gestion officinal restent des défis majeurs.
Certains pharmaciens témoignent encore d’une double saisie fastidieuse, voire d’erreurs de disponibilité.

Troisième frein : l’interopérabilité.
Tous les systèmes ne communiquent pas entre eux, et les solutions de Click & Collect doivent s’adapter à une grande variété de logiciels métiers, souvent anciens.
Ce manque d’harmonisation ralentit l’adoption, même pour les officines motivées.

Enfin, il existe un frein plus symbolique, mais tout aussi réel :
la crainte d’une désintermédiation du pharmacien.
Certains redoutent que la relation humaine — le cœur du métier — soit affaiblie par la dématérialisation du parcours.
Cette peur est légitime, mais souvent mal fondée : le Click & Collect, bien utilisé, ne remplace pas le conseil, il en prépare les conditions.
En fluidifiant les aspects logistiques, il permet au pharmacien de consacrer plus de temps à l’échange, au suivi, à la prévention.

Heureusement, ces freins se lèvent peu à peu.
Les nouvelles solutions sont plus ergonomiques, plus interopérables, et plus accessibles financièrement grâce aux offres groupées ou aux aides régionales.
Certaines régions — comme l’Île-de-France ou la Bretagne — expérimentent même des dispositifs mutualisés, partagés entre plusieurs officines d’un même territoire.

Le Click & Collect n’est donc pas un effet de mode : il s’inscrit dans une tendance durable, celle du service continu, où la pharmacie s’adapte aux nouveaux rythmes de vie des patients : travail en horaires décalés, mobilité, télétravail, besoin de flexibilité.

Partie 5 – Deux solutions phygitales pour un service continu

Concrètement, deux grands modèles phygitaux coexistent aujourd’hui dans les pharmacies françaises.
Deux approches différentes, mais complémentaires, selon la configuration du lieu, le type de patientèle et les moyens disponibles.

1️ Le retrait en intérieur

C’est la version la plus répandue.
Le patient effectue sa commande en ligne, puis reçoit un QR code ou un code-barres.
Lorsqu’il se présente à la pharmacie, il scanne ce code à une borne ou au comptoir, et son colis lui est remis directement, souvent par un préparateur.
Ce modèle reste simple à mettre en place, peu coûteux, et préserve le contact humain : l’équipe reste présente, disponible pour délivrer le conseil ou vérifier une ordonnance.
Il convient particulièrement aux pharmacies urbaines, où les flux sont denses mais les horaires étendus.

2️ Le retrait extérieur

C’est la formule la plus innovante : les casiers connectés placés à l’extérieur de l’officine.
Accessibles 24 h/24 et 7 j/7, ils permettent au patient de venir récupérer sa commande quand il le souhaite — en scannant son code d’accès.
Ces dispositifs, déjà testés par plusieurs groupements — Pharmabest, Lafayette, Giropharm — permettent d’assurer une véritable continuité de service, même pendant les heures de fermeture, le midi ou lors des gardes.

C’est un atout majeur pour les territoires ruraux ou périurbains, où les distances et les horaires rendent parfois difficile l’accès aux soins.
Mais aussi pour les pharmacies qui veulent se différencier en offrant une expérience patient moderne et fluide.

Et au-delà de la logistique, ces solutions sont un levier d’image : elles symbolisent une officine ouverte, accessible et connectée, au service de ses patients à toute heure.

Le phygital, c’est finalement cela : une continuité du soin dans le temps et dans l’espace, rendue possible par la technologie, mais toujours animée par l’expertise humaine du pharmacien.

Partie 6 – Et demain ? Le phygital comme levier de transformation

Le Click & Collect, c’est finalement la première marche d’un escalier bien plus vaste : celui de la transformation phygitale complète de l’officine.
Derrière cette porte d’entrée logistique se dessine un nouveau modèle, où le digital ne remplace rien… mais renforce tout.

Imaginons un parcours patient totalement fluide :
Une e-ordonnance transmise directement depuis le cabinet médical au logiciel de l’officine, vérifiée et préparée en amont.
Le patient reçoit une notification, choisit son créneau de retrait ou opte pour une dispensation à domicile.
Un suivi thérapeutique s’engage via une messagerie sécurisée ou une visio avec le pharmacien, pour vérifier l’observance, ajuster les conseils, et prévenir les risques d’interactions.

Ce n’est pas de la science-fiction — c’est déjà en marche.
Des plateformes comme Mon Espace Santé, Carte Vitale dématérialisée, ou les premiers protocoles de télésuivi officinal (dans le diabète ou l’hypertension) montrent que la frontière entre physique et digital s’efface progressivement.

Le phygital, c’est justement cette hybridation intelligente :
👉 Le digital automatise, simplifie, anticipe.
👉 Le physique incarne, rassure, humanise.

L’enjeu, ce n’est donc pas la technologie, mais l’équilibre.
Comment continuer à délivrer du conseil humain tout en s’appuyant sur des outils connectés pour mieux servir, mieux suivre, mieux piloter ?

Car la technologie, bien utilisée, n’éloigne pas le patient : elle crée du lien différemment.
Un rappel automatique de renouvellement d’ordonnance, un message de suivi post-vaccination, une visio pour un conseil pharmaceutique… ce sont autant de points de contact supplémentaires qui prolongent la relation de confiance au-delà du comptoir.

Et demain, la pharmacie phygitale pourrait devenir le pivot de la coordination du parcours de soin.
Connectée aux médecins, aux infirmiers, aux plateformes de santé publique, elle jouera un rôle central dans l’accompagnement personnalisé des patients chroniques et dans la prévention connectée.

Le phygital, c’est donc une révolution douce, pragmatique, mais profonde : celle du pharmacien augmenté, à la fois soignant, entrepreneur et expert de la donnée santé.

Conclusion

Pour conclure cette formation, retenez que le phygital n’est pas un simple outil technologique ajouté à nos pratiques. C’est une transformation en profondeur, progressive mais déterminante, de notre manière d’exercer, d’organiser l’officine et d’accompagner nos patients.

Le Click & Collect n’en est qu’un exemple, une porte d’entrée vers un modèle où la pharmacie devient un écosystème fluide, capable de connecter intelligemment le numérique et le présentiel. Ce virage n’a pas pour vocation de remplacer notre métier, mais de l’amplifier, en renforçant la réactivité, la disponibilité et la qualité du conseil.

Dans ce monde où les attentes des patients évoluent rapidement, le pharmacien se positionne de plus en plus comme un entrepreneur de santé, capable de piloter non seulement la délivrance, mais aussi l’expérience patient, la donnée, la logistique et la valeur de ses services.

Le phygital représente ainsi une opportunité unique :

  • moderniser sans déshumaniser,
  • gagner en performance sans sacrifier la proximité,
  • proposer des services innovants tout en restant ancré dans le soin.

C’est la preuve que notre profession sait évoluer, s’adapter et se réinventer, tout en restant fidèle à ce qui fait sa force : la relation humaine, la confiance et l’accompagnement.

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