Bonjour à toutes et à tous,
Cette session de formation est dédiée à un enjeu stratégique trop souvent mis de côté : la retraite des pharmaciens titulaires. Cette formation a pour objectif de vous permettre d’anticiper, de comprendre et d’agir sur votre avenir financier et patrimonial au moment de raccrocher la blouse.
Dans notre quotidien d’officine, nous sommes absorbés par la gestion des patients, les flux financiers, les équipes et les exigences réglementaires. Mais derrière cette routine, une question essentielle mérite toute notre attention : et après ? Que se passera-t-il quand nous arrêterons notre activité ?
Cette formation se propose de dépasser les tableaux de cotisations et les chiffres bruts pour aborder les mécanismes réels qui impactent le régime vieillesse des titulaires :
- Pourquoi ce régime est aujourd’hui fragilisé.
- Comment la valorisation actuelle des officines et les nouvelles formes juridiques influencent votre patrimoine.
- Quels leviers vous pouvez actionner dès maintenant pour sécuriser vos droits et préparer une retraite digne et sereine.
Nous verrons ensemble que la revente d’officine, longtemps perçue comme un parachute doré, ne suffit plus pour garantir un niveau de vie confortable. Les évolutions économiques, l’endettement des jeunes repreneurs et les changements fiscaux modifient profondément les équilibres sur lesquels nous comptions.
Au fil de cette formation, vous serez amené à :
- Comprendre les mécanismes du régime vieillesse des titulaires et leurs évolutions récentes.
- Analyser votre situation actuelle et identifier les risques.
- Mettre en place des stratégies concrètes pour sécuriser votre retraite et optimiser vos droits.
- Anticiper la transmission de votre officine dans un contexte économique et juridique en mutation.
L’objectif est clair : transformer cette question délicate en un plan d’action pragmatique, applicable dès aujourd’hui.
Installez-vous confortablement, prenez des notes, et préparons ensemble l’avenir pour que votre engagement professionnel se traduise par une retraite sereine et maîtrisée.
🧩 1 | Le constat d’aujourd’hui
Commençons par une réalité chiffrée. En 2024, près d’un pharmacien sur deux part à la retraite avec une pension insuffisante pour maintenir son niveau de vie. C’est un constat dur, mais documenté.
Et pourtant, nous avons tous cotisé — ou presque — au même régime : la CAVP, la Caisse d’Assurance Vieillesse des Pharmaciens. Il s’agit de notre régime obligatoire, basé sur un système par points, avec une part de répartition et une part de capitalisation.
Mais la retraite des pharmaciens ne repose pas que sur ces cotisations : elle est historiquement articulée autour de trois piliers :
- Les revenus immédiats : dividendes, rémunérations de gérance, voire revenus locatifs si on possède les murs.
- Les revenus différés : c’est là que ça se complique. Il s’agit de la retraite de la CAVP, éventuellement complétée par un PER ou une assurance-vie.
- Et enfin, la cession de l’officine : autrefois considérée comme une « sortie en capital » permettant de sécuriser sa retraite. Mais ça, c’était avant…
Aujourd’hui, la donne a changé.
🔍 D’abord, la valeur des fonds de commerce diminue dans de nombreuses zones. Il n’est plus garanti qu’un titulaire pourra vendre dans de bonnes conditions, ni même qu’il y aura un repreneur.
📉 Ensuite, l’évolution fiscale a bousculé la mécanique. Le passage du régime de l’impôt sur le revenu (IR) — qui faisait remonter tous les résultats à la personne — au régime de l’impôt sur les sociétés (IS) a eu un effet direct :
👉 Moins de revenus déclarés personnellement = moins de cotisations CAVP = retraite future amoindrie.
Et c’est là tout le paradoxe : le système encourage à optimiser l’impôt, mais cette optimisation fragilise nos droits sociaux à long terme.
Autre point de friction : la montée en puissance des structures sociétaires complexes, type SELARL, SPF-PL, holdings…
Ces montages permettent une meilleure gestion du patrimoine, certes. Mais souvent, les associés se versent de faibles rémunérations pour maximiser la distribution de dividendes ou les investissements long terme, ce qui pèse à nouveau sur les cotisations vieillesse.
Enfin, dans un contexte d’installation de plus en plus difficile pour les jeunes pharmaciens, avec des rachats de plus en plus chers, la priorité est mise sur le remboursement des emprunts, et non sur l’épargne ou les cotisations supplémentaires.
En résumé :
✅ On cotise moins,
✅ On vend moins bien,
✅ On épargne peu pour sa retraite.
Et le régime s’essouffle, surtout pour ceux qui arrivent ou sortiront bientôt du système.
Mais alors, que faire ? Quelles pistes pour redonner de la solidité à ce régime ?
🔍 2 | Mécanismes à l’œuvre
Pour bien comprendre pourquoi notre régime vieillesse est fragilisé aujourd’hui, il faut revenir un instant sur l’ancien modèle économique de l’officine.
Pendant des décennies, la carrière d’un pharmacien titulaire s’appuyait sur un triptyque assez simple :
👉 Je m’installe – je rembourse – je revends.
Et cette revente, généralement entre 65 et 75 % du chiffre d’affaires annuel HT, permettait d’assurer une retraite confortable, notamment grâce à un capital conséquent issu de la cession du fonds et, parfois, des murs.
Mais ce modèle a pris du plomb dans l’aile.Aujourd’hui, ce n’est plus la revente qui garantit l’équilibre retraite, c’est la structuration financière de l’exploitation, et plus précisément le type d’imposition choisi.
Et là, un point technique mais central :
👉 Le passage massif des titulaires de l’impôt sur le revenu (IR) vers l’impôt sur les sociétés (IS).
Pourquoi ce choix ?
Parce que l’IS permet de mieux contrôler la fiscalité personnelle, de lisser les revenus, de développer des sociétés holdings, ou encore de différer les flux financiers.
Mais en parallèle, ce choix réduit mécaniquement les revenus déclarés à titre personnel — notamment les rémunérations d’exploitant. Et comme les cotisations CAVP sont calculées sur ces rémunérations, le lien est direct :
👉 Moins d’IR = moins de cotisations = moins de points CAVP = pensions réduites.
C’est un effet domino que beaucoup de titulaires ont sous-estimé, pris dans une logique d’optimisation à court terme. Et c’est précisément ce qu’Olivier Delétoille, consultant du cabinet AdéquA, résumait très bien dans une intervention récente :
“Le système solidaire de retraite des pharmaciens est conçu pour que chacun contribue à la hauteur de ce qu’il retire de son outil professionnel. Mais quand la base taxable s’effondre, le socle solidaire, lui aussi, se fissure.”
Autre phénomène préoccupant : les rémunérations d’exploitant volontairement faibles.
Pour éviter une pression fiscale trop forte, de nombreux associés de SEL optent pour une rémunération minimale, parfois même proche du SMIC, et se servent essentiellement via des dividendes.
⚠️ Problème : ces dividendes n’entrent pas dans l’assiette des cotisations retraite CAVP.
Ce qui veut dire qu’un titulaire peut dégager 100 000 € de résultat, se verser 15 000 € de salaire, et donc cotiser sur… seulement 15 000 €.
À l’échelle individuelle, c’est une stratégie fiscale.
Mais à l’échelle collective, c’est un risque systémique pour notre régime de retraite, dont la pérennité dépend de l’équilibre entre cotisants et pensionnés.
Et aujourd’hui, cet équilibre est clairement menacé.
👨⚕️ 3 | Impacts sur les jeunes installés
Alors qu’en est-il pour les jeunes pharmaciens qui s’installent aujourd’hui ?
Ceux qu’on appelle les « primo-accédants », souvent âgés de 30 à 40 ans, sont confrontés à un double défi :
✅ Devoir s’endetter fortement pour acheter une officine dans un marché sous tension.
✅ Et, en parallèle, assumer les charges d’exploitation et de vie personnelle, parfois avec une famille à charge.
Dans ce contexte, la retraite devient un sujet secondaire, voire tabou.
Quand on doit rembourser 6000 € de prêt par mois pendant 10 ans, cotiser davantage pour sa retraite à 65 ans semble… lointain, voire inaccessible.
Et pourtant, c’est justement à cette étape que se joue l’équilibre du régime.
Pourquoi ?Parce que les jeunes installés sont les futurs piliers du système CAVP. S’ils cotisent peu aujourd’hui, ils auront moins de droits demain, et le régime, moins de ressources.
C’est là qu’intervient une notion essentielle : la diversification patrimoniale.
Au-delà de la CAVP, il est impératif de construire des revenus complémentaires, à travers :
- ✅ Une surcotisation volontaire au régime CAVP – un effort certes coûteux, mais potentiellement très rentable à long terme.
- ✅ L’ouverture d’un PER individuel ou professionnel, permettant de déduire ses versements tout en préparant sa retraite.
- ✅ L’investissement immobilier, avec une stratégie locative raisonnable.
Mais cette stratégie nécessite du temps, de l’accompagnement et surtout une vraie pédagogie.
“Les jeunes installés ont besoin qu’on les guide dans leur architecture de rémunération. Il faut penser leur cotisation retraite non comme une charge, mais comme une garantie sur l’avenir.”
Selon lui, le système actuel pénalise les débuts d’activité, alors même que c’est là qu’il faudrait cotiser davantage pour maximiser ses droits.
Il plaide pour une révision du mode de calcul des cotisations, afin d’introduire davantage de souplesse et de progressivité dans les premières années.
Ce serait un levier fort pour protéger ces jeunes titulaires, éviter une future génération de retraités précaires, et redonner confiance dans le régime CAVP.
🧭 4 | Solutions envisageables
Alors, face à ce constat préoccupant, quelles solutions peut-on envisager pour assurer la pérennité du régime de retraite des titulaires d’officine ?
Il ne s’agit pas ici de céder au fatalisme, mais bien de réfléchir de manière constructive et surtout collective. Parce que ce sujet ne concerne pas uniquement les experts-comptables ou la CAVP, il engage l’avenir de toute une profession.
🔁 1. D’abord, renforcer les mécanismes de surcotisation volontaire.
Aujourd’hui, il est tout à fait possible pour un titulaire d’opter pour une cotisation supplémentaire à la CAVP, sur la base d’une assiette volontairement majorée.
C’est un levier puissant, notamment quand on est dans une bonne dynamique de résultat.
Mais c’est un levier encore trop peu utilisé, souvent par manque de visibilité ou de conseil.
De la même manière, ouvrir un PER (Plan Épargne Retraite) individuel ou professionnel peut permettre de se constituer un complément de revenu différé, avec une déduction fiscale immédiate à la clé.
On le voit bien : ces outils existent.
Mais leur efficacité dépend d’une seule chose : la capacité à se projeter.
Et là, on touche à un vrai angle mort…
⏳ 2. Programmer sa retraite dès l’installation
C’est peut-être contre-intuitif, mais c’est crucial.
Un jeune pharmacien qui s’installe aujourd’hui doit être sensibilisé dès le départ à cette dimension long terme.
Cela suppose un accompagnement spécifique, avec des experts-comptables qui intègrent, dès les premières projections financières, un volet « retraite ».
Cela suppose aussi que les banques, les juristes, les conseillers en gestion patrimoniale jouent collectif, pour construire des plans de rémunération qui allient équilibre immédiat et sécurisation future.
Car rappelons une chose : préparer sa retraite, ce n’est pas se priver aujourd’hui, c’est organiser intelligemment le partage entre présent et avenir.
Et plus on commence tôt, plus le rendement des efforts est élevé.
🧱 3. Envisager une réforme structurelle pour les primo-accédants
Une autre piste évoquée par certains acteurs de terrain – et notamment lors des échanges entre la CAVP et les syndicats de titulaires – consisterait à modifier les règles du jeu dès l’installation.
Concrètement, cela pourrait prendre la forme d’une part obligatoire de cotisation rehaussée pendant les 10 premières années.
Un peu sur le modèle de la cotisation minimale actuelle, mais avec une logique de protection renforcée.
C’est une idée qui peut paraître contraignante à première vue.
Mais c’est aussi une manière d’éviter un effet cliquet, où les jeunes titulaires ne cotisent pas assez, puis ne peuvent plus rattraper le retard 20 ans plus tard.
L’idée ne serait pas de les pénaliser, mais au contraire de les protéger d’eux-mêmes, face à une logique d’optimisation qui peut les fragiliser à terme.
🤝 4. Enfin, une mobilisation collective de la profession est indispensable.
Parce que le risque, aujourd’hui, c’est que chacun se dise :
“Moi, je m’en sortirai, c’est le système qui est en cause.”
Mais le système, c’est nous.
Et si les cotisations continuent de baisser, la solidarité intergénérationnelle qui fait la force de la CAVP va se désagréger.
Nous avons donc besoin d’une prise de conscience globale, portée à la fois :
- Par les syndicats professionnels, qui peuvent interpeller les pouvoirs publics et la CAVP.
- Par les formateurs et conseillers, qui doivent intégrer ces notions dans les parcours d’accompagnement à l’installation.
- Et par les pharmaciens eux-mêmes, jeunes ou moins jeunes, qui doivent parler entre eux de ces sujets.
Il en va de la crédibilité – et de la viabilité – de notre modèle professionnel.
🎙️ Et peut-être que ce podcast, aujourd’hui, est un premier pas vers cette prise de conscience.
Alors si vous êtes titulaire, associé ou en passe de le devenir, posez-vous cette question toute simple :
👉 « Et moi, quelle est ma stratégie retraite ? »
Parce que ne pas en avoir, c’est déjà faire un choix.
Un choix qu’on risque de regretter… un peu tard.
🧠 5 | Enjeux à long terme
On pourrait être tenté de relativiser.
Après tout, la retraite, c’est loin.
Mais si rien n’est fait maintenant, les conséquences pourraient être bien plus lourdes qu’on ne l’imagine.
📉 Premier risque : la précarité croissante des futurs retraités
Beaucoup de titulaires approchent aujourd’hui de la retraite avec un capital professionnel conséquent, parfois valorisé, parfois non.
Mais ceux qui s’installeront demain n’auront peut-être ni les mêmes conditions de valorisation, ni les mêmes marges de manœuvre financières.
Et si la part de capital retraite assurée par la CAVP continue de diminuer, on s’expose à une vague de retraités précaires, après une carrière bien remplie…
Ce serait un véritable échec collectif.
⚖️ Deuxième risque : le déséquilibre structurel du régime
La CAVP repose sur un principe simple : la solidarité entre générations.
Ceux qui cotisent aujourd’hui financent les pensions de ceux qui sont partis.
Mais si les nouvelles générations cotisent moins,
et que dans le même temps le nombre de retraités augmente,
alors le régime s’essouffle, et la logique de mutualisation s’effondre.
À terme, c’est tout le modèle qui vacille.
🏥 Troisième risque : la désertification officinale
Oui, car si on continue à négliger cet aspect-là, on rend l’installation moins attractive.
Pourquoi un jeune pharmacien prendrait-il le risque de s’endetter, de s’engager à 70 heures par semaine,
si à la sortie, il n’est même pas certain d’avoir une retraite digne de ce nom ?
C’est aussi un enjeu de santé publique.
Moins d’installations, c’est moins d’officines, surtout dans les territoires ruraux ou fragiles.
Et donc moins d’accès aux soins.
🎯 Autrement dit : préparer la retraite, ce n’est pas une affaire privée, c’est une responsabilité collective.
Pour la profession. Pour le réseau officinal. Pour l’avenir de la santé de proximité.
Et surtout, pour les jeunes générations qui arrivent, et à qui nous devons garantir un cadre stable, équitable, durable.
🧩 Alors que faire ?
👉 Il faut ouvrir un vrai débat interprofessionnel.
Pas seulement entre experts comptables, mais aussi entre pharmaciens, syndicats, institutions de prévoyance, autorités de santé.
👉 Il faut aussi faire du lobbying, porter ces sujets au niveau national, car ils dépassent le seul cadre de la CAVP.
👉 Et surtout, mieux informer les jeunes titulaires.
Les accompagner dès le départ dans une logique de projection, avec les bons outils, les bons réflexes RH, fiscaux et comptables.
On ne peut plus attendre.
Conclusion
Au terme de cette session, ce que nous avons abordé dépasse largement la simple information : il s’agit d’une prise de conscience et d’un plan d’action.
- Connaître
La première étape consiste à maîtriser le fonctionnement du régime de retraite des titulaires. Cela implique :- Comprendre l’impact de vos choix de rémunération et de versements sur vos droits futurs.
- Identifier les leviers fiscaux, juridiques et patrimoniaux qui peuvent sécuriser votre avenir.
- Mesurer les effets des montages juridiques, des formes sociétaires (SEL, SPF-PL…) et des transferts de patrimoine sur votre retraite.
- Anticiper
La retraite ne se construit pas par hasard. Anticiper, c’est :- Évaluer dès aujourd’hui vos besoins et objectifs de vie post‑professionnelle.
- Élaborer une stratégie patrimoniale et financière cohérente.
- Préparer la transmission de votre officine tout en sécurisant votre équipe et vos patients.
- Agir
La connaissance et l’anticipation ne suffisent pas sans action :- Agir individuellement : ajuster votre plan de rémunération, revoir vos investissements, solliciter des conseils d’experts-comptables, juristes et conseillers patrimoniaux.
- Agir collectivement : partager les bonnes pratiques, ouvrir le dialogue avec vos confrères et partenaires, contribuer aux réflexions sur les réformes du régime vieillesse et sur la profession.
Cette session de formation vous invite donc à passer de la réflexion à l’action. L’objectif n’est pas seulement de comprendre les enjeux, mais de repartir avec des outils concrets pour sécuriser votre avenir et celui de votre profession.