Formation / Pharmacie en danger Peut-on encore vivre avec moins de boites

Bienvenue dans ce module de formation dédié aux titulaires d’officine qui souhaitent comprendre, anticiper et piloter les transformations profondes de leur modèle économique, sans renoncer à leur rôle de professionnel de santé de proximité.

Je suis Arnaud, pharmacien d’officine, et si j’ai souhaité transformer ce sujet en formation, c’est parce qu’il touche au cœur même de notre exercice : la viabilité économique de l’officine dans un contexte de déprescription et de sobriété médicamenteuse.

Nous sommes aujourd’hui confrontés à une tension structurelle majeure, que beaucoup ressentent intuitivement sans toujours pouvoir la formaliser :

Comment continuer à faire vivre une officine alors que le système nous demande de délivrer moins ?

Autrement dit, la question centrale de cette formation est la suivante :
« Moins de volumes, plus de marges : est-ce un objectif atteignable… ou une contradiction systémique ? »

1. Un contexte de santé publique qui change profondément les règles du jeu

Le cadre dans lequel nous exerçons évolue rapidement et de manière irréversible.
Les politiques de santé publique, l’Assurance Maladie, les autorités sanitaires, les prescripteurs eux-mêmes convergent vers un même objectif :

  • réduire la surconsommation médicamenteuse,
  • renforcer la pertinence des soins,
  • sécuriser les parcours thérapeutiques.

Les chiffres sont connus, mais ils doivent être pleinement intégrés à notre réflexion stratégique :

  • 123 millions d’euros de médicaments jetés chaque mois,
  • des dizaines de milliers d’hospitalisations évitables,
  • jusqu’à 10 000 décès par an liés aux interactions médicamenteuses.

Le message est clair : le système ne peut plus fonctionner sur une logique purement quantitative.
Il faut rationaliser, déprescrire, sécuriser… et le pharmacien est appelé à jouer un rôle central dans cette transformation.

2. Un modèle économique encore largement fondé sur le volume

Mais pendant que les objectifs de santé publique évoluent, le modèle économique officinal reste largement indexé sur le nombre de boîtes délivrées.

C’est là que naît le paradoxe fondamental :

  • plus nous délivrons, plus nous sécurisons notre chiffre d’affaires,
  • moins nous délivrons, plus notre équilibre économique se fragilise.

Cette tension n’est ni morale, ni individuelle.
Elle est structurelle. Et tant qu’elle n’est pas analysée lucidement, elle génère :

  • de l’inconfort éthique,
  • de la perte de sens,
  • des stratégies défensives à court terme,
  • et parfois une résistance aux réformes pourtant nécessaires.

3. Les objectifs pédagogiques de cette formation

Cette formation a pour vocation de vous aider à prendre de la hauteur, à sortir des réactions à chaud, et à structurer une réflexion stratégique collective et individuelle.

À l’issue de ce module, vous serez en capacité de :

  • comprendre les ressorts économiques et réglementaires du modèle officinal actuel,
  • analyser les limites des dispositifs existants (honoraires, missions, ROSP, nouveaux services),
  • identifier les leviers de transformation possibles à l’échelle de votre officine et de votre territoire,
  • anticiper les évolutions à venir, notamment dans la perspective de la prochaine convention pharmaceutique de 2027.

4. Une formation tournée vers l’anticipation, pas la plainte

Ici, il ne s’agit ni de regretter un âge d’or révolu, ni de subir passivement les réformes à venir.
Il s’agit de se poser une question stratégique essentielle :

Sommes-nous prêts à faire évoluer notre modèle avant qu’il ne nous soit imposé ?

Nous allons parler chiffres, bien sûr.
Mais aussi convictions, responsabilités territoriales, positionnement professionnel… et avenir du réseau officinal.

Cette formation est une invitation à changer de regard :
passer d’un modèle défensif à une logique d’anticipation et de transformation maîtrisée.

Entrons maintenant dans le cœur du sujet.

 🎙 1. Une pression sur les volumes devenue structurelle

Depuis quelques années, un nouveau mot d’ordre s’est imposé dans toutes les strates du système de santé : réduire la consommation médicamenteuse. Ce n’est plus une simple recommandation, c’est une priorité nationale, martelée par les autorités, les caisses, les institutions, les campagnes de communication.

Et les chiffres parlent d’eux-mêmes : chaque Français consomme en moyenne 45 boîtes de médicaments par an. À l’échelle du pays, cela représente 3 milliards de boîtes. Un chiffre colossal qui place la France dans le peloton de tête des plus gros consommateurs de médicaments en Europe, devant l’Allemagne, le Royaume-Uni ou encore les pays nordiques, pourtant comparables en termes de structure démographique et sanitaire.

Mais ce n’est pas simplement une question de volumes. C’est une question d’efficience, de sécurité et d’environnement.

Un gaspillage pharmaceutique aux conséquences multiples

Selon le Comité pour le développement durable en santé, 123 millions d’euros de médicaments sont jetés chaque mois. Soit 1,5 milliard d’euros par an qui partent à la poubelle. Et attention, il ne s’agit pas de médicaments périmés en rayonnage. Ce sont des traitements non entamés, non consommés, ou arrêtés prématurément.
Pourquoi ? Des changements de traitement en cours de mois, des effets indésirables, des erreurs de prescription, ou tout simplement des conditionnements inadaptés.

Et au-delà de la facture économique, ce gaspillage a un impact environnemental majeur : on parle ici de tonnes de principes actifs, d’emballages, de plastique, de cartons et de ressources logistiques mobilisées… pour rien.

Mais ce n’est pas tout. La surconsommation de médicaments a aussi un coût sanitaire : 200 000 hospitalisations et 10 000 décès par an, selon les chiffres des autorités de santé, sont directement imputables à des interactions médicamenteuses.
Ce sont des drames évitables. Des vies perdues par cumul thérapeutique, par polymédication excessive, souvent chez les plus fragiles, les personnes âgées.

Et ce chiffre terrible est encore aggravé par un autre phénomène bien connu dans nos officines : chaque nouveau médicament ajouté à un traitement augmente le risque d’effet indésirable de 12 à 18 %. C’est dire à quel point le “toujours plus” est devenu une impasse.

La déprescription : une révolution silencieuse… mais brutale

Face à cette réalité, la stratégie nationale de santé a réorienté ses priorités. On ne parle plus seulement de soigner, mais aussi de déprescrire. C’est-à-dire d’accompagner l’arrêt progressif de traitements devenus inutiles, redondants, ou dangereux.

Cette évolution, sur le fond, est salutaire. Elle replace la pertinence des soins au cœur des pratiques. Elle ouvre la porte à un rôle accru pour les pharmaciens dans l’analyse des traitements.
Mais sur la forme… elle vient heurter de plein fouet notre modèle économique, encore basé – et même renforcé ces dernières années – sur le volume de boîtes délivrées.

C’est là que le bât blesse. Parce qu’à chaque fois que l’on contribue à sécuriser un traitement en réduisant le nombre de boîtes délivrées, on agit en tant que professionnel de santé… mais on fragilise l’économie de notre propre officine.

C’est une tension quotidienne, vécue par de nombreux titulaires : faire ce qui est juste pour le patient, mais risquer de déstabiliser son équilibre économique.

Alors bien sûr, on peut se dire que l’intérêt du patient passe avant tout. Et c’est vrai. Mais un pharmacien qui ferme, c’est un professionnel de santé en moins sur le territoire. C’est aussi une perte pour l’accès aux soins de proximité.

Cette pression sur les volumes, devenue structurelle et systémique, nous pousse donc dans un virage à grande vitesse. Et la question qui se pose, désormais, est la suivante : peut-on continuer à exercer notre mission de santé publique dans un modèle économique qui pénalise justement cette mission ?

🎙 2. Un modèle économique schizophrénique

Plongeons maintenant dans un paradoxe qui, pour nous pharmaciens, ressemble à une véritable schizophrénie économique.
Aujourd’hui, notre rémunération repose essentiellement sur le volume. Pour chaque boîte délivrée, on perçoit une somme fixe. En moyenne, cela se décompose ainsi :

  • 0,60 € HT par dispensation
  • 1 € HT par boîte mensuelle
  • 2,70 € pour une trimestrielle
  • Et quelques dizaines de centimes supplémentaires pour les ordonnances complexes

Ces montants peuvent paraître dérisoires vus de l’extérieur, mais ils constituent l’ossature de notre chiffre d’affaires. Et plus on délivre, plus on encaisse. C’est mathématique. Et c’est exactement là que réside le problème.

Parce qu’en parallèle, on nous demande de prescrire moins, de déprescrire, de sécuriser les traitements, d’être vigilants… en clair : de limiter le volume.
Alors que notre métier évolue vers plus de santé publique, notre modèle économique, lui, reste bloqué à l’étage d’en dessous. Et il nous pousse, sans même le vouloir, à aller à l’encontre de cette logique de pertinence des soins.

Ce paradoxe, il devient encore plus flagrant lorsqu’on s’intéresse à ce qu’on appelle les interventions pharmaceutiques non rémunérées.

Prenons un exemple très concret : un patient âgé, polymédiqué, se présente avec une ordonnance de 6 ou 7 médicaments. Vous repérez une redondance, ou pire, une interaction médicamenteuse connue. Vous contactez le médecin, vous proposez une adaptation, ou vous suspendez une dispensation par précaution. Vous avez fait votre travail de professionnel de santé, vous avez probablement évité un accident.
Mais vous ne serez pas rémunéré pour cela. Pas un centime.

Et pourtant, ce sont ces interventions-là qui font toute la richesse clinique de notre profession. Elles participent à la sécurisation du parcours de soins, à la réduction des hospitalisations, à la baisse des coûts évitables pour la Sécurité sociale.

Et pendant ce temps, on reste enfermés dans un système qui valorise la quantité de boîtes, mais pas la qualité de l’intervention.

Alors, comment continuer à jouer notre rôle avec exigence, avec conscience, sans fragiliser notre équilibre économique ?
Comment encourager la pertinence quand tout nous pousse, encore aujourd’hui, à faire du volume ?

Cette contradiction permanente, ce modèle schizophrène, il est de plus en plus difficile à tenir. Et surtout, il commence à avoir un effet pervers : il démotive. Il crée du désengagement. Il rend les décisions complexes pour les titulaires.

Parce qu’à la fin, poser un acte professionnel ne devrait pas être un choix entre la santé du patient et la survie économique de l’officine.

Alors bien sûr, des alternatives ont été évoquées. Et cela nous amène directement au chapitre suivant…

🎙️ 3. La réforme impossible ?

À première vue, il y avait une piste logique, presque évidente : modifier la structure des honoraires.

L’idée ? Décorréler la rémunération du nombre de boîtes, et basculer vers une logique centrée sur l’ordonnance globale. En clair : on aurait gagné moins par boîte, mais plus pour chaque ordonnance traitée dans son ensemble.

Sur le papier, ça sonnait plutôt bien. Moins de pression sur le volume, plus de reconnaissance du travail d’analyse, de conseil, de sécurisation.
Mais dans les faits… ça a tourné court. Les dernières négociations conventionnelles n’ont pas abouti. Et pour une raison simple : le modèle proposé créait un système de gagnants et de perdants.

D’un côté, les pharmacies de passage, celles qui voient défiler des centaines de patients par jour avec des ordonnances simples, auraient vu leurs revenus s’envoler.
De l’autre, les officines rurales ou de quartiers prioritaires, celles qui prennent le temps, qui accompagnent des patients chroniques, qui gèrent des traitements lourds, auraient vu leur chiffre d’affaires chuter.

Intenable. Humainement, économiquement, politiquement.

Comme le disait très justement Philippe Besset, président de la FSPF : « On ne signe pas un accord qui ne bénéficie pas à l’ensemble de la profession. »
Et Pierre-Olivier Variot, président de l’USPO, enfonce le clou : « À enveloppe constante, décorréler notre rémunération des volumes est tout simplement impossible. »

Et c’est là que tout se bloque. Parce que la Caisse nationale d’Assurance maladie refuse d’augmenter l’enveloppe globale.
Le calcul est brutal : si on baisse de 800 millions d’euros la rémunération à la boîte, il faudrait au moins 1,2 milliard de revalorisation ailleurs pour compenser. Or, cette enveloppe n’existe pas.

Et à budget constant, toute réforme devient un jeu à somme nulle. Ou pire : un jeu à somme négative pour ceux qui soignent les patients les plus fragiles, dans les territoires les plus exposés.

Aniss Louchez, pharmacien et docteur en sciences économiques, l’a bien résumé : une réforme mal calibrée aurait accentué les inégalités territoriales, pénalisé les zones vieillissantes, les milieux ruraux, les quartiers où les pathologies chroniques sont plus présentes.

Alors oui, il y avait une idée de bon sens. Mais en l’état, elle reste inapplicable sans refonte budgétaire globale.

Et tant que l’enveloppe reste fermée, la réforme des honoraires reste… l’équation impossible.

🎙 4. Nouvelles missions : un eldorado encore inaccessible

Dans un contexte où la rémunération à la boîte devient de plus en plus incertaine, beaucoup ont vu dans les nouvelles missions la promesse d’un second souffle économique pour les officines.
Bilans partagés de médication, entretiens pharmaceutiques, dépistages, TROD, accompagnement des femmes enceintes, tests VIH, suivi des patients sous AVK, et bien sûr, vaccination… sur le papier, ces missions de santé publique devaient compenser les pertes liées à la baisse des volumes. Elles incarnaient même un nouveau positionnement : celui d’un pharmacien clinicien, acteur de prévention et de coordination des soins.

Mais dans la réalité du terrain… on est encore très loin du compte.

Vaccination : l’exception qui confirme la règle

Commençons par la vaccination. C’est le seul acte qui a réellement pris racine dans nos pratiques. Et pour cause : l’acte est rapide, bien rémunéré, logiquement intégré dans le parcours de soin, et il a été largement porté par la crise COVID, qui a permis à de nombreux pharmaciens de se réapproprier cette mission avec efficacité.

Aujourd’hui, la vaccination antigrippale est bien installée. Et la vaccination COVID reste, pour certaines périodes, une source de revenus non négligeable. On parle ici d’un acte à la fois légitime, fluide et rentable. Bref, une mission qui coche les cases.

Mais pour le reste… c’est une tout autre histoire.

Bilans de médication, dépistages… des missions plombées par leur complexité

Prenons les bilans partagés de médication. Ils sont pourtant essentiels, notamment pour les patients polymédiqués de plus de 65 ans.
Ces entretiens permettent de détecter des redondances, d’ajuster des posologies, d’améliorer l’observance et de prévenir des accidents thérapeutiques.
Mais voilà : ils prennent du temps. Ils nécessitent de la formation, un espace confidentiel, un suivi structuré, une coordination avec les médecins. Et ils sont mal valorisés financièrement.

Résultat : moins de 15 % des officines les proposent régulièrement. Non pas par désintérêt, mais par manque de temps, de ressources humaines, de clarté dans les modalités, et surtout de retour économique concret.

Même constat pour les TROD angine, grippe, VIH : utiles, efficaces sur le papier, mais trop peu portés par des campagnes nationales, trop peu valorisés, et souvent encore mal intégrés dans les logiciels métiers ou dans les parcours patients.

Et que dire des entretiens pharmaceutiques autour de l’asthme ou des AVK ? Là encore, on parle d’initiatives pertinentes mais qui peinent à s’ancrer. Entre les difficultés à capter les bons patients, les contraintes de planning, et le temps que cela mobilise… beaucoup de titulaires y renoncent ou les limitent au strict minimum.

Un modèle encore trop fragile pour soutenir un virage économique

La réalité, c’est que ces missions sont encore perçues comme une charge plus que comme un levier, faute d’un accompagnement politique et économique structurant.
Et surtout, elles ne permettent ni de lisser les charges fixes, ni de compenser la baisse des volumes. On est encore loin d’un modèle pérenne. Un modèle où ces actes constitueraient une véritable source de revenu régulière et prévisible.

Comme le résume très justement Aniss Louchez, pharmacien et docteur en économie de la santé :

« Leur mode de rémunération n’est pas adapté pour garantir la soutenabilité économique des officines. Dans les faits, ces missions sont encore trop coûteuses à organiser, sauf pour la vaccination. »

Une ambition freinée… mais pas à abandonner

Pour autant, faut-il renoncer à ces nouvelles missions ? Certainement pas.
Elles incarnent l’avenir de notre métier, un métier de proximité, d’écoute, d’accompagnement. Elles donnent du sens à notre pratique. Mais pour qu’elles deviennent un vrai levier économique, il faudra :

  • Une revalorisation des actes
  • Une simplification des procédures
  • Un appui plus fort des pouvoirs publics
  • Et une meilleure intégration dans les outils numériques du quotidien

En clair : une stratégie à la hauteur de l’ambition clinique que l’on nous prête.

🎙 5. Vers un nouveau modèle d’ici 2027 ?

Après avoir dressé ce panorama de tensions, de paradoxes et d’impasses, une question s’impose, presque comme une évidence : quel avenir pour notre réseau officinal ?

Parce qu’au-delà des chiffres, des barèmes, des négociations syndicales, il y a une réalité de terrain. Une réalité humaine, territoriale, sociale.
Aujourd’hui, la France bénéficie d’un maillage officinal exceptionnel : environ une officine pour 3 000 habitants, répartie sur l’ensemble du territoire, accessible six jours sur sept, sans rendez-vous, avec un professionnel de santé immédiatement disponible.

Ce modèle, on nous l’envie dans toute l’Europe. Il représente l’un des derniers bastions d’un accès équitable aux soins de proximité.

Mais ce modèle est fragilisé. Et les premiers signes de fissure sont déjà visibles.

Les premiers touchés : les territoires vulnérables

Les officines les plus exposées, ce sont celles des zones rurales, des quartiers prioritaires, des petites communes où la patientèle est souvent âgée, polymédiquée, socialement précarisée.
Dans ces territoires, la baisse des volumes n’est pas une hypothèse, c’est une réalité quotidienne. Et face à un modèle économique basé sur la quantité, ces officines deviennent de moins en moins viables.

Elles supportent pourtant une charge énorme : gestion des stocks complexes, astreintes de garde, rôle de première ligne en l’absence d’autres professionnels de santé. Et pourtant, elles sont les plus en danger si rien ne change.

Un chiffre simple l’illustre : en 10 ans, plus de 1 500 pharmacies ont fermé. Et à chaque fermeture, c’est un désert qui gagne du terrain. C’est une distance supplémentaire à parcourir pour obtenir un médicament. C’est une barrière de plus dans l’accès aux soins.

Vers une réforme de fond : sanitaire, économique, territoriale

Alors, faut-il repenser totalement notre modèle ? La réponse est oui. Sans ambiguïté.

Et ce chantier devra s’accélérer avant la prochaine Convention pharmaceutique prévue en 2027.

Parce que si cette convention ne pose pas les bases d’un modèle plus équilibré, plus durable, plus cohérent avec nos missions de santé publique, alors c’est tout un pan de notre système qui risque de s’effondrer.

Il faudra penser ce nouveau modèle à trois niveaux :

  1. Sanitaire : en intégrant réellement notre rôle dans la prévention, le dépistage, l’éducation thérapeutique, la sécurisation des parcours patients. En rémunérant les actes à valeur ajoutée, pas seulement les boîtes délivrées.
  2. Économique : en redéfinissant les barèmes de rémunération pour mieux refléter la réalité du métier. Cela implique d’ouvrir les enveloppes, de sortir de la logique du budget constant, et de reconnaître l’évolution du rôle du pharmacien.
  3. Territorial : en tenant compte des réalités locales, en adaptant les dispositifs aux profils d’officines, en soutenant activement celles qui exercent dans des zones à forte vulnérabilité médicale et sociale. Parce que l’égalité d’accès aux soins passe aussi par un soutien différencié aux acteurs de proximité.

Ce qui se joue d’ici 2027, ce n’est pas une simple évolution tarifaire. C’est un tournant historique pour la pharmacie d’officine. Un moment charnière où il faudra avoir le courage de sortir d’un système hérité d’une autre époque, pour bâtir un modèle qui tienne compte de nos réalités d’aujourd’hui, et surtout, de nos ambitions pour demain.

Et ce modèle, il ne viendra pas d’en haut uniquement. Il devra être porté par la profession, par les syndicats bien sûr, mais aussi par chaque titulaire, chaque pharmacien, qui, sur le terrain, fait vivre ce maillage, jour après jour.

Parce qu’au fond, c’est une équation simple : si l’on veut moins de volumes et plus de santé, alors il faudra plus de reconnaissance, plus de moyens, et plus de vision à long terme.

Conclusion

Nous arrivons au terme de cette formation, et une chose est désormais claire :
« Moins de volumes, plus de marges » n’est ni un slogan, ni une utopie.
C’est un changement de paradigme, profond, exigeant, et incontournable.

Ce virage à 180 degrés suppose d’abord une lucidité collective.
Notre modèle économique, historiquement fondé sur la quantité délivrée, atteint aujourd’hui ses limites face aux enjeux de santé publique, de pertinence des soins et de soutenabilité du système. Continuer comme avant n’est plus une option durable.

Ce changement ne pourra pas se faire sans un courage politique fort.
Il faudra que les pouvoirs publics, l’Assurance Maladie et les institutions acceptent de reconnaître et de rémunérer le pharmacien non plus seulement comme un distributeur de boîtes, mais comme un acteur clé de la sécurisation des parcours de soins, de la prévention et de l’accompagnement thérapeutique.

Mais cette transformation ne viendra pas uniquement « d’en haut ».

Elle repose aussi sur une responsabilité collective de la profession :

  • oser questionner le statu quo,
  • porter une parole unifiée et argumentée,
  • défendre un modèle officinal aligné avec nos missions réelles.

Et surtout, elle commence au niveau individuel, dans chaque officine.
Chaque titulaire, chaque équipe, a un rôle à jouer dans cette transition :

  • dans la posture au comptoir,
  • dans la valorisation du conseil,
  • dans l’appropriation des missions,
  • dans la réflexion stratégique sur le modèle économique local.

Car c’est bien au contact quotidien des patients que se dessine le futur de l’officine.
Dans nos choix, dans nos arbitrages, dans notre manière d’exercer, se construit – ou non – un modèle capable de concilier sens professionnel et solidité économique.

La question que cette formation vous invite à garder ouverte est simple, mais structurante :
Quel modèle souhaitons-nous transmettre à la prochaine génération de pharmaciens ?

Si nous voulons que notre métier conserve son utilité sociale, son attractivité et sa légitimité, alors il devra reposer sur un socle économique cohérent avec ses missions réelles.

Cette équation est complexe.
Mais si nous la travaillons ensemble, avec méthode, engagement et vision, elle n’est pas insoluble.

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