Bienvenue dans cette formation dédiée aux enjeux contemporains de la pharmacie, et plus particulièrement à ceux qui conditionnent son avenir humain, social et professionnel.
Avant d’aborder les aspects techniques, organisationnels ou économiques de notre métier, il est essentiel de prendre un temps de recul sur une réalité souvent sous-estimée : les conditions d’accès à la formation pharmaceutique. Car former les pharmaciens de demain ne se résume pas à transmettre des savoirs scientifiques ; cela implique aussi de garantir un cadre d’apprentissage soutenable, équitable et compatible avec les exigences croissantes de notre profession.
Le thème que nous allons explorer aujourd’hui est à la fois concret et profondément structurant : le coût de la rentrée pour les étudiants en pharmacie. Un sujet qui ne concerne pas uniquement les étudiants eux-mêmes, mais bien l’ensemble de l’écosystème officinal et hospitalier : enseignants, maîtres de stage, pharmaciens titulaires, institutions de formation et décideurs.
Derrière les chiffres, il y a des parcours de vie. Des étudiants engagés dans un cursus long, exigeant intellectuellement et humainement, mais qui doivent, en parallèle, faire face à une pression financière de plus en plus marquée. Cette précarité étudiante n’est pas marginale ; elle s’installe durablement et influence directement la réussite académique, la santé mentale, l’orientation professionnelle et parfois même l’abandon de la filière.
Les données récentes publiées par l’ANEPF mettent en lumière cette réalité :
- plus de 3 190 € en moyenne pour un étudiant de deuxième année afin de débuter son année universitaire,
- près de 3 800 € pour un candidat à l’internat.
Ces montants interrogent frontalement une question centrale, que cette formation vous propose d’analyser sans détour :
la formation pharmaceutique est-elle encore réellement accessible à tous ?
Au cours de ce module, nous allons :
- détailler les différents postes de dépenses qui composent ce coût de rentrée,
- comprendre les facteurs structurels qui expliquent leur augmentation,
- analyser les conséquences à court et long terme sur les étudiants, mais aussi sur la diversité sociale et l’attractivité de la profession,
- et enfin, réfléchir collectivement aux enjeux que cela pose pour l’avenir de la pharmacie en France.
L’objectif pédagogique est clair : vous permettre de mieux appréhender cette problématique systémique, d’en mesurer les impacts concrets sur le terrain, et de nourrir une réflexion professionnelle éclairée sur les leviers d’action possibles, à votre échelle comme à celle de la filière.
Cette formation s’inscrit donc dans une démarche de compréhension globale : comprendre aujourd’hui pour mieux former, recruter et accompagner demain.
🏠 Chapitre 1 : Le logement, premier poste de dépense
Commençons par le plus lourd, le plus incontournable, et souvent le plus douloureux : le logement.
En 2025, le loyer moyen pour un étudiant en pharmacie s’élève à 625,88 € par mois charges comprises. Ce qui représente presque 7 500 € par an, soit à peu près deux fois le montant d’une bourse sur critères sociaux de premier échelon.
Et ce chiffre n’est pas stable, loin de là. Entre 2021 et 2024, les hausses annuelles de loyers tournaient autour de 2 %. Une augmentation déjà difficile à absorber quand on vit avec un petit budget. Mais en 2025, c’est une explosion : + 8,68 % en un an.
📈 Pour donner une image concrète :
- C’est comme si, du jour au lendemain, un étudiant devait financer un treizième mois de loyer dans son année, sans aucune aide supplémentaire.
- Dans certaines grandes villes universitaires comme Paris, Lyon ou Bordeaux, trouver un studio étudiant à moins de 700 € relève quasiment du miracle.
Les conséquences sont dramatiques :
- 46 % des étudiants renoncent à se chauffer, même en hiver, faute de moyens. Cela veut dire que près d’un étudiant sur deux vit régulièrement dans le froid pour économiser quelques dizaines d’euros par mois.
- Plus de 13 % vivent dans des logements insalubres : humidité, mauvaise isolation, installations électriques vétustes… Des conditions indignes, qui mettent directement en péril leur santé et leur réussite académique.
Et ce contraste est frappant : alors qu’on imagine volontiers le campus universitaire comme un lieu de vie dynamique, riche en échanges, stimulant intellectuellement, la réalité pour beaucoup d’étudiants ressemble davantage à un combat permanent pour trouver un toit correct à un prix supportable.
🏘️ Certains doivent accepter de s’éloigner de leur faculté pour payer moins cher, avec pour conséquence des trajets longs et coûteux. D’autres choisissent la colocation, qui permet de réduire les frais, mais au prix d’une promiscuité parfois difficile quand on doit enchaîner les révisions, les TP et les stages.
Enfin, rappelons que le logement conditionne tout le reste :
- Si une grande partie du budget part dans le loyer, il reste moins pour se nourrir, pour acheter du matériel pédagogique ou pour participer à la vie associative.
- C’est un effet domino qui fragilise l’ensemble du parcours étudiant.
🍽️ 2. Se nourrir : un défi quotidien
Le deuxième poste de dépense, après le logement, c’est bien sûr l’alimentation. Et là encore, les chiffres sont parlants.
En dehors des restaurants universitaires, un étudiant dépense en moyenne 207 € par mois pour se nourrir. Mais attention, ce montant est une moyenne, et il cache une réalité beaucoup plus sombre.
👉 Selon l’ANEPF :
- 52 % des étudiants sautent régulièrement des repas pour des raisons financières.
- Près de 60 % réduisent leurs portions ou changent leurs habitudes alimentaires, souvent au détriment de la qualité nutritionnelle.
C’est une donnée extrêmement préoccupante quand on sait que la pharmacie, comme toutes les études de santé, demande beaucoup d’énergie, de concentration et de rigueur. Comment peut-on espérer réussir dans un cursus aussi exigeant quand on vit avec la faim au ventre ?
Et pourtant, le repas au restaurant universitaire reste accessible : 3,30 € seulement. Mais malgré ce prix, plus de la moitié des étudiants trouvent plus économique de cuisiner eux-mêmes. Pourquoi ? Parce qu’un repas au Crous ne couvre pas toujours les besoins caloriques d’une journée de révisions intensives, et que le ticket s’additionne vite quand on y va midi et soir.
🛒 Concrètement, beaucoup d’étudiants se rabattent sur des plats à base de pâtes, de riz ou de conserves, souvent achetés en gros pour économiser quelques centimes. Mais à long terme, cette alimentation répétitive entraîne des carences, une fatigue chronique et, dans certains cas, une baisse de performance intellectuelle.
Un paradoxe frappant : dans un cursus dédié à la santé, où l’on apprend l’importance d’une alimentation équilibrée, de nombreux étudiants en pharmacie ne parviennent pas à appliquer ces principes à eux-mêmes, faute de moyens.
💸 3. Les autres charges mensuelles
À côté du logement et de l’alimentation, il y a toutes ces charges du quotidien qui grignotent insidieusement le budget étudiant.
- Les transports représentent en moyenne 145 € par mois. C’est énorme. Et face à cette dépense, un étudiant sur trois avoue avoir déjà fraudé, faute de moyens. Ce n’est pas une question de “volonté de tricher”, mais souvent une nécessité : comment payer son abonnement quand il ne reste que quelques euros sur le compte bancaire ?
- La téléphonie et Internet : environ 48 € par mois. Bonne nouvelle, ce poste est en baisse grâce aux forfaits low-cost et aux offres groupées. Mais rappelons que pour un étudiant, disposer d’une connexion fiable n’est plus un luxe : c’est une condition sine qua non pour suivre les cours en ligne, télécharger les supports pédagogiques ou participer à des visios de groupe.
- Les protections menstruelles : environ 12 € par mois. Cela peut sembler peu, mais pour une étudiante déjà en difficulté, c’est une charge supplémentaire incompressible. Et les chiffres font froid dans le dos : près de 13 % des étudiantes avouent y renoncer parfois pour des raisons financières. On parle bien ici d’un besoin de base, lié à la santé et à la dignité, qui n’est pas toujours accessible.
- Enfin, une mention particulière pour les étudiants ultramarins. Pour eux, un simple aller-retour entre leur territoire d’origine et la métropole coûte en moyenne 1 276 €. C’est plus d’un mois de salaire au SMIC. Résultat : beaucoup d’entre eux ne peuvent rentrer qu’une fois par an, voire moins, ce qui ajoute une dimension affective et psychologique très lourde à leur parcours.
Ces “charges annexes”, mises bout à bout, finissent par représenter un budget conséquent, qui s’ajoute aux frais de scolarité et aux dépenses vitales.
📚 4. Les frais universitaires et le matériel pédagogique
Passons maintenant à ce qui relève directement de la formation universitaire.
Bonne nouvelle : en France, comparé à d’autres pays comme les États-Unis ou le Royaume-Uni, les frais d’inscription en pharmacie restent relativement bas. Mais ils ne cessent d’augmenter, lentement mais sûrement :
- 178 € pour le DFGSP,
- 254 € pour le DFASP,
- 105 € pour la CVEC (contre seulement 91 € en 2019).
Et ce n’est que la partie visible de l’iceberg. Car à ces droits universitaires s’ajoute tout le matériel pédagogique, absolument indispensable au quotidien :
- Papeterie et fournitures : 238 € en 2025, soit une hausse de 10 % en un an,
- Blouse, lunettes de protection, verrerie, cahiers de laboratoire… Tous ces équipements, qu’on imagine secondaires, sont en réalité incontournables pour participer aux travaux pratiques,
- Et bien sûr, le numérique : un ordinateur (≈ 549 €) et une imprimante (≈ 93 €) deviennent incontournables pour accéder aux plateformes en ligne, rédiger les dossiers et suivre les cours à distance.
Certes, les associations étudiantes jouent un rôle important en négociant des prix réduits ou en organisant des bourses aux matériels. Mais même avec ces initiatives, la facture reste lourde.
💻 Aujourd’hui, il est presque impensable pour un étudiant en pharmacie de suivre correctement son cursus sans un ordinateur portable performant. Et ce n’est pas seulement un outil pratique : c’est une porte d’entrée obligatoire vers le savoir. Les cours, les articles scientifiques, les logiciels de simulation… tout est dématérialisé.
On pourrait croire que ces frais sont marginaux comparés au logement ou à l’alimentation. Mais pour un étudiant déjà fragilisé, devoir sortir 600 ou 700 € d’un coup pour s’équiper en matériel représente parfois un obstacle insurmontable.
En résumé : même si l’on peut se féliciter d’avoir des frais universitaires relativement bas par rapport à d’autres pays, l’ensemble des coûts annexes transforme cette apparente accessibilité en un fardeau financier bien réel.
🎯 5. Le concours de l’internat : une marche coûteuse
Parlons maintenant d’un moment décisif dans le parcours des étudiants en pharmacie : le concours de l’internat.
C’est une étape charnière, qui conditionne l’accès aux carrières hospitalières, à la biologie médicale ou encore à certaines spécialisations très recherchées. Pour beaucoup, c’est le moment qui détermine véritablement la suite de leur vie professionnelle.
Mais ce passage obligé a un prix. En 2025, le coût moyen pour se présenter à ce concours est estimé à 810 €, soit une augmentation de 9 % en seulement un an.
Derrière ce montant, on retrouve plusieurs postes de dépenses :
- Le transport : 185 € en moyenne, car les épreuves ne se déroulent pas toujours dans la ville où l’on étudie. Certains étudiants doivent traverser la France, avec des billets de train ou d’avion de plus en plus chers.
- Le logement temporaire : 281 €, pour séjourner quelques jours sur place, souvent dans des hôtels ou des locations courtes durées, car les places en auberges ou résidences étudiantes sont rares à cette période.
- L’adhésion aux associations de préparation : 32 €, un montant qui pourrait sembler symbolique, mais qui a connu une hausse spectaculaire de 157 % en un an.
Et ce n’est que la partie visible. Car au-delà de ces frais directs, il y a aussi :
- le coût des supports pédagogiques spécialisés,
- les inscriptions aux stages de préparation intensifs,
- et le temps investi, qui empêche souvent d’avoir un job étudiant à côté.
Près de la moitié des candidats dépensent plus de 300 € uniquement pour se déplacer et se loger le temps du concours. C’est énorme, surtout si l’on considère que ces frais s’ajoutent à une année déjà marquée par des dépenses lourdes.
On comprend alors que le concours de l’internat agit comme un véritable filtre social : il ne mesure pas uniquement les compétences académiques, mais aussi la capacité financière de l’étudiant et de sa famille à absorber ce coût supplémentaire.
🏥 6. Santé et logement : des charges incompressibles
À tout cela s’ajoutent des dépenses qu’on pourrait qualifier d’incompressibles, c’est-à-dire des frais auxquels aucun étudiant ne peut échapper.
- La mutuelle étudiante : environ 330 € par an. Elle reste indispensable, même si certains jeunes choisissent de s’en passer pour économiser, au risque de se retrouver démunis face à une hospitalisation ou un traitement non remboursé.
- L’assurance logement : 87 € en moyenne, un montant relativement modeste mais obligatoire pour tout bail.
- Le dépôt de garantie : environ 625 €, soit l’équivalent d’un mois de loyer. Et pour beaucoup, c’est un obstacle colossal. Car pour décrocher un appartement, il faut non seulement payer ce dépôt, mais aussi avancer le premier mois de loyer et souvent les frais d’agence. Résultat : un étudiant doit parfois mobiliser près de 1 500 € avant même d’avoir posé ses valises.
Ces dépenses sont particulièrement douloureuses car elles n’apportent pas de valeur directe au quotidien de l’étudiant. Elles sont invisibles, administratives, mais incontournables. Et elles pèsent lourd dès la rentrée.
⚖️ 7. Les conséquences : précarité et réussite menacée
À ce stade, il ne s’agit plus seulement de parler de chiffres, mais de leurs conséquences réelles sur la vie des étudiants en pharmacie.
- 58 % déclarent être préoccupés par leurs finances. Autrement dit, plus d’un étudiant sur deux vit avec une anxiété permanente liée à l’argent. Ce stress chronique peut affecter la concentration, la mémoire, et donc les résultats académiques.
- Seuls 28 % bénéficient d’une bourse, alors que 86 % estiment qu’ils y auraient droit si le calcul était basé sur leurs revenus réels et non ceux de leurs parents. C’est un point essentiel : beaucoup d’étudiants sont considérés comme “aisés” sur le papier, parce que leurs parents dépassent un certain seuil. Mais en réalité, certains reçoivent très peu, voire aucune aide familiale, et doivent se débrouiller seuls.
- 48 % travaillent à côté de leurs études, en moyenne 11 heures par semaine. Si l’on ramène ce chiffre sur une année, cela représente plusieurs centaines d’heures volées au temps de révision, de cours et de repos. Pour près de 18 % d’entre eux, ce cumul a déjà conduit à un redoublement.
C’est ici que la fracture apparaît : ceux qui peuvent se consacrer pleinement à leurs études réussissent mieux, tandis que ceux qui doivent travailler pour survivre accumulent du retard, de la fatigue et des échecs.
On voit bien que le coût de la rentrée n’est pas une simple question de budget, mais un véritable filtre social qui conditionne l’avenir de la profession. Si rien ne change, nous risquons de voir disparaître une partie de la diversité sociale qui fait la richesse du corps pharmaceutique.
Car rappelons-le : la pharmacie, comme toute profession de santé, a besoin de profils variés, issus de toutes les classes sociales, pour répondre aux besoins de l’ensemble de la population. Si seuls les étudiants les plus aisés peuvent accéder sereinement à ces études, c’est l’équilibre du système de santé qui en pâtira.
✊ 8. Les revendications étudiantes
Face à cette réalité, les étudiants en pharmacie, à travers l’ANEPF, ne se contentent pas de dresser un constat : ils proposent aussi des pistes concrètes de réforme.
👉 Première demande : un accès universel aux bourses, basé sur la réalité des revenus.
Aujourd’hui, l’attribution dépend des ressources des parents, ce qui crée de fortes injustices. Un étudiant dont les parents gagnent “juste un peu trop” ne reçoit aucune aide, même si ceux-ci ne contribuent pas réellement à son quotidien. Un calcul basé sur les ressources propres de l’étudiant permettrait de corriger cette inégalité criante.
👉 Deuxième revendication : un retour au calcul sur N-1.
Actuellement, les bourses sont calculées sur les revenus des parents d’il y a deux ans. Un décalage énorme : en cas de séparation, de chômage ou de baisse de revenus récents, l’étudiant continue d’être considéré comme “aidé” alors que la réalité est toute autre.
👉 Troisième point : la démocratisation du Régime spécial d’études (RSE).
Ce dispositif permet d’aménager le cursus pour les étudiants contraints de travailler en parallèle. Mais il reste encore trop peu connu et trop restrictif. Le rendre plus accessible, c’est reconnaître officiellement que beaucoup d’étudiants n’ont pas d’autre choix que de cumuler emploi et études.
👉 Enfin, dernière demande forte : plus de transparence sur l’utilisation de la CVEC, la contribution de vie étudiante et de campus.
Depuis 2018, chaque étudiant paie plus de 100 € pour financer la vie associative, culturelle et sportive. Mais beaucoup dénoncent un manque de visibilité sur la répartition réelle de ces fonds. Pour les étudiants en pharmacie, déjà accablés de dépenses, savoir à quoi sert chaque euro devient une question de confiance.
Ces revendications ne sont pas de simples doléances : elles traduisent une volonté de rendre la formation plus juste, plus accessible, et donc plus représentative de la diversité sociale.
🌍 9. Regard international
Pour mieux comprendre la situation française, il est intéressant de se tourner vers ce qui se fait ailleurs.
- En Allemagne, les frais d’inscription sont symboliques, souvent inférieurs à 500 € par an. Mais le problème majeur reste le logement, surtout dans des villes comme Berlin ou Munich, où les loyers flambent. Résultat : les étudiants allemands connaissent eux aussi une forte précarité, mais celle-ci est davantage liée au logement qu’aux frais de scolarité.
- En Espagne et en Italie, les coûts globaux sont assez proches de ceux de la France. Les frais universitaires sont plus élevés qu’en Allemagne, mais restent loin des montants anglo-saxons. Là encore, ce sont le logement et la vie quotidienne qui posent problème. On retrouve les mêmes témoignages : étudiants contraints de travailler, repas sautés, retards dans les cursus.
- Aux États-Unis, en revanche, c’est une tout autre dimension. Les frais d’inscription en pharmacie atteignent parfois 20 000 à 30 000 $ par an, sans compter le logement ni la vie courante. À la fin de leurs études, de nombreux jeunes pharmaciens sortent avec une dette qui dépasse les 100 000 $. Une charge écrasante qui influence leurs choix de carrière : beaucoup privilégient les postes les plus rémunérateurs, au détriment parfois des missions de santé publique.
👉 Dans ce panorama, la France occupe une position intermédiaire.
Les frais universitaires y sont relativement faibles, ce qui reste une chance. Mais la hausse continue du coût de la vie, et notamment du logement, gomme peu à peu cet avantage. Résultat : la promesse d’un enseignement supérieur accessible à tous s’érode.
Conclusion
Un enjeu stratégique pour l’avenir de la pharmacie
Pour conclure cette formation, il est essentiel de prendre pleinement la mesure du message porté par l’enquête de l’ANEPF. Elle met en lumière une réalité désormais difficilement contestable : se former au métier de pharmacien coûte de plus en plus cher, au point que ce coût ne relève plus uniquement d’un investissement personnel, mais tend à devenir un véritable facteur de sélection sociale.
Ce constat dépasse largement la situation individuelle des étudiants. Il interroge directement notre responsabilité collective en tant que professionnels de santé, formateurs, maîtres de stage, décideurs et acteurs de la filière pharmaceutique. Car lorsqu’un cursus devient financièrement dissuasif, ce ne sont pas seulement des parcours qui se fragilisent, mais des vocations qui s’éteignent avant même d’avoir pu s’exprimer.
Or, la pharmacie est aujourd’hui confrontée à des défis majeurs qui rendent cette question encore plus critique :
- garantir l’accès aux soins, aussi bien en ville qu’à l’hôpital, dans un contexte de tensions démographiques,
- assurer un accompagnement de proximité des patients, alors que le système de santé est déjà sous forte pression,
- répondre aux enjeux du vieillissement de la population, de la chronicité, de l’innovation thérapeutique et de l’élargissement des missions du pharmacien.
Dans ce contexte, une question s’impose, simple dans sa formulation mais fondamentale dans ses implications :
peut-on collectivement accepter que des barrières financières écartent une partie des futurs pharmaciens ?
Il ne s’agit pas uniquement d’un enjeu d’équité ou de justice sociale, même si ces dimensions sont centrales. Il s’agit avant tout d’un enjeu stratégique pour l’avenir de la profession. Réduire la diversité sociale des étudiants aujourd’hui, c’est appauvrir la richesse humaine, culturelle et professionnelle de la pharmacie de demain. C’est aussi fragiliser sa capacité d’adaptation face aux besoins réels de la population.
Enfin, au-delà des chiffres, des moyennes et des statistiques analysées dans cette formation, il est indispensable de garder à l’esprit une réalité humaine : derrière chaque étudiant, il y a un parcours, des sacrifices, un engagement profond au service de la santé publique. Ces futurs pharmaciens ne demandent pas des privilèges, mais les conditions minimales pour apprendre, réussir et exercer demain avec compétence et responsabilité.
Cette conclusion invite donc à une prise de conscience, mais aussi à une réflexion collective : former les pharmaciens de demain, c’est déjà prendre soin du système de santé de demain.