Formation / Nouvelles missions Pourquoi les patients ne voient rien

Aujourd’hui, nous allons explorer un sujet stratégique pour nos officines : les nouvelles missions du pharmacien. Ce thème n’est pas seulement d’actualité, il transforme profondément notre rôle au sein du système de santé.

Depuis plusieurs années, les pharmaciens voient leurs responsabilités s’élargir au-delà de la délivrance des médicaments. Vaccinations, dépistages, bilans d’adhésion, TROD angine ou cystite, accompagnements personnalisés… Ces missions offrent de réelles opportunités pour renforcer notre valeur ajoutée, mais elles posent également des défis organisationnels et humains : charge de travail, formation continue de l’équipe, coordination avec les autres acteurs de santé, visibilité auprès des patients et des autorités de santé.

Objectifs pédagogiques de ce module :

  • Comprendre le contexte et l’importance des nouvelles missions dans le parcours de soins.
  • Identifier les leviers pour intégrer ces missions dans votre officine de manière efficace et durable.
  • Découvrir des outils, méthodes et bonnes pratiques pour valoriser ces activités auprès des patients et de votre équipe.
  • Développer une stratégie concrète pour rendre ces missions visibles, valorisées et structurées dans le quotidien officinal.

Au cours de cette session, nous nous appuierons sur :

  • Des exemples concrets issus de pharmacies ayant réussi à intégrer ces missions.
  • Des retours d’expérience partagés lors des dernières Assises du maillage officinal.
  • Des réflexions stratégiques pour aligner votre organisation, votre équipe et vos outils avec ces nouvelles missions.

Approche pédagogique :
Vous repartirez de cette formation avec des pistes concrètes et applicables dès demain : comment planifier, organiser et ancrer ces nouvelles missions pour qu’elles deviennent un véritable levier de performance, d’engagement d’équipe et de qualité de service pour vos patients.

1. Le grand paradoxe des nouvelles missions

On va commencer par poser les bases avec ce que j’appelle le grand paradoxe des nouvelles missions officinales. C’est simple, mais ça dit tout.

🔍 D’un côté, notre champ d’action n’a jamais été aussi vaste. Ces dernières années, on nous a confié :

  • la vaccination contre la grippe et le Covid,
  • le dépistage de l’angine, de la Covid, des troubles glycémiques,
  • l’accompagnement de patients sous anticoagulants,
  • la prise en charge de certaines infections urinaires,
  • les entretiens pharmaceutiques pour les patients asthmatiques ou sous traitements chroniques…

Et ce n’est que le début : demain, on parle de prévention santé globale, de suivi post-hospitalisation, d’accompagnement des aidants, etc.

Mais de l’autre côté, le modèle économique est resté bloqué au XXe siècle.

👉 Selon les chiffres évoqués lors des Assises du maillage officinal, toutes ces nouvelles missions ne pèsent que 0,3 % du chiffre d’affaires et 3 % de la marge d’une officine. C’est vertigineux.

Autrement dit : on fait plus, on porte davantage, on prend plus de responsabilités… mais on est rémunéré comme si rien n’avait changé.

💥 Résultat : un double déséquilibre.

  1. Économique, bien sûr. La viabilité des petites et moyennes officines est menacée si l’on continue à additionner des tâches peu ou pas rémunérées, dans un contexte d’érosion des marges sur les médicaments, et de hausse constante des charges.
  2. Opérationnel et humain. Les équipes sont sous tension. Les préparateurs et les pharmaciens se retrouvent à jongler entre gestion de stock, relation client, entretiens santé, coordination avec les médecins et protocoles qualité… sans qu’une vraie organisation ne soit repensée autour de ces nouvelles missions.

Mais ce qui est encore plus frappant, c’est que le grand public, lui, ne perçoit pas tout cela.

🎙 D’après une enquête citée par Carine Wolf-Thal, 77 % des patients trouvent les officines plus attractives quand elles proposent des services nouveaux. Très bien. Mais la majorité ignore encore complètement les compétences nouvelles du pharmacien !

C’est comme si on avait monté une belle pièce de théâtre, engagé de nouveaux comédiens, changé le décor… mais que le rideau était resté fermé.

🎯 C’est là que se pose la vraie question : comment ouvrir le rideau ? Comment sortir de l’ombre ces missions que nous assumons au quotidien, et qui peuvent transformer la santé de proximité ?

Dans les prochains chapitres, on va justement voir comment :

  • mieux faire connaître nos missions,
  • sortir d’un fonctionnement réactif pour devenir proactifs,
  • et bâtir un nouveau modèle économique viable autour de cette évolution.

2. 🎯 Rendre ces missions visibles : pourquoi et comment ?

L’un des constats les plus marquants de la table ronde, c’est celui-ci : notre métier évolue, mais notre image, elle, reste figée dans le temps.

🗣 Carine Wolf-Thal l’a très bien résumé :

« Les patients ignorent encore l’étendue des compétences des pharmaciens ».

Et pourtant, les chiffres sont parlants : 77 % des Français trouvent plus attractives les officines qui proposent ces nouveaux services. Donc on a des missions qui intéressent, qui répondent à des besoins concrets de santé publique… mais qui restent invisibles ou mal comprises.

Pourquoi ce décalage ? Parce qu’on a changé le fond… mais pas encore la forme. Et pour franchir ce cap, il y a trois leviers d’action très concrets.

            1. 🗺 Cartographier les missions disponibles

Avant de faire connaître nos services, il faut déjà les rendre visibles dans l’espace public. Aujourd’hui, un patient ne sait même pas où aller pour un dépistage, un entretien ou une vaccination hors grippe.

💡 Il faudrait un répertoire public des missions officinales disponibles à l’échelle territoriale. C’est faisable, et même partiellement existant :

  • Sur Santé.fr, certaines offres sont déjà répertoriées, mais l’information reste parcellaire et peu exploitée.
  • Les réseaux territoriaux de santé, les CPTS, et les sites des ARS pourraient intégrer une base actualisée, interopérable, consultable par les patients ET les professionnels de santé.
  • À plus petite échelle, certaines pharmacies innovantes créent leur propre carte interactive des services offerts. Une idée à mutualiser ?

🎯 Objectif : que chaque citoyen puisse, en quelques clics, trouver une officine et son offre de services de santé de proximité.

            2. 📣 Communiquer localement… et intelligemment

Il ne suffit pas d’avoir des services, il faut les faire savoir. Et ça, c’est notre responsabilité. Quelques leviers à activer, souvent peu coûteux, mais redoutablement efficaces :

  • Signalétique extérieure claire : par exemple, une vitrophanie “Tests angine ici”, “Entretiens santé sans rendez-vous”, “Vaccination sur place” permet d’attirer l’attention dès le trottoir.
  • Flyers personnalisés, remis lors d’une dispensation ou glissés dans les sacs. On peut imaginer un visuel simple : « Et si on prenait 10 minutes pour parler de votre traitement ? »
  • Réseaux sociaux : une publication bien faite sur Facebook ou Instagram peut rappeler aux patients qu’ils peuvent venir pour une consultation rapide, un suivi ou un dépistage.
  • Campagnes SMS ou newsletters : ce sont des outils puissants, surtout si on les relie aux moments de l’année. Exemple : un message “Pensez à faire votre rappel de vaccination !” au mois d’octobre.

👉 L’enjeu, c’est d’ancrer nos nouvelles missions dans le quotidien des patients. De ne plus attendre qu’ils posent la question, mais de leur faire comprendre ce que nous pouvons leur proposer… avant même qu’ils en ressentent le besoin.

            3. 🧑‍⚕️ Former les équipes à la “posture de prescription”

C’est sans doute le levier le plus structurant. Car à quoi bon des services pertinents si, au comptoir, on ne les valorise pas ? Il ne s’agit pas ici de faire du « forcing », mais de passer d’un rôle passif à un rôle actif dans le parcours de soin.

Exemple concret : un patient vient chercher un AINS pour une lombalgie. On peut lui délivrer… ou lui proposer un entretien rapide sur ses traitements, ses douleurs chroniques, ses habitudes posturales.

Mais cela suppose de :

  • savoir identifier l’opportunité,
  • oser proposer,
  • expliquer simplement la valeur du service,
  • et parfois, reprogrammer un second rendez-vous.

🎯 Cela s’apprend. Cela se travaille. Et cela suppose que l’équipe, préparateurs comme pharmaciens adjoints, soit formée, alignée, responsabilisée autour d’un objectif commun : devenir acteur de la prévention et du suivi de santé.

3. ⏱ Dégager du temps pour les actes à valeur ajoutée

C’est bien beau d’avoir des missions à promouvoir, mais soyons lucides : la vraie question, c’est le temps.

Guillaume Racle, de l’USPO, l’a dit très clairement :

“Les pharmaciens sont aujourd’hui bloqués par des tâches logistiques chronophages.”

💡 En clair : on veut bien faire plus, mais on est déjà débordé. Alors comment libérer du temps pour ces fameux actes cliniques, ces entretiens, ces dépistages ? Trois grandes pistes :

            1. 🔧 Automatiser tout ce qui peut l’être

On en parle depuis longtemps, mais c’est aujourd’hui que ça devient vital.

  • Robotisation du stock et des flux de délivrance : un robot bien calibré peut économiser jusqu’à 25 % de temps pharmacien sur la gestion des produits.
  • Préparation des doses à administrer (PDA) : externalisée ou automatisée, elle permet de se recentrer sur la relation patient.
  • Digitalisation du back-office : gestion des commandes, des relances, des rendez-vous… tout ce qui peut être géré via des logiciels doit l’être.

🎯 L’objectif : gagner du temps sans perdre en qualité, pour le réinvestir dans le soin.

            2. 🧠 Réorganiser l’équipe autour de la valeur

Il ne s’agit pas de travailler plus, mais de travailler autrement. Ça peut passer par :

  • Une gestion des flux repensée : orienter certains patients vers des rendez-vous au lieu de tout traiter en urgence.
  • Une délégation intelligente : tout ce qui ne relève pas directement de l’expertise pharmaceutique doit être redistribué ou automatisé.
  • Une hiérarchisation des missions : prioriser les actes à fort impact santé, quitte à faire moins de tâches à faible valeur ajoutée.

Ce type de changement, on peut l’aborder en équipe, sous forme d’ateliers d’amélioration continue, ou en s’appuyant sur un regard extérieur.

            3. 🤝 Mieux coordonner à l’échelle territoriale

Enfin, dégager du temps, c’est aussi ne pas tout faire tout seul.

  • Avec les médecins traitants, pour éviter les redondances ou les interventions inutiles.
  • Avec les infirmiers et les kinés, en se répartissant les rôles.
  • Avec les CPTS, les EHPAD, les services hospitaliers… pour créer des filières de prise en charge fluides.

🎯 On passe d’un modèle en silo à un modèle en réseau. Et dans ce modèle, le pharmacien peut jouer un rôle pivot… à condition d’avoir la place et le temps pour le faire.

🎓 4. Le rôle de la formation initiale et continue

C’est un levier absolument stratégique pour l’avenir du métier.
Et c’est aussi un cri d’alerte lancé par Ilan Rakotondrainy, président de l’Anepf : les étudiants en pharmacie ne sont pas assez préparés à la gestion, au pilotage économique, ni même à l’exercice libéral dans ses dimensions stratégiques.

Autrement dit : on forme encore les futurs pharmaciens comme des dispensateurs de médicaments… alors qu’on attend d’eux demain qu’ils soient des chefs d’entreprise, des animateurs d’équipe, des professionnels de santé territoriaux, et même parfois des entrepreneurs de soins.

Or, les envies sont là : 75 % des étudiants se disent motivés par la liberté d’exercice, les responsabilités managériales, et les nouvelles missions de santé publique.
Le potentiel est énorme, mais il est encore sous-exploité, par manque d’outils, de repères, et d’accompagnement.

Alors que faire concrètement ?

📘 Intégrer la gestion d’entreprise dans le cursus initial :

Cela signifie apprendre à lire un bilan, comprendre un modèle économique officinal, savoir gérer un stock, manager une équipe… Pas forcément pour tous, mais pour tous ceux qui envisagent une titularisation à moyen ou long terme.

📚 Développer une offre de formation continue ancrée dans le terrain :

  • Des formations professionnelles concrètes comme celles proposées par UPSA ou certains laboratoires.
  • Les modules de l’Ordre, des syndicats ou organismes de DPC, qui permettent d’aborder les nouvelles missions de façon structurée.
  • Des programmes de mentorat pour accompagner les jeunes installés ou ceux en projet de reprise.

Et pourquoi pas demain une école du pharmacien entrepreneur, comme il existe des écoles d’ingénieurs entrepreneurs ou de médecins dirigeants ? Il est temps d’aligner notre formation sur les réalités du terrain.

🌍 5. L’exemple de l’étranger : Québec, Catalogne…

Et si l’on regardait ce qui se fait ailleurs pour s’inspirer ?
C’est ce que propose Carine Wolf-Thal, en citant deux exemples particulièrement intéressants : le Québec et la Catalogne.

Ces territoires ont, eux aussi, connu une montée en compétences des pharmaciens. Mais ils ne se sont pas contentés de dire “faites plus”.
Ils ont compris que pour que les nouvelles missions se développent vraiment, il faut aussi repenser le modèle économique qui les soutient.

💡 Trois axes forts ressortent :

  1. Sortir du paiement à l’acte classique :
    Le modèle basé uniquement sur la délivrance de boîtes n’incite pas à investir dans la prévention ou l’accompagnement. Ces régions ont donc mis en place des systèmes de rémunération mixte.
  2. Inscrire l’action du pharmacien dans un parcours de soins territorialisé :
    Le pharmacien ne travaille pas seul : il est intégré à des logiques de CPTS locales, à des échanges réguliers avec les autres professionnels de santé.
    Cela donne du sens, mais aussi de la reconnaissance.
  3. Valoriser les actes cliniques pour leur impact, pas pour leur volume :
    Il ne s’agit pas de faire “plus”, mais de faire “mieux” : suivi d’observance, prévention des interactions, entretiens patients, bilans de médication…
    Tous ces actes sont reconnus, financés, et intégrés dans un modèle serviciel.

🎯 Un changement de paradigme

Ce que montrent ces exemples, c’est que le modèle productiviste du “nombre d’ordonnances par jour” est dépassé.
Le Québec et la Catalogne ont su amorcer cette transition vers un modèle serviciel, centré sur la qualité de la prise en charge et non la quantité de boîtes délivrées.

Et surtout… ça fonctionne !
Les patients sont mieux accompagnés, les pharmaciens sont plus valorisés, et les systèmes de santé font des économies à long terme grâce à une meilleure coordination et à la prévention.

Alors pourquoi ne pas oser cette transformation chez nous ?

🔭 6. Quelle vision pour demain ?

Alors, quelle officine voulons-nous pour demain ?

Pas seulement une pharmacie qui délivre.
Pas seulement un espace de santé de proximité.
Mais un acteur de santé publique pleinement reconnu, au cœur du parcours de soins, doté d’un modèle économique viable, capable d’attirer les jeunes diplômés, de dialoguer avec les autres professionnels de santé, et de proposer un métier moderne, humain, et porteur de sens.

Ce n’est pas un rêve. C’est une nécessité. Et pour y parvenir, il nous faut une vision systémique, une feuille de route partagée, une ambition collective.

✅ D’abord, un changement de posture :

Les pharmaciens doivent être reconnus comme des acteurs de premier recours, formés, engagés, proactifs dans la prévention, l’accompagnement, le dépistage, la pharmacovigilance.
Cela suppose aussi une reconnaissance politique forte, qui dépasse le simple cadre de la dispensation.

✅ Ensuite, une réforme du financement :

Les nouvelles missions ne peuvent pas reposer uniquement sur l’envie ou le volontarisme.
Elles doivent être financées à la hauteur de leur valeur ajoutée pour le système de santé. Cela implique un changement de paradigme : passer d’un modèle basé sur la marge à un modèle basé sur le service.

✅ Troisièmement, une meilleure communication :

Faire savoir ce que l’on fait, valoriser nos actions, être visibles localement et collectivement. C’est aussi ça, construire l’attractivité du métier.
Et cela commence dès la vitrine de l’officine, jusqu’aux réseaux sociaux, en passant par le bouche-à-oreille et les relations avec les autres professionnels.

✅ Enfin, une coordination interprofessionnelle renforcée :

Nous ne sommes pas seuls. L’avenir se construit avec les CPTS, les infirmiers, les médecins, les structures de soins à domicile.
Le pharmacien doit devenir un maillon fort de cette chaîne de soins, pas un acteur isolé.

📌 En résumé : modernité, coopération, reconnaissance, et visibilité. Voilà les quatre piliers d’une officine tournée vers l’avenir.

Conclusion

Les nouvelles missions du pharmacien ne sont pas un simple ajout à notre quotidien. Elles représentent l’évolution naturelle de notre métier, une évolution qui met le patient et le parcours de soins au centre de nos préoccupations. Bien intégrées, elles permettent de renforcer la valeur de l’officine, d’améliorer la qualité du service et de stimuler l’engagement de l’équipe.

Clés pour une intégration durable :

  • Visibilité : rendre ces missions perceptibles, tant pour les patients que pour les équipes.
  • Valorisation : reconnaître et récompenser l’investissement des collaborateurs qui les portent.
  • Viabilité : adapter l’organisation, les outils et les plannings pour que ces missions soient pérennes et efficaces.

Dimension collective :
Le succès ne dépend pas d’un seul acteur. Pour transformer ces missions en leviers durables, il faut un engagement collectif :

  • Pharmaciens titulaires et collaborateurs, pour expérimenter et ancrer ces pratiques au quotidien.
  • Étudiants et jeunes professionnels, pour préparer la relève et diffuser les bonnes pratiques.
  • Syndicats et institutions, pour encadrer et soutenir ces évolutions.
  • Partenaires industriels et réseaux officinaux, pour fournir outils, formations et ressources adaptées.

Ensemble, nous pouvons bâtir un modèle d’officine qui :

  • Soigne mieux,
  • Fédère et motive les équipes,
  • S’adapte aux enjeux de santé publique de demain.

👉 En formation, votre objectif est désormais de repartir avec des actions concrètes à mettre en œuvre, pour que ces nouvelles missions deviennent un véritable levier stratégique et humain dans votre officine.

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